Jeudi 3 juillet 2008
Continuons à explorer ensemble les méandres de la langue chinoise. Après les chiffres, les prénoms, parlons aujourd'hui de la transcription des mots étrangers et notamment des marques étrangères.

En effet, comment traduire un mot en lettres latines au moyen de sinogrammes ?

On s'efforce dans un premier temps de choisir des caractères dont la prononciation est la plus proche possible du mot à transcrire. Ensuite, parmi les caractères trouvés, on sélectionne ceux qui sont porteurs du sens le plus positif, lorsque c'est possible.

C'est ainsi que Carrefour - si je traduis - se trouve être la "maison du bonheur et de la richesse"; ce qui est quand même plus classe que "Carrefour", non ? En fait, Carrefour se prononce "Jia le fu" en mandarin (家乐福).

Coca-cola se dit "kekoukele" 可口可乐,  soit une traduction littérale du genre "bon et qui rend joyeux".

Siemens devient "ximenzi" 西门子, "la porte de l'ouest"; Google "guge" 谷歌 "le chant de la vallée"
(référence à la Silicon Valley ?) ou "le chant des récoltes" .

Je ne connais que peu d'exemples mais comme vous voyez la prononciation est assez différente du mot d'origine, alors si vous cherchez le magasin Carrefour et que vous le dites à la française ou même à l'anglaise, à l'américaine,... les Chinois ne vous comprendront pas.

Vous pouvez appliquer cette transformation à votre prénom; c'est ainsi que le mien se dit "ameili" ou "ameile" (les Chinois ne tombent pas tous d'accord sur la transcription des prénoms étrangers) mais qu'il est difficile de transcrire avec des caractères porteurs de sens (le "a" et le "le" sont une particule grammaticale la plupart du temps; par contre le "mei" peut vouloir dire "belle"; ce qui n'est pas si mal après tout !).
par armel publié dans : Langue et culture chinoise
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Jeudi 3 juillet 2008
- Les JO encore et toujours à la une de l'actualité. Ce n'est plus du matraquage médiatique ni même de la propagande; c'est au-delà de tout. C'est indescriptible : toutes ces pubs, ces émissions, ces chansons, ces événements, ces panneaux, ces décors d'immeubles, de rues, de t-shir,... Il est vrai que Qingdao - accueillant des épreuves olympiques - est plus touchée par cette invasion que d'autres villes chinoises.

En même temps, les médias ne cessent d'en parler. Parmi les sujets évoqués, on parle notamment de Sarkozy - en mal - à cause de sa prise de position (ou plutôt sa "non-prise" de position) au sujet de sa venue ou non à la cérémonie d'ouverture. On peut d'ailleurs lire cette info sur Yahoo qui explique que Sarkozy suspend sa décision aux progrès des discussions entre le Dalaï-lama et Pékin. Evidemment, cette menace irrite la Chine et notamment le porte-parole du ministère des affaires étrangères qui a répété que le Tibet était une affaire interne et qu'il était opposé à toute politisation des Jeux,...

En parallèle, les internautes chinois continuent à protester violemment contre la France et contre Sarkozy. Je retrouve cet état d'esprit chez mes étudiants - si facilement influençables (j'ai l'impression que ma politique "d'ouverture d'esprit" n'a pas été très efficace) - qui se font l'écho de cette agitation. La plupart ont avoué spontanément qu'ils "s'en fichaient" de la venue de Sarkozy à la cérémonie d'ouverture. "Qu'est-ce qu'il croit ce gnôme ? Qu'il va dicter sa loi à la Chine ? Se croit-il vraiment si important que la cérémonie d'ouverture serait gâchée à cause de son absence ?" Bon, j'ai un peu transformé les phrases mais c'était l'idée générale et c'est celle que l'on trouve sur internet. Les médias chinois le disent - sans le cacher - que beaucoup d'internautes ne souhaitent pas la bienvenue au président français. Vraiment c'est incroyable, la propagande ! Lorsque c'est négatif pour la Chine, aucun média ne vante internet; lorsque c'est le contraire, aussitôt les médias n'hésitent pas à parler de ce que "pense le peuple" via internet. Reste à savoir si le peuple en question pense tout seul ou si on l'aider à penser. Quoi qu'il en soit, cela fonctionne à merveille et de bouche à oreille, de msn à msn, de sms à sms, les Chinois se transmettrent ces informations. Qu'il vienne ou pas, de toute façon, Sarkozy ne sera pas bien vu.

- J'ai entendu dire qu'il était devenu très difficile d'obtenir un visa pour la Chine actuellement ou même d'en faire renouveler un. Pour ma part, aucun problème : l'université s'est chargée de tout et deux semaines plus tard j'avais mon nouveau visa. C'est d'ailleurs amusant, c'est à ce genre d'occasion qu'on se rappelle que l'on se trouve dans un pays communiste et dictatorial ou tout le monde est surveillé. En effet, lors des vacances, l'université nous demande systématiquement de lui dire si l'on part en voyage, notre destination, nos dates de départ et de retour, .... Cela dit, ils ne sont pas très pointilleux car moi qui improvise la moitié de mon voyage serais bien incapable de répondre précisément. Bref, au moment de faire renouveler mon visa, la fille du bureau international a vu sur mon passeport que j'étais allée à Hong-kong et elle m'a demandé si j'étais partie de Shenzhen ou Canton : "c'est pour la police" m'a-t-elle précisé. Je ne vois pas bien en quoi ça peut les intéresser et ce qu'ils font avec cette information.

Tout cela pour parler du visa. Donc, moi, pas de problèmes mais j'ai entendu des étrangers expliquer qu'ils avaient des soucis. Et, c'est vrai que la Chine a durci sa politique de délivrance de visas. Elle dit que c'est pour garantir la sécurité au moment des JO (de toute façon, tout a rapport aux JO, comme le fait de ne plus avoir le droit d'envoyer des cd ou des dvd à l'étranger par la poste. Allez savoir pourquoi !...) et éviter que des "forces hostiles" viennent gâcher la fête.
D'ailleurs, les Chinois sont paranos. Des étudiants m'ont rapporté que certains de leurs camarades de d'autres villes leur avaient conseillé de quitter Qingdao pendant les JO en cas d'attaques terroristes. Les terroristes, dans ce cas précis, ne sont pas basanés et barbus mais tibétains ou du Xinjiang, autrement dit des indépendantistes des régions autonomes.

En tout cas, je doute qu'il se passe quoi que ce soit vu les mesures de sécurité qui sont déja mises en place. Depuis deux mois, des policiers ou des militaires patrouillent autour du site olympique de Qingdao (je passais toutes les semaines devant car j'avais un cours là-bas) et depuis cette semaine, ils barrent les rues autour sauf pour les habitants munis d'un badge ou je ne sais pas trop quoi. Donc, le cours de demain a été déplacé ailleurs pour la bonne raison que je n'ai pas de badge. J'imagine que l'on peut pénétrer dans la zone que si une personne munie d'un bagde vient nous chercher mais pas si l'on est tout seul.

Toujours dans cette optique ultra-sécuritaire, Beijing applique le même contrôle de bagages dans le métro que dans les aéroports (passage aux rayons X, interdiction de transporter des objets dangereux,...). La capitale a lancé ces mesures depuis dimanche et ce pour trois mois dans le but - une nouvelle fois - de garantir la sécurité. Lorsque je fais part de ma surprise face à ce déploiement de mesures de contrôle et de police, mes étudiants ne comprennent pas. Ils trouvent normal que tout soit fait pour assurer la sécurité. Mais, c'est justement sur ce point que je suis dubitative : que craignent-ils exactement ? Des actes de terrorisme vraiment ? Ou tout simplement des manifestations ? Evidemment, faire peser la menace du terrorisme permet de mettre en place plus facilement des contrôles qui sont peut-être moins destinés à lutter contre le terrorisme qu'à enrayer toute révolte anti-chinoise, pro-droits de l'homme, pro-tibétaine ou autre. Enfin,
Je me fourvoie peut-être complètement....après tout, j'extrapole peut-être trop et je manque de confiance dans les autorités chinoises; mais, j'ai tendance à les croire omnipotentes et dirigistes dans tous les domaines.

Pour terminer sur le thème des JO, j'ai lu - toujours sur Yahoo - que Qingdao avait des problèmes avec les algues vertes qui envahissaient son port. Je ne suis pas allée au bord du rivage ces derniers temps (examens obligent) malgré la chaleur estivale donc je n'ai rien vu de cela. L'article explique que les algues vertes sont due à la pollution de l'eau mais j'avoue que je suis assez surprise car Qingdao me semble beaucoup moins polluée que les autres villes chinoises. Le ciel est généralement limpide et non pas recouvert d'une chape grise comme à Xi'an ou Beijing. Quoiqu'en fait, j'ignore ce qu'ils font avec l'eau et sa qualité est peut-être effectivement moins bonne que celle de l'air.

En tout cas, des "volontaires" ont été dépêchés à Qingdao pour draguer les eaux. Des militaires ont envahi la fac car ils ont été réquisitionnés pour participer à cette action et logent dans un hôtel sur le campus.
Je dis "volontaires" car une partie l'est effectivement et l'autre l'est moins. En fait, je ne sais quelle autorité à demander aux écoles, aux universités, et sans doute à d'autres institutions publiques de fournir un contingent de "volontaires" (30% du personnel enseignant par exemple pour une école primaire) pour accueillir les visiteurs lors des JO. Ils vont être briefés pour bien recevoir les étrangers et gérer l'organisation des épreuves; donc tous les touristes verront un peuple chinois près à les aider avec le sourire alors qu'en réalité, une bonne partie déplore de devoir passer tout l'été à Qingdao, de rester debout sous le soleil, d'être bénévole, de ne pas pouvoir partir en vacances,.... Ainsi, nous allons tous croire que 1,3 milliards de Chinois soutiennent les JO, sont heureux de participer à cet événement alors que tout ceci n'est que de la poudre aux yeux pour épater les autres pays.

- Dernière info que j'ai relevée dans Yahoo (rassurez-vous, je m'informe avec d'autres sources, mais c'est plus rapide pour voir d'un coup d'oeil les actualités d'un peu partout), une émeute a eu lieu dans le sud de la Chine suite au viol et au meurtre présumés d'une jeune fille par le fils d'un responsable local. L'enquête a conclu qu'il s'agissait d'un suicide mais le père a protesté et des milliers de manifestants se sont joints à lui car ils pensent que l'enquête protège les autorités locales.

Version chinoise maintenant : les médias parlent effectivement de la controverse suscitée après la mort de la jeune fille mais ils n'évoquent pas clairement que le fils d'un responsable local serait impliqué et ils reprennent les déclarations de la police locale qui affirme que les manifestants sont des "gangs de criminels". Comme si, soudain, ils avaient décidé par hasard de troubler l'ordre public en profitant de la mort de cette jeune fille. On ne comprend pas très bien le lien entre les deux sauf s'il s'agit de manifestants contre le pouvoir local comme l'expliquait Yahoo. Mais, cela, évidemment, on ne risque pas de le lire dans les médias...

Mais, il faut admettre au moins une chose : il y a quelques années  les médias n'auraient pas publié cette information; ils n'auraient jamais évoqué les émeutes et encore moins les raisons. C'est vrai qu'ils ont commencé par parler de "gangs", de "mafias" mais quelques jours plus tard, ils ont parlé de la mort de la jeune fille, etc. Ma collègue m'a affirmé que c'était chose inimaginable il y a 5 ans; donc il faut reconnaître des évolutions progressives en Chine.

D'ailleurs pourquoi faut-il que je souligne toujours les pires aspects ? Peut-être parce que ce sont les plus faciles à observer et à critiquer ? Il est vrai que lorsque tout va bien, on a beaucoup moins de choses à raconter !
par armel publié dans : Point presse
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Vendredi 27 juin 2008
Voilà plusieurs semaines que mes 1ère année me réclamaient un cours sur les prénoms. Je leur avais donc promis que je ferai quelque chose sur ce sujet en fin d'année. Ils m'avaient fait cette demande car lors d'un coin français, j'avais évoqué les fêtes et le calendrier; or les étudiants ne connaissaient rien de tout cela et se montrèrent fort intrigués. Autant faire cela en cours que tout le monde en profite.

Jeudi matin, j'ai donc testé ce thème. Je crois que les étudiants ont bien apprécié ce cours; c'est une idée que je réutiliserai certainement.

J'ai commencé par leur demander de traduire ou d'expliquer la signification de leur prénom chinois car, contrairement, aux prénoms en France dont l'étymologie n'est pas immédiatement accessible, le sens des caractères chinois est limpide... dans la plupart des cas.
J'ai ensuite présenté le calendrier français et le choix des prénoms en France. Je leur ai ensuite distribué une feuille qui recensait tous les prénoms de la classe derrière lesquels j'avais précisé la fête, l'étymologie, s'il s'agissait d'un prénom à la mode ou pas... Nous avons terminé avec des charades dont le but était de découvrir des prénoms.

Concernant la traduction des prénoms chinois de mes étudiants, je me retrouve entourée de "Nuage Rouge", "Intelligence rouge", "Jolie", "Nuage pur", "Jolie neige", "Jade et bambou", "Précieuse", "Intelligence", "Aube", "Or", "Glace",... pour les filles. Deux d'entre elles sont affublées d'un surprenant et mystérieux "Lentille d'eau de mer" pour l'une et "Lentille d'eau ambitieuse" pour l'autre...
N'oublions pas les garçons - faiblement représentés dans le département français - : en 1ère année, j'ai un "Nouveau pays", "Grande vague civilisatrice", "Franc" et "Grand dragon". Cela fait tout de suite plus sérieux et moins poétique que "Jolie neige", "Nuage pur" ou "Aube"...

Les prénoms chinois sont très variés car ils ne procèdent pas d'une liste comme en France, il s'agit plutôt d'une création ex nihilo pour chaque enfant. Les parents ou la famille (j'ai entendu un certain nombre d'étudiants dire que leur tante ou oncle avaient choisi leur prénom) - voire même les astrologues (pour une de mes étudiantes) - déterminent les caractères qui formeront le prénom en fonction des différents éléments qui les composent : aspect phonique, sémantique et graphique. La plupart des étudiants sont incapables d'expliquer le choix de leurs parents mais il est évident que le prénom est également déterminée par les circonstances de la naissance de l'enfant, sa date ou l'horoscope. Je pense, ici, à "Glace" qui contrairement aux autres prénoms n'est pas vraiment porteur de valeurs très féminines ou positives; mais l'étudiante a expliqué qu'elle était née en plein hiver; d'où ce prénom.


D'autre part, deux étudiants dans la classe ont un prénom dont l'un des deux caractères est dépourvu de sens car il est plutôt utilisé par tradition dans le prénom de chaque membre de leur famille. C'est une vieille coutume qui ne se fait plus trop maintenant et qui a surtout cours à la campagne. Ce caractère servait généralement à indiquer la génération mais c'est assez complexe à deviner parce que ce caractère dépend des familles et n'a pas du tout le sens de "âgé" ou "jeune"; cela peut être n'importe quel caractère chinois. Donc, seule une personne connaissant bien la famille en question peut reconnaître la génération indiquée dans le prénom.

Dernier point sur les prénoms - que vous connaissez certainement - : les Chinois donnent toujours leur nom avant leur prénom. Par exemple, pour Hu Jintao, ne dites pas Mr Jintao ! Le nom est généralement composé d'un seul caractère et le prénom de deux et parfois d'un seul (je n'ai jamais vu 3 caractères pour un prénom; c'est une qestion d'équilibre, je pense).

Enfin, pour terminer avec le thème des prénoms/de la famille, autre petit point de culture : ne soyez pas surpris si les Chinois vous disent qu'ils ont 4 ou 5 frères et soeurs. Vous allez vous dire que la politique de l'enfant unique n'est finalement pas aussi appliquée qu'on pourrait le croire, mais il ne s'agit pas de cela. Les Chinois ont en effet l'habitude d'appeler "frère" ou "soeur" leurs cousins germains. En chinois, il y a une distinction (on rajoute un suffixe s'ils portent le même nom de famille et un suffixe différent si ce n'est pas le cas) mais la traduction en français ne permet pas cette nuance. J'ai été confrontée à ce problème en début d'année avec mes petits élèves à l'école primaire qui me parlaient de 3 ou 4 frères et soeurs.

En fait, le système d'appellation au sein d'une famille chinoise est d'une complexité inouïe. D'abord, pour la famille proche, les Chinois font la distinction entre "frère/soeur aîné(e)" et "cadet(te)". Ensuite, ils utilisent des termes différents pour "grand-père" et "grand-mère" s'ils sont "paternel" ou "maternel". La migraine s'amplifie si on s'intéresse au cas des oncles et tantes dont les termes sont différents au regard de leur appartenance au côté paternel/maternel de l'arbre généalogique. Enfin, je vous conseille de prendre au moins deux aspirines si vous voulez approfondir le sujet. Prenons l'exemple du
mot "oncle" qui en chinois peut être traduit par
  • bo : le frère du mon père plus âgé que lui
  • shu : le frère du père plus jeune que lui
  • jiu : le frère de la mère
  • biaoshu : le cousin du père apparenté par sa mère et plus jeune que le père
  • biaojiu : le cousin de la mère
Je continue où cela suffit ? Autrement dit, cette hiérarchisation au sein de la famille chinoise reflète bien l'importance qu'elle revêt aux yeux des habitants de l'empire du milieu.

par armel publié dans : Langue et culture chinoise
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  • : Mon année de prof de fle en Chine
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