Mardi 7 juillet 2009
Tout à l'heure, j'écoutais la radio française lorsque j'ai entendu parler d'une lectrice française de 23 ans qui s'est faite arrêter en Iran pour avoir pris des photos des manifestations. Je ne m'identifie pas du tout à elle; cependant, en entendant parler des troubles et des arrestations dans le Xinjiang qui ont lieu depuis quelques jours, je n'ai pas pu m'empêcher de me dire qu'il ne ferait pas bon se promener là-bas - je craindrais moins les émeutes que de me faire contrôler par les policiers chinois qui ne doivent pas voir d'un très bon oeil les étrangers qui se trouvent là-bas.

Je suis allée voir sur le site de China daily ce qui était dit à propos de ces événements : c'est toujours un peu ce même discours répétitif comme pour le Tibet. On sait bien que ce sont les deux provinces chinoises qui veulent le moins appartenir à la Chine.

Je n'ai pas eu l'occasion d'en discuter avec les étudiants (les cours sont terminés et nous sommes en période d'examens), mais je pense que leurs idées ne différeraient guère de celles qu'ils ont sur le Tibet. Je me souviens que je leur ai dit quelquefois que j'aimerais bien faire du tourisme là-bas, mais ils ont essayé de me décourager en m'affirmant que c'était "dangereux" là-bas (ce n'est pas pour cela que je n'y suis pas encore allée; c'est juste que c'est très loin !). C'est l'idée que l'on retrouve dans les articles de presse, en fait. Les autorités chinoises à travers la presse surfent sur cette vague et lorsqu'elles parlent des troubles de cette semaine, elles insistent surtout sur l'aspect sécuritaire en affirmant que la police est bien présente et qu'elle fait tout son possible pour arrêter les émeutiers et les semeurs de trouble. Et, bien sûr, l'accès à internet a été coupé dans certaines zones de la région pour "prévenir toute propagation de la violence".

Au début, en entendant l'histoire de la lectrice en Iran, je me disais que ce pays était quand même bien pire que la Chine. Au début...


Par armel - Publié dans : Dans la presse
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Dimanche 5 juillet 2009
Je ne cesse de découvrir de nouvelles informations sur la Chine et d'approfondir mes connaissances empiriques sur ce pays au mystérieux fonctionnement.

J'avais déjà entendu parler qu'un "indic" du parti communiste était présent dans nos classes mais je n'avais jusqu'à maintenant jamais abordé le sujet avec mes étudiants. Je pensais toucher à quelque chose de vraiment taboo. Or, lors d'un coin français, nous avons été amenés à évoquer le sujet naturellement et de façon décomplexée. Ils ne m'ont peut-être pas tout dit mais, en tout cas, cela ne semble pas aussi redoutable qu'on pourrait le croire.

Sur le bureau d'une des étudiantes trainaient quelques feuillets couverts de chinois. J'ai demandé par simple curiosité de quoi il s'agissait. Une étudiante a répondu : "Oh, ça, c'est juste les phrases qu'il faut répéter quand on fait la promesse pour devenir membre du parti communiste." Ah, L... veut devenir communiste ? Tiens donc... A cet instant, l'étudiante dont il était question est entrée dans la classe. Sa moue comme réponse à mon interrogation m'a clairement montré qu'elle n'envisageait pas cette perspective avec beaucoup d'enthousiasme.

Je n'ai pas tout compris, pour être honnête. Mais, d'après leurs explications, dans chaque classe, deux étudiants sont importants : le chef de classe qui s'occupe des aspects administratifs (que je connais évidemment) et ... le représentant du parti communiste chargé de tâches différentes.
En fait, toute la société chinoise et tous les organismes sont bicéphales : par exemple, à l'université, vous avez le président de l'université mais également un représentant du parti communiste avec toute la hiérarchie qui va avec, bien sûr. Et ce représentant est aussi important voire plus que le président de l'université. Dans certains cas, les deux branches sont représentées au sommet par une seule et même personne (par exemple, le maire a les deux fonctions; ou Hu Jintao qui est à la fois chef de l'Etat, chef du Parti et chef des armées - 3 fonctions distinctes auparavant).

Bref, tout cela pour dire que la classe à l'université est un microcosme de la société chinoise et on retrouve donc cette séparation bicéphale. Quel est donc le pourquoi du comment ?
Les étudiants m'ont raconté qu'à leur entrée à l'université, les volontaires au poste de représentant du parti communiste - (je ne sais pas quel terme convient pour désigner cette personne) que je vais appeler désormais RPC - devaient faire un discours et que les membres du PC présents à l'université en choisissait un par classe.
A l'issue de leur parcours universitaire, ces "élus" ont la possibilité d'intégrer le PC. En effet, devenir membre du PC en Chine n'est pas donné à n'importe qui. Ils ont également le droit de refuser. Auparavant, avant d'être admis comme membre du PC, la famille du postulant faisait l'objet d'une enquête pour vérifier que sa famille ne recelait pas d'éléments perturbateurs. Selon mes étudiants, désormais, le PC serait plus souple et accepterait les postulants même si certains membres de la famille ne sont pas de "bons" communistes. Ils n'avaient pas l'air  d'en être si sûrs...

Quelles sont les fonctions de ce RPC à l'université ? Mon étudiante m'a répondu qu'il s'agissait essentiellement de participer à des réunions - très ennuyeuses a-t-elle ajouté - ainsi que de transmettre les directives données par le PC à ses camarades,...  . J'imagine que l'on pourrait résumer le tout par : relais de la propagande du PC.
Les étudiants n'ont pas évoqué u
ne autre fonction (dont j'avais entendu parler par des Français qui vivent en Chine depuis plusieurs années) qui consisterait à écrire des rapports sur les profs étrangers. Si c'est le cas, je me demande comment j'ai pu échapper à des représailles car j'ai quand même abordé plusieurs sujets frappés d'interdits : Tian an men, la dictature chinoise, la censure, le Tibet... Certes, je le faisais plutôt lors du coin français que pendant les cours, j'ai toujours fait attention à nuancer mes paroles en disant que "En France, certains pensent que..." et j'ai rarement pris position moi-même directement.

Pourquoi mon étudiante est-elle devenue RPC si cela ne l'intéresse pas ?
Elle m'a dit que son père l'y avait incitée et les étudiants ont reconnu unanimement que devenir membre du PC apportait des avantages considérables : meilleurs postes réservés à ceux-ci, facilités pour trouver un emploi, ... En réalité, beaucoup d'étudiants souhaiteraient avoir la chance de devenir membre du PC pour tous les avantages que la situation leur procurerait.

Il s'agit certainement d'une raison pour laquelle le PC n'est pas prêt de disparaître. La Chine ne reflète plus du tout l'idéologie communiste.
En fait, tous mes étudiants reconnaissent que la Chine n'est pas communiste, d'ailleurs. Finalement, si le Parti subiste, c'est que ceux qui postulent ne le font pas par adhésion à la politique mais y voient surtout un moyen d'atteindre plus rapidement et facilement une aisance financière et matérielle.

Je n'ai pas pu m'empêcher de demander le nom de ces RPC dans mes classes : les étudiants n'ont pas hésité à me dire de qui il s'agissait. J'avoue que je suis tombée des nues à l'énoncé de leur nom mais, à la réflexion, sachant les raisons qui poussent les étudiants à devenir membres du PC, n'importe lequel d'entre aurait pu être ce RPC...

Ce fut une soirée très instructive...
Par armel - Publié dans : Généralités
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Mercredi 1 juillet 2009
Une chose est certaine : je veux bien travailler en Chine en tant qu'enseignante, mais je ne ferai jamais d'affaires avec eux pour la simple et bonne raison que je redoute particulièrement .... les dîners officiels.

Au cours de mes 2 années ici, j'ai assisté à quelques uns de ces dîners et c'est toujours la même épreuve. En fait, c'est tout à fait personnel car tout est lié à l'alcool. Si vous êtes capable de vider verre sur verre, alors vous n'aurez aucun souci; mais en ce qui me concerne, c'est un calvaire.

Hier soir, j'étais conviée par la directrice de l'école primaire où j'ai enseigné ces deux dernières années à un banquet qui réunissait une dizaine de "leaders" (le chef du bureau de l'éducation du district du nord; le chef du bureau de l'éducation de je ne sais plus quoi, blabla...). Heureusement, j'étais assise à côté d'un Français que je connaissais. La prof d'anglais, Shen Kun, qui me servait d'interprète à l'école primaire était également présente et nous servait de traductrice ainsi que de conseillère interculturelle, si je puis dire.

Les plats commençaient à s'accumuler sur la vaste plaque tournante au centre de la table. Aucun de ces chefs ne parlant anglais, je me savais condamnée à une soirée assez mortelle mais je comptais bien m'occuper en me délectant de tout ce qui défilait sous mes yeux. Malheureusement, j'avais à peine avalé une première bouchée qu'une femme s'est levée et s'est lancée dans un discours fleuve qui, à mon avis, se résume en trois mots : bonheur, amitié, bienvenue. Pendant ce temps-là, le serveur faisait le tour de la table pour remplir les verres de vin ou de bière. Connaissant les Chinois, je savais que j'aurais du mal à échapper à cette corvée. J'ai supplié Shen Kun du regard, mais elle m'a murmuré qu'il serait préférable que pour le premier verre, je trinque à l'alcool. Génial. La soirée s'annonçait mal.

Nous avons donc trinqué. Vous savez comment ça se passe quand tout le monde trinque en même temps ? Si on est trop loin pour faire tinter nos verres, on les frappe doucement contre la surface de la plaque vitrée devant nous. La femme a alors avalé son verre d'un coup et nous avons donc dû faire de même.
La même scène s'est renouvelée plusieurs fois, les différents protagonistes prenant la parole à tour de rôle et toute la tablée devant trinquer à l'unisson. Le cauchemar. Shen Kun a essayé de me venir en aide. A un moment donné, elle m'a pris mon verre et en a avalé le contenu à toute vitesse pendant que les autes finissaient le leur et me l'a remis aussitôt dans les mains. Ni vues ni connues. J'aurais bien aimé que la scène eut été filmée : j'imagine nos mines de conspiratrices...

Entre deux verres, j'essayais de grappiller quelques morceaux par-ci par-là alors que les autres convives ne semblaient guère s'intéresser aux plats.
Malheureusement, le supplice n'était pas terminé car, ensuite, chaque invité se levait pour trinquer avec chaque convive. La galère. Heureusement, moi, je n'avais pas besoin de le faire. Par contre, lorsque les autres venaient trinquer avec moi, il fallait bien que j'accepte les voeux et que je prenne mon verre.

Avec Shen Kun, nous avons élaboré et mis en oeuvre une véritable stratégie militaire pour me sauver :
- replis stratégiques aux toilettes pour se cacher provisoirement et gagner quelques minutes
- feintes pour tromper l'ennemi (j'avais commencé la soirée au vin blanc; or le thé qu'on nous servait aussi avait des nuances ambrées qui pouvaient faire illusion. De loin... et surtout que certains "ennemis" en question étaient déjà suffisamment éméchés pour ne pas distinguer le vrai du faux)
- drapeau blanc (Shen Kun a défendu mon cas en expliquant que je n'avais pas l'habitude; que j'étais une fille;etc)
- kamikaze (alors que l'un des chefs voulait absolument que je vide tout mon verre; elle lui a proposé que je boive une gorgée et qu'elle finisse le reste. Elle s'est ainsi sacrifiée plusieurs fois pour moi. Sauf que celui-là (le pire de la soirée) a refusé, en définitive. Intérieurement, je bouillais tellement d'indignation que je lui aurais bien brisé mon verre sur le crâne. Ca n'aurait pas été une grande perte pour l'humanité et, de toute façon, je suis certaine que c'est de la bière qui lui sert de liquide céphalo-rachidien.)

La soirée s'est donc écoulée péniblement à ce rythme. Pour que la soirée soit complètement gâchée, il ne restait qu'une chose : le karaoke. Ce qui n'a pas manqué. Mon tourmenteur a été le premier à s'emparer du micro, d'ailleurs. Il s'est avéré que le matériel avait quelques problèmes et au bout de trois ou quatre chansons sur lesquelles j'ai eu du mal à m'empêcher de me boucher les oreilles pour échapper à ses hurlements et ses aigus de fausset faussés, il a fini par renoncer. Ouf.
La trève fut de courte durée, cependant, car on nous a demandé de chanter quelque chose en français. On nous a suggéré un titre : "Hélène, je m'appelle Hélène" (m'expliquera-t-on un jour comment cette mièvrerie a atterri en Chine et est connue même de ceux qui n'ont jamais appris le français ? Pauvre culture française : voilà la "chanson" française la plus populaire parmi les Chinois...). J'ai regardé avec horreur l'autre Français; nous avons opté pour une chonson dont nous connaissions tous les deux les paroles.... "A la claire fontaine". J'admets que ce n'est pas très rock'n'roll, mais bon... De toute façon, les autes n'écoutaient pas : les uns étaient pris dans les vapeurs de l'alcool, les autres vociféraient - euh, discutaient-. Bref, nous sommes passés inaperçus.

4 heures plus tard, nous sommes enfin sortis du restaurant. Une des femmes chantait à tue-tête dans la rue; une autre s'obstinait à vouloir retourner dans la salle; certains hommes titubaient; d'autres avaient le visage rubicond... Ils avaient fière allure tous ces chefs. C'était d'un ridicule consommé. Pendant ce temps-là, Shen Kun courait de l'un à l'autre essayant de faire taire l'une , de faire monter
les autres dans leur voiture...
A ce moment-là, mon tourmenteur s'est rappelé mon existence et a proposé de me ramener. Je n'étais pas plus enthousiaste que cela surtout en voyant qu'il avait du mal à articuler trois mots, je me demandais donc s'il allait trouver le chemin et surtout s'il allait me ramener vivante. Déjà que sobres, les Chinois conduisent comme des sauvages; alors ivres...
Finalement, un autre homme (son chauffeur ? je ne l'avais pas vu auparavant) a pris le volant et j'ai été reconduite saine et sauve. J'étais soulagée de rentrer enfin chez moi et d'échapper à leur "enivrante" présence.

Vous me trouvez peut-être bien sévère. Qu'est-ce que c'est que quelques verres d'alcool ? Surtout qu'en réalité, je n'en ai pas trop absorbé : la plupart du temps, je ne faisais que tremper les lèvres dans mon verre. Mais je ne supporte pas cette obligation de boire; et surtout d'obliger à vider tout le verre ! Or, vous les verriez, ils se félicitent mutuellement lorsqu'ils vident leur verre et, limite, ils seraient capables de le retourner pour prouver qu'ils ont tout bu jusqu'à la dernière goutte !

Je sais qu'il faut s'adapter à la culture et aux coutumes des autres et je sais que c'est impoli de refuser de vider son verre si l'autre le fait. Mais, vous les verriez remplir les verres à ras bord, en verser le moitié sur la nappe ou le tapis; mélanger les alcools dans un même verre; devenir de plus en plus bruyants et ivres;... N'importe quel alcool pourrait faire l'affaire : il ne s'agit ni de goût ni de qualité mais uniquement de quantité. Plus on vide de verres et de bouteilles, plus la soirée est réussie. C'est plus fort que moi : assister à un tel spectacle me répugne. Comment des hommes et des femmes qui sont censés être respectables et avec des fonctions importantes peuvent-ils se livrer à une telle débauche ? En fait, ils ont l'habitude, je suppose, puisque c'est aller de banquet en banquet et s'enivrer fait partie de leurs attributions, si je peux dire. Le Français présent ce soir-là m'a confié que tous les repas avec des Chinois n'étaient pas forcément aussi arrosés mais les habitants de la province du Shandong respectent particulièrement cette tradition.
A se demander si finalement la citation "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" n'a pas été dite par un Chinois

Il est des expériences dont je me passerais bien, parfois... .


Par armel - Publié dans : Vie quotidienne à Qingdao
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