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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 16:04
Vous vous demandez peut-être ce que l'on fait pendant le coin français hebdomadaire ?

Cette année, nous n'avons pas de chance car les francophones présents sur le campus ne font guère d'efforts pour participer et donc ces dernières semaines, je me retrouve seule. Mais, heureusement, les étudiants se montrent toujours de bonne humeur et on s'amuse bien.

Ce soir, voici un petit échantillon des questions et des sujets que nous avons évoqués.

J'ai attaqué la première en leur parlant de la censure de Youtube non pas pour leur parler du Tibet, mais simplement pour savoir un peu ce qu'ils pensaient de la censure pas pour ce cas particulier mais plutôt de façon générale. Cela me surprend toujours de voir à quel point cela ne les ... surprend pas. Ils me répondent simplement que le gouvernement souhaite que son image reste positive. Alors je leur ai rétorqué que c'était uniquement vis-à-vis des Chinois puisqu'à l'étranger ces sites sont toujours accessibles et d'autre part, est-ce que cela ne montre pas que le pouvoir chinois se sent fragile et qu'il n'a pas confiance dans son peuple en lui cachant certaines choses ? Les étudiants pensent que c'est uniquement que certains sites montrent ou évoquent de façon erronée certains aspects de la Chine. La solution serait-elle donc de faire comme si ces sites n'existaient pas ? Les étudiants disent qu'ils sont habitués à cette situation et que cela ne les choque pas, qu'ils savent qu'en France, la parole est plus libre et ouverte et que c'est la différence "entre le capitalisme et le socialisme". Nous avons donc discuté des médias en général en France, des Guignols de l'info, du Canard Enchaîné, des caricatures dans la presse... C'est amusant car les étudiants avouent spontanément qu'il serait impossible de voir de telles choses en Chine, qu'en Chine, les médias n'évoquent que les aspects positifs et, en même temps, ils sont limite choqués de voir que l'on caricature Sarkozy alors qu'il "est quand même le président de la France !". Et alors, on l'a choisi, on a le droit de le juger, non ? A la suite, on a enchaîné sur les manifestations et les grèves avec toujours cette idée qu'en France nous avons vraiment la liberté de nous exprimer de toutes les façons sur tous les sujets et bien que les étudiants le reconnaissent, ils ne sont pas envieux comme on pourrait l'imaginer. Ils se satisfont de la situation actuelle en Chine.

Nous avons parlé ensuite des homosexuels (on a lu en classe un texte sur le débat sur l'adoption d'un enfant par un couple homosexuel), sujet qui à la fois les choque et les intéresse puisque le phénomène est rare en Chine. Exemples de questions : "Il y a beaucoup d'homosexuels en France ? Combien ? Comment réagissent les parents quand leurs enfants lorsqu'ils annoncent qu'ils sont homosexuels ? Est-ce qu'ils peuvent se marier ?...."

Nous sommes passés à des sujets plus légers. J'ai ainsi appris que :
- Le film "La grande vadrouille" est connu en Chine. Un de mes étudiants adore Louis de Funès (en réalité, c'est parce que le Chinois qui le double a une jolie voix !)
- Mélissa Theuriau (présentatrice française à la télé pour ceux qui l'ignorent) est actuellement très populaire sur internet et un site web chinois l'a élue la plus jolie présentatrice de télévision du monde.

Nous avons également échangé nos connaissances sur les séries américaines qui sont appréciées en France et en Chine (on retrouve les mêmes comme "Prison break", "Lost",...) puis sur le sport. Les étudiants ont été surpris d'apprendre qu'on ne diffuse pas de matchs de basket à la télé en France alors qu'en Chine, on en voit très souvent (dans les bus, par exemple, qui sont équipés de télé. Et oui, et oui, c'est classe !).

Après, nous avons parlé des perceptions qu'ont les Français vis-à-vis de l'anglais, des Américains, des Allemands, des Japonais (ils croient que les Français détestent les Japonais parce qu'on se moque d'eux comme dans les films "Le grand bleu" ou "Taxi").

Enfin, nous avons terminé sur le thème du bac, de l'université, des diplômes. Les étudiants sont affolés de savoir que les étudiants français n'ont ni manuels ni polycopiés à la fac et qu'ils doivent tout prendre en note. Cela leur semble inimaginable mais surtout impossible. Ils se sont montrés très curieux lorsque je leur ai parlé et montré les abréviations que l'on peut utiliser dans ce cas. Une étudiante m'a dit qu'elle pensait que le bac était horriblement difficile. Lorsque je lui en ai demandé la raison, elle m'a répondu qu'elle avait vu des sujets (de philo) et qu'elle ne pouvaient pas les comprendre même si elle connaissait tous les mots ! N'est-ce pas un peu le cas pour nous aussi, en fin de compte ?

Comme vous le voyez, les sujets sont variés et c'est assez amusant car certaines remarques sont plutôt très naïves et, en même temps, les étudiants ont toujours des questions auxquelles je n'avais réfléchi auparavant (la semaine dernière, c'était "Pourquoi l'Ile-de-France s'appelle comme ça alors que ce n'est pas une île ?"). Ainsi, j'apprends beaucoup et sur ma culture et sur la leur. C'est donc un rendez-vous hebdomadaire que j'apprécie énormément.
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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 16:07
Un de mes outils de travail - le site youtube - ne fonctionne plus depuis le début de la semaine. C'était déjà arrivé l'an dernier après les émeutes au Tibet. Mais cette fois-ci, j'ignorais s'il y avait une raison particulière. Apparemment c'est le cas puisque je viens d'apprendre à la radio (française) que la Chine aurait censuré le site sans doute en raison d'une vidéo montrant un policier chinois battant à mort un manifestant tibétain ou pro-tibétain.

Franchement, ils m'embêtent ! Comment vais-je faire, moi ? Je voulais trouver un clip vidéo d'une chanson pour le présenter à mes 1ère année vendredi... Vous allez me dire qu'on peut toujours se débrouiller en passant outre la censure grâce à différents moyens que j'ai découverts depuis que je suis en Chine, mais c'est beaucoup plus lent et je n'arrive plus à télécharger les vidéos qui m'intéressent. Comme si ce n'était déjà pas suffisamment compliqué de trouver des supports pédagogiques, si en plus, on me prive de mes ressources internet.... Espérons que la situation soit rétablie rapidement !
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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 08:02
Qui dit examens de fin de semestre, dit corrections, dit donc erreurs relevées. Avant de vous livrer un petit florilège, je tiens à souligner que les étudiants ne font habituellement pas ce genre d'erreurs mais je pense que le temps limité et le stress induit altèrent leur concentration; d'où beaucoup de fautes d'inattention.


Les étudiants sont très créatifs.
Cette "inventivité" est due aux sempiternelles erreurs d'orthographe et confusions de lettres typiques des étudiants chinois provoquées par les interférences phonétiques avec leur langue (t/d; b/p; b/d;...). On peut également observer un certain nombre d'approximations sémantiques assez amusantes. Commençons :

- "Elle boit le juif" (vous allez aussitôt imaginer quelque chose de glauque mais, pas du tout, il s'agit simplement d'une malheureuse contraction de jus de fruits...)

- "Il révoile" (je n'ai pas relevé le contexte mais, en fait, il s'agit d'un mot-valise formé à partir des verbes "révéler" et "dévoiler")

- "Ils choisissent de vivre en colocabition" (intéressant concept : la colocation en cohabitation ?)

- "faire du fleu" (tiens, une étudiante inspirée par mon métier ? non , pas du tout, cela ne signifie absolument pas enseigner le FLE - Français langue étrangère - mais de "mettre le feu". Ah, quelle désillusion !...)

- "l'homme fait des réparations dans le dessert" (non, le gâteau n'est pas tombé par terre et il ne s'agissait pas de redresser les décorations en chocolat posées dessus; l'étudiant voulait plutôt parler d'explorations dans le désert)

- "Elle prend une bouche" / "Elle prend une touche" (allez, encore un effort et peut-être arrivera-t-elle à prendre sa douche)

- "Elle se lève de bonheur le matin" (elle en a de la chance ! Vous êtes beaucoup que le bonheur fait sortir du lit à 7h du matin ?)

- "Elle s'élève le matin" (et oui, c'est bien connu que le bonheur donne des ailes...)

- "Les bisous ont disparu !" (Ah, ça, c'est pas de chance ! Quel triste monde, vraiment ! Heureusement qu'il nous reste nos bijoux pour nous consoler...)

- "Elle porte des habits sexuels" (oh, oh, tout un programme !)

- "Elle cuit du café" (une nouvelle recette sans doute ?)


Passons maintenant aux erreurs que j'ai relevées dans les copies de l'examen dit de "civilisation et société française". Je tiens à préciser que les étudiants interprètent de façon très "libre" ce qu'ils ont lu ou ce que je leur ai expliqué et que tout ce qui suit n'a jamais été dit en cours ! (ce n'est pas que je me cherche des excuses, mais... :-)

Thème de la culture générale en littérature, musique et beaux- arts

- "Bonjour tristesse" a été écrit par Sartre (bon, l'étudiante n'avait pas tout faux, Sagan et Sartre, ça se ressemble, non ? En tout cas, les deux commencent par la même syllabe....). En fait, j'ai retrouvé cette erreur dans au moins 3 copies !

- les "Faibles" de Jean de la Fontaine

Célèbre féministe du 20ème siècle qui a écrit "Le Deuxième Sexe"  :
- Simon de Beauvoir (après tout, les hommes ont le droit d'être féministes aussi, non ?)
- Baudevoir (il me semblait bien qu'il y avait un "de" dans le nom mais où diable se place-t-il ?)
- Simone de Bavoir (je ne sais pas vous, mais moi, je trouve tout de suite ce nom moins élégant...)

- "Picasso est un peintre français impressionniste du 20ème siècle" (on change le nom et le courant artistique et la réponse sera bonne...)

- D'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis sont les héros de : "Les quatre mousquetaires" (ben oui, il y a quatre noms...)


Thème de la santé :


Pourquoi la Sécu connaît-elle des problèmes de déficit budgétaire ?

- "On leur (aux Français) rembourse trop d'argent. On s'occupe de presque toutes les maladies et on a beaucoup de personnes âgées."
- "Car on est remboursé par la Sécu, on choisit toujours le meilleur médecin et les meilleurs médicaments sans se soucier de la dépense."



Thème des religions :

- "le catholicisme, le protestantisme, le judaïsme et le musulmanisme" (ah, pas de chance. C'est vrai que c'est compliqué le français !)

- "le protestantisme, l'islam, le catholisme et le juïsme" (et non, ce n'est toujours pas ça)

- "les guerres de religion en 1598 mettent les chrétiens et les musulmans vivant ensemble en France" (ah, pour une fois que des guerres réconcilient les gens ! il y a quand même un truc qui me chiffonne : Charles Martel n'avait-il pas arrêté les Arabes à Poitiers en 732 ?)



Thème de la justice :

Qu'est-ce que la présomption d'innocence ?

- "Bien qu'il y ait des preuves, le suspect est innocent avant la condamnation."
(il a de la chance dans son malheur)
- "Après avoir prouvé que quelqu'un n'est pas coupable, il est innocent." (CQFD...)
- "Il faut libérer les personnes qui sont innocentes." (c'est une bonne nouvelle, ça !)
- "Un coupable sera libre s'il est déclaré innocent." (alors, il est coupable ou innocent ?)


Thème de la discrimination

- "Le racisme, c'est un phénomène entre différents racines."
- "Le racisme : les gens croient qu'ils sont les meilleurs du monde."
- "La discrimination est plus variée que le racisme."


Personnalités françaises issues de l'immigration ?

- "Zétane", "Zédal", "Zitanne" (euh.... Zidane, peut-être ?)
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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 13:50
Dans l'examen de mi-semestre de la semaine dernière que j'ai corrigé hier, l'un des exercices d'expression écrite consistait à décrire 3 personnages historiques (de nationalité ou fonction indifférentes) en 2 ou 3 lignes en utilisant la première personne du singulier.
"Etrangement", sur 21 étudiants, la moitié environ a choisi de parler de Mao. Ce qui est amusant, c'est qu'ils ont presque tous écrit la même chose (dans le florilège que je présente, je n'ai changé aucun mot, j'ai simplement corrigé les erreurs grammaticales) alors qu'ils n'avaient pas droit au dictionnaire et qu'avant l'examen, je ne leur avais pas donné le détail de cet exercice.



Je suis né dans le Hunan. J'étais communiste. J'ai dirigé les Chinois pour obtenir la liberté et j'ai établi un nouveau pays.

Je suis né en Chine. J'étais communiste et j'ai guidé le peuple chinois contre les Japonais. Après la libération, j'ai construit la nouvelle Chine.

Je suis né dans une famille pauvre du Hunan. J'étais un génie dans le domaine militaire. J'ai vu la vie misérable du peuple chinois de mes propres yeux. J'ai juré que je construirai un nouveau pays pour les Chinois.

Je suis né dans la province du Hunan. J'ai connu beaucoup de paysans et leur grande douleur; donc j'ai participé à la révolution dès mon plus jeune âge. Grâce à beaucoup d'efforts, je suis arrivé avec mes collègues à délivrer notre peuple des martyrs.

Je suis né en Chine à l'époque de la guerre. J'étais choqué par la vie misérable de la nation. Alors, j'ai décidé de sauver les Chinois par la révolte.

Je suis né en Chine. Tout le monde me connaît parce que je suis un homme très important pour la Chine. C'est moi qui ai conduit tous les Chinois à l'indépendance. J'étais doué pour la guerre. Je suis mort à Pékin quand j'avais 83 ans.

Je suis né dans un petit village de la province du Hunan. Comme ma famille était très pauvre, je ne pouvais pas aller à l'école. Mais j'aimais beaucoup lire. Quand la guerre a éclaté, j'ai participé au recrutement. Et finalement, je suis devenu le président et ai commandé toute l'armée pour réussir la révolution.

Je suis né dans le Hunan, à l'époque où la Chine se trouvait dans une situation très grave. Pour sauver le pays et le peuple, j'ai beaucoup étudié et j'ai dirigé le peuple chinois à se procurer la liberté.

Je suis né dans une famille paysanne au centre de la Chine. Je me suis inquiété de tous les martyrs des Chinois. J'ai dirigé beaucoup de révoltes contre les propriétaires et les Japonais et les capitalistes et réussi à établir la nouvelle Chine.

Je suis né en Chine à la fin du 19ème siècle. J'étais le meilleur chef chinois qui ai guidé les Chinois à remporter les victoires dans la guerre contre les Japonais et la guerre civile. En 1949, j'ai été élu président chinois et j'ai bien gouverné la Chine dans les années suivantes.

Je suis né en Chine. C'est moi qui ai conduit le peuple chinois à établir le nouveau pays. Mais c'est aussi moi qui ai provoqué la Révolution culturelle.

Je suis né dans la province du Hunan en 1893. J'ai dirigé la révolution chinoise pendant toute ma vie et j'ai écrit beaucoup de poèmes parmi lesquels le plus connu était Qing Yuan Chun. J'ai fait une erreur grave, c'est la Révolution culturelle.

On remarquera la nuance apportée par les deux (seuls) étudiants cités à la fin....



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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 14:51
Avec les examens, cette semaine, je n'avais pas encore eu l'occasion de discuter de l'actualité avec les étudiants. J'ai donc commencé le cours aujourd'hui en leur demandant qu'elle était la date de mardi dernier. Le 11 novembre. J'ai ensuite attendu un peu pour voir si cela ne leur évoquait rien. Ne voyant aucune réaction se produire, j'ai expliqué que ce jour-là on célébrait quelque chose en France.

Et à ma grande surprise, la première réponse qui a jailli des lèvres de mes étudiants de 2ème et même de 3ème année a été : c'est la fête des célibataires !

C'est en effet le cas en Chine - symbolisme des chiffres quand tu nous tiens ... -, en tout cas dans les grandes villes chinoises (c'est une fête assez récente et pour les jeunes). Pourquoi ce jour-là ? Car 11/11 : la seule date de l'année composée d'autant de 1.

Et dire que les Chinois n'arrêtent pas de répéter que les Français sont romantiques....
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 06:10
Lorsque l'on m'interroge sur les raisons pour lesquelles je suis prof de fle alors que je pourrais enseigner autre chose en France et exercer ainsi ce métier tout en bénéficiant des avantages sociaux des salariés en France, je ne trouve pas forcément de raisons percutantes, mais, en réalité, ma vie quotidienne est remplie de petites choses qui me rappellent pourquoi j'aime autant ce métier de prof de FLE et pas d'autre chose ou, en tout cas, n'enseignant pas à des Français.

D'abord, il y a l'attachement : ce que j'aime, c'est cette amitié, voire cette complicité que je partage avec les étudiants (ici, je parle plutôt des 2ème et 3ème année puisqu'avec les 1ère année, les discussions restent encore très limitées pour l'instant). Je sais que je ne pourrai jamais vivre ce genre de relation si j'enseignais en France à des élèves français. Je déteste tout ce qui est discipline et autorité; c'est d'ailleurs pourquoi, parmi les divers cours que je donne ici, je préfère ceux avec les étudiants plutôt que ceux avec les enfants (car, aussi mignons soient-ils, ils sont quand même plus dissipés que mes grands de 20 ans !...). Si je devais résumer en une phrase le lien qui m'unit à mes étudiants, je dirais qu'ils sont pour moi comme une famille de substitution.

En outre, il y a toujours ces petites phrases sympathiques comme celle de cette étudiante de 1ère année qui, hier, est venue me faire la "causette" lors de l'inter-cours (disucssion en anglais vu leur niveau en français). Elle voulait savoir depuis combien de temps j'étais en Chine, si ma famille et mes amis me manquaient, etc... Elle m'a demandé aussi combien de temps je comptais rester à Qingdao; je lui ai répondu que même si j'aimais bien ma vie ici, j'avais besoin de changement et que je comptais partir enseigner ailleurs. Elle m'a alors dit : "Oh, cest dommage, on aimerait bien que vous restiez". J'ai tendance à penser qu'elle était plutôt sincère car rien ne l'obligeait à déclarer cette phrase (à moins qu'elle n'estime qu'il était nécessaire de dire quelque chose par politesse). En tout cas, sincère ou pas, c'était plutôt agréable à entendre ! Au-delà de cette remarque, ce qui me fait surtout plaisir, c'est de voir les étudiants se sentir plus confiants, les voir progresser et prendre plaisir à être en cours (même si, bien sûr, il serait utopique de croire que c'est le cas pour tous) car, par exemple, cette étudiante faisait partie de celles dont je n'arrivais pas à bien retenir le prénom au début à cause de sa discrétion mais qui, depuis quelques temps, commence à participer en cours.

Il y a également toutes ces situations incongrues : voilà 3 cours de suite que des étudiants de 1ère année sortent leur appareil photo ou leur portable à la fin du cours et me demandent de poser avec eux. Hier, c'était une étudiante qui m'a dit qu'elle comptait envoyer la photo à ses parents !

Enfin, last but not least, l'aspect sans doute le plus important et celui qui, en définitive, me plaît le plus, c'est le partage. Je leur enseigne le français, mais en retour ils m'apprennent leur culture par l'intermédiaire des débats en cours, des conversations informelles, en répondant à mes questions,.... Il me semble qu'enseigner à des Français serait beaucoup plus banal et trop vertical  à mon goût : le prof enseigne, les élèves copient. Alors qu'ici, j'estime que je n'enseigne pas, mais que je partage ma langue et ma culture (une certaine vision, en réalité).

Ainsi, chaque cours réserve son lot de questions et de remarques divertissantes ou auxquelles on ne s'attend pas. Par exemple, pourquoi les Français mangeaient des lapins en chocolat à Pâques; pourquoi les prêtres ne pouvaient pas se marier;... Et aussi, son lot de surprises : une étudiante de 3ème année lors d'un jeu de rôle a décidé que son personnage serait homosexuel (je vous rappelle qu'en Chine, l'homosexualité est mal vue; alors pour qu'une étudiante ose le mettre en scène.... Elle a dû être marquée par les films qu'on a vus en cours ou le chapitre sur l'évolution de la famille en France, je ne sais pas...); d'autres ont imaginé lors d'un autre jeu de rôle (mise en scène d'un procès) une histoire compliquée d'un homme qui avait deux maîtresses qui se disputaient son héritage, le tout agrémenté de détails presque croustillants. Bref, les étudiants sont vraiment capables de se prendre au jeu, c'est surprenant et très intéressant. On est loin de l'image des asiatiques passifs et qui n'ouvrent pas la bouche en cours (en tout cas, c'était ce que je pensais avant de commencer mes stages en master !).

Et, bien sûr, les copies sont également une mine d'or. Ainsi, en cours d'expression écrite, les étudiants devaient imaginer le contenu de bulles tirées d'une planche d'une des BD de Boule et Bill qui mettait en scène la famille arrêtée par un policier pour un simple contrôle de routine. L'une des étudiantes a imaginé qu'à la question de son mari qui se demandait pourquoi le policier leur faisait signe de s'arrêter, la femme répondait : "C'est qu'il doit avoir besoin d'argent". Comme quoi, la corruption est bien un phénomène de société en Chine....

Dans les devoirs, le décalage entre les niveaux de langage produit aussi un effet comique bien que non désiré. En effet, voir des phrases comme, par exemple, celle-ci où l'étudiant fait dire à un personnage dans la foulée "Merde ! Diable, allez chez Hadès !" ont de quoi rendre la correction des copies plutôt ludique ! (je n'invente rien ! D'ailleurs, je ne vois pas comment j'aurais pu imaginer une telle phrase !)

Bref, vous l'aurez compris, c'est un métier réjouissant même s'il m'arrive de me lamenter. Cependant, mes plaintes portent sur le système, les conditions de travail ou l'organisation et pas sur les étudiants car si j'aime autant mon travail, c'est finalement grâce à eux. Voilà, j'étais de bonne humeur, alors j'avais envie de chanter un hymne à l'amour à la gloire de mes chers élèves...

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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 12:57
Je préviens à l'avance : cet article n'est pas intéressant car il s'agit juste d'un coup de gueule personnel. Mais il faut bien que je me défoule et je ne connais pas meilleur moyen que l'écrit. Donc, vous pouvez passer votre chemin car vous pourrez trouver plus captivant ailleurs.

La semaine dernière, l'école primaire où j'enseigne m'a prévenue qu'une prof française de chinois viendrait à l'école aujourd'hui. Soit, comme le Shandong est jumelé avec la Bretagne et les Pays de la Loire, différents échanges sont organisés et je savais que la région était à l'origine de ce projet. Mais en réalité, je me suis retrouvée dans l'oeil du cyclone sans trop savoir comment.

Tout d'abord, la prof en question n'était pas une simple prof; comme d'habitude, j'étais la dernière informée et tout le monde a semblé considérer que je savais qui elle était et ce qu'elle faisait là; sauf que ...non. Bref, je n'ai même pas réussi à bien comprendre sa fonction réelle (la plupart de la réunion s'est passée en chinois puisqu'elle maîtrise parfaitement la langue); ce qui est certain, c'est qu'elle supervise l'enseignement du chinois en Bretagne, une sorte de prof-inspectrice-chef. Je l'ai prise en grippe aussitôt l'avoir vue : elle a cet air pincé et revêche des profs irascibles qui vous regardent comme si vous étiez un cas désespéré. Sincèrement, lorsqu'elle m'a saluée, j'ai eu l'impression d'avoir 10 ans, que j'étais de retour sur les bancs de l'école et que j'avais fait une grosse bêtise. En outre, elle m'a tout de suite tutoyée (je sais que je fais plus jeune que mon âge et je n'ai rien contre le "tu" en général), mais là, cela n'a fait qu'amplifier mon sentiment d'infériorité. La journée s'annonçait difficile.

Pendant la réunion, la directrice a présenté l'école, ses projets, ses ambitions, etc; et la Française a parlé de son parcours et des plans de la Bretagne en ce qui concerne l'enseignement du chinois. Elle a notamment cité l'exemple d'une école primaire de la Poterie qui va mettre en place des cours de chinois à partir du CE2 (à raison de 3/4 d'h par jour); enseignement qui se poursuivra au collège (6h/semaine) puis au lycée (8h/semaine), je crois. Pour l'école primaire, 7 autres écoles en France ont mis en place ces classes internationales de chinois. Les deux femmes et les représentants de l'organisme qui s'occupent des relations entre les deux régions ont discuté de possibles échanges futurs entre les deux écoles.

Mais cela ne se fera pas tout de suite car dans l'école où j'enseigne, le français n'est qu'anecdotique : les cours s'ajoutent à tous les autres ce qui décourage un certain nombre d'enfants qui ont déjà beaucoup de classes et de devoirs. En plus, je suis la seule prof étrangère dans la seule école primaire de la ville qui propose des cours de français. Ceux-ci ne reçoivent donc aucun soutien quelconque : il n'y a aucun programme, aucune concertation, aucun but à long terme (aucun collège ou lycée à Qingdao n'offre des cours de français). Evidemment, la conversation s'est donc orientée sur mes cours et là, je me suis sentie vraiment mal car lorsque j'ai présenté ce que j'avais fait et la façon dont je travaillais, elle n'a pas cessé de me fixer de son air supérieur en me coupant toutes les 2 minutes "Tu ne devrais pas dire ça.", "Tu n'aurais pas dû faire ça.", "Ah, tu n'a pas fait ça ?"....


Je sais que les critiques sont formatives; que cette femme est très compétente et que son expérience dans l'enseignement pourrait m'être précieuse, mais à cet instant, je n'avais qu'une envie : que le plafond s'effondre sur elle ou qu'elle s'étouffe en buvant son thé. J'aurais pu accepter ses remarques si elle me connaissait, si elle avait vu mes cours, mais là, elle a jugé de tout sans rien connaître. C'est vrai que j'ai souvent des doutes lorsque j'enseigne aux enfants parce que je n'ai pas l'habitude : je n'ai jamais assisté à aucun cours de fle pour enfants; d'autre part, je dois tenir compte du fait qu'on se voit très peu par semaine, qu'ils ne révisent pas chez eux; quela directrice insiste sur le côté ludique; que je suis isolée; que cet apprentissage est hors de tout cadre, ....
J'ai donc été obligée, je suis obligée de me former sur le tas, toute seule, sans matériel pédagogique (à part les livres fournis par l'ambassade); alors, lorsqu'elle m'a dit "Vous ne suivez pas le manuel, j'espère.", j'avais envie de lui dire : "Vous croyez que je ne sais pas qu'aucun manuel n'est parfait ? Et vous voulez donc que je pioche des activités à droite à gauche dans d'autres manuels ? Mais bien sûr ! Quelle bonne idée ! Je n'y aurais pas pensé toute seule ! Et je les trouve où les autres supports pédagogiques ? C'est déjà pas si mal d'avoir un livre aussi imparfait soit-il." Qu'est-ce qu'elle croit qu'il y a des médiathèques avec des livres et autres ressources en français pour enfants à chaque coin de rue à Qingdao ?


Evidemment, je ne me contente pas du manuel et je rajoute plein de jeux pour apprendre et pratiquer le vocabulaire, notamment; je crée aussi des power points, j'essaie de trouver des vidéos sur internet, mais c'est vraiment galère. En outre, je n'ai même pas une vraie classe où je pourrais créer et accrocher des affiches; bref, il ne s'agit pas d'un "vrai" cours. Cela n'a rien d'officiel; c'est donc très différent du projet d'ouverture de la classe de chinois en CE2 à Rennes pour lequel elle a oeuvré et qui est soutenu par le ministère, la région,...

J'admets que ses critiques m'ont vexée mais si je ne suis peut-être pas une bonne prof, je fais de mon mieux, j'y mets du coeur et de la volonté avec les moyens à ma disposition; et sincèrement, je pense que ma situation n'est pas comparable avec les profs français en France. Alors, j'aurais voulu qu'elle se mette un peu à ma place et qu'elle nuance ses paroles car si elle parle bien chinois, je doute qu'elle ait jamais enseigné en Chine et je ne suis pas sûre qu'elle mesure la pauvreté des ressources et de la formation des profs de fle.

Heureusement, la directrice a spontanément fait mon éloge en répétant à quel point les élèves m'appréciaient et combien elle-même était ravie de mon travail. Politesse, me direz-vous, mais elle l'a fait avec une chaleur particulière qui, de fait, m'a consolée car, après tout, peu m'importe ce que pense cette "Madame-je-sais-tout-mieux-que-tout-le-monde", donneuse de leçons, du moment que les personnes pour lesquelles je travaille apprécient mon travail, rien d'autre ne compte !

La matinée s'est terminée en beauté, si je puis dire, car malheureusement j'avais cours ou plutôt j'avais cours et, malheureusement, elle voulait l'observer ! Je ne sais pas si je saurai jamais ce qu'elle en a pensé car elle est partie avant la fin pour une autre réunion ailleurs. En réalité, j'étais soulagée de ne pas pouvoir lui dire au revoir car j'avais suffisamment entendu de paroles déplaisantes pour me gâcher toute ma journée si ce n'est toute ma semaine.

Enfin, la cerise sur le gâteau, c'était ce soir en rentrant chez moi après un autre cours dans une autre école primaire avec mes petites Françaises. Devant mon immeuble, j'ai croisé la prof du département espagnol. Elle parle un français parfait (elle a fait toute sa scolarité dans une école française en Espagne) mais j'ai rarement connu une personne aussi antipathique. J'essaie de l'éviter la plupart du temps car elle ne cesse de se plaindre de sa situation : elle répète inlassablement qu'elle a enseigné dans les meilleures universités chinoises; qu'elle est une excellente chercheuse, etc... et qu'ici, c'est horrible : qu'elle ne peut pas vivre décemment avec un si petit salaire; qu'à Canton, elle gagnait plus de 9000 yuans par mois,  qu'elle a trop d'heures d'enseignement, que ce qui l'intéresse c'est la recherche pas de donner 12h de cours par semaine, que les 1ère année sont nuls, les secrétaires désagréables, la nourriture infecte, que tout est trop épicé, qu'elle refuse de manger à la cantine car l'odeur lui soulève le coeur, qu'elle n'a qu'une hâte, c'est de quitter cet endroit, qu'elle est persécutée car si elle a dû quitter les précédentes universités c'est parce que ses collègues étaient jaloux d'elle,....
A chaque fois que je la croise, je dois subir une litanie sans fin de récriminations acerbes. Je suis certaine qu'elle est très compétente dans le domaine linguistique (elle parle à la perfection au moins 3 langues et en maîtrise 2 autres très bien) et peut-être dans l'enseignement, mais si elle se montre tout le temps aussi acrimonieuse, pas étonnant que les universités ne la gardent pas plus d'un an.

En tout cas, elle alimente un certain nombre de conversations car mes 2ème année m'ont rapporté que leurs camarades du département espagnol se trouvent fort malheureux avec cette prof qu'ils ont surnommé "la sorcière", tant en raison de son apparence que de son caractère. C'est dire !... En fait, je ne suis pas loin de penser la même chose qu'eux...
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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 11:47
Ah la la, je devrais y être habituée - je me suis suffisamment plainte l'an dernier des examens - mais je reste toujours aussi sidérée par les aberrations du système.

Hier, l'une des profs qui s'occupe des principales tâches administratives du département m'a annoncé qu'il y aurait des examens de mi-semestre. Kezako ? L'an dernier, nous n'en avions pas. J'ai commencé à paniquer en me disant que je n'aurais jamais le temps de préparer 5 examens d'ici à deux semaines. Heureusement, ma collègue m'a rassurée : je n'ai besoin d'en préparer qu'un seul, que pour les 3ème année et dans la matière de mon choix. Ouf !

Ce que j'aime chez ma collègue, c'est la précision de ses réponses.

Moi : Il faut préparer des feuilles d'examen, alors ?
Elle : je ne sais pas....
Moi : Il durera combien de temps ? 2h comme à la fin du semestre ?
Elle : je ne sais pas....peut-être 90 minutes...
Moi : Pourquoi cette année organise-t-on des examens de mi-semestre et pas l'an dernier ?
Elle : je ne sais pas...
Moi : Et les notes compteront pour combien dans le total des résultats de fin de semestre ?
Elle : ça dépend....
Moi : ????
Elle : c'est-à-dire que tu sais que les examens de fin de semestre comptent pour 80% et qu'il y a une note de participation en classe pour 20%. Alors, tu peux prendre la note de l'examen de mi-semestre à la place de la note de participation.
Moi : Mais, ce n'est pas vraiment la même chose....
Elle : oui....peut-être.... tu fais comme tu veux...
Moi : Vous voulez dire que je peux ne pas tenir compte de cette note de mi-semestre ?
Elle : Comme tu veux.. tu sais que c'est surtout l'examen de fin de semestre qui comptent : on doit les préparer, les corriger, préparer les rattrapages, faire les analyses de résultats, conserver les feuilles d'examen...
Moi : Et ce n'est pas le cas pour celui de mi-semestre ?
Elle : Et bien... non, tu peux juste donner un sujet et les étudiants composent. Ca suffit.
Moi : Alors, finalement, si on n'est pas obligé de tenir compte des notes obtenues lors de cet examen, à quoi ça sert d'en faire un ???
Elle : je ne sais pas....(petit rire gêné)

Tout notre dialogue a été ponctué par ses petits rires qui accompagnaient ses réponses vagues. J'ai lu quelque part que les Chinois riaient souvent lorsqu'ils étaient gênés : elle est un parfait exemple.

C'est cette collègue qui m'avait demandé de ne pas dire à la directrice qu'elle ne venait pas assister au banquet d'accueil des profs étrangers. Les petites cachotteries se poursuivent car, hier, je l'ai vue revenir plus tard au bureau alors que j'y étais encore et elle m'a expliqué qu'elle avait découvert qu'elle pouvait faire transférer les appels du bureau sur son téléphone portable. En effet, elle est de permanence ce mois-ci au bureau pour accueillir les gens ou répondre au téléphone. Mais, elle m'a avoué à demi-mot que cela l'ennuyait de rester toute la journée dans le bureau (il est vrai que les visiteurs sont plutôt rares et les élèves communiquent souvent par téléphone avec les profs). D'où, cette idée ingénieuse qui lui permettra de rester tranquillement chez elle.

Le dernier potin du département français n'est pas le plus anodin.

J'avais bien remarqué qu'il y avait un étudiant fantôme parmi les 2ème année, mais je n'y faisais pas plus attention que cela car des étudiants auto-didactes suivent de façon plus ou moins régulière mes cours et je me disais donc qu'il s'agissait de l'un d'entre eux. Vous trouvez peut-être bizarre que je ne me pose pas plus de questions et que je ne sache rien de leur situation mais, non seulement, la directrice ne me prévient pas toujours de leur inscription mais, surtout, la plupart d'entre eux ne souhaitent pas être interrogés. Ils viennent pour "écouter", m'a dit la directrice, lorsque je me suis étonnée des refus de ces étudiants de répondre à mes questions. En fait, leur niveau est plus bas que celui de mes étudiants (d'où leur refus de répondre qui est plutôt lié à un problème de capacité que de volonté) mais, justement, ils viennent là pour s'améliorer, a ajouté la directrice. Cette logique me dépasse car, tant qu'à venir en classe, autant qu'ils choisissent un cours plus approprié à leur niveau afin qu'ils puissent participer. Enfin...

Bref, tout cela pour dire, que cet étudiant fantôme fait réellement parti de mes étudiants. Ah...
Apparemment, il "fait du mal à la tête" de la directrice, selon ma collègue, car il n'assiste à aucun cours ni aux miens ni à ceux des autres profs. L'affaire n'est pas claire et je n'ai pu obtenir que des bribes d'information après les avoir arrachées à ma collègue ("Madame ni oui ni non"). Il a débarqué à l'université de Qingdao l'an dernier alors qu'il avait passé un an à l'université des langues étrangères à Pékin (une meilleure université que la nôtre).

Moi : A-t-il été viré ?
Elle : Je ne sais pas.
Moi : Il devait donc être un bon élève avant pour avoir été accepté dans cette université pékinoise, non ?
Elle : Je ne sais pas.
Moi : Pourquoi est-il arrivé ici à Qingdao ?
Elle : Je ne sais pas....mais il aurait des relations.
Moi : Des relations ?
Elle : Sa famille a des relations dans la direction de l'université de Qingdao, peut-être....
Moi : Mais s'il n'assiste à aucun cours, comment va-t-il faire aux examens ? Il ne va jamais pouvoir réussir !
Elle : Peut-être...Parfois, un étudiant peut réussir s'il a été sérieux (je ne me souviens plus comment elle m'a dit cela, mais elle a clairement confirmé que les examens étaient donnés même pour ceux qui échouaient aux exams); mais là....
Moi : Comment va-t-on f
aire pour les notes de participation en classe, alors ?
Elle : Peut-être... on peut donner le minimum...
Moi : Vous avez contacté ses parents ?
Elle : Oui, la directrice a parlé à sa mère, mais c'est compliqué car son père est gravement malade; alors sa mère ne veut pas qu'on l'inquiète avec cette histoire.

Je sens qu'il va falloir jouer de la calculatrice à la fin du semestre pour parvenir à lui trouver des points pour qu'il atteigne la moyenne car il est certain que la directrice ne souhaite pas qu'il redouble : son seul désir, c'est de le voir partir ou tout au moins s'en débarrasser le plus vite possible quitte à ce qu'il passe même s'il n'a pas le niveau.
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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 15:55
Personnellement, je n'ai jamais vraiment apprécié les cours de didactique que nous subissions en master. Trop théoriques, décalés de la réalité, ... Même les livres des grandes pointures dans le domaine me semblaient soporifiques au possible. Heureusement, le dieu Internet existe pour les profs de fle (car étant à l'étranger, Internet nous est d'un grand secours pour accéder à toutes sortes de supports pédagogiques de la presse en passant par la vidéo ou les clips de chansons). Mais internet est bien pratique aussi pour consulter tous les blogs des profs et les ressources que certains mettent en ligne spontanément. Car, franchement, face à une classe de 30 débutants - GRANDS débutants - qui ne savent même pas dire "bonjour" , comment voulez-vous que nous appliquions toutes les belles théories développées dans les livres de didactique ?

Ca me fait bien rire d'ailleurs car lorsque l'on consulte les conseils sur Internet ou ailleurs pour les premiers cours, on vous suggère "objectif : savoir se présenter". Bon, jusque là, ça va, je m'en doutais un peu. Sauf qu'après, toutes les activités proposées semblent partir de l'idée que les étudiants savent déjà reconnaître un nom d'un prénom, dire son âge et les nationalités. Et bien, non ! Ce n'est pas toujours le cas !

Je n'ai pas réussi à trouver un seul site capable de me donner des idées intéressantes pour un cours avec des étudiants ne parlant PAS UN MOT de français. Les activités ludiques comme poser des questions pour deviner quel personnage on est; celles de vocabulaire comme le taboo ou dessinez, c'est gagné demandent toutes un minimum de connaissances. Or, c'était là mon problème. J'aurais voulu trouver des idées amusantes ou originales pour ces étudiants qui commencent le français pour leur donner envie de continuer et leur donner l'impression que l'apprentissage peut être quelque chose de plaisant.


Demander à mes collègues ? La seule à enseigner aux première année est la directrice qui en guise de conseils m'a dit : il faut les faire répéter plusieurs fois. A ça, c'est sûr, c'est pédagogique et ludique !....

En attendant qu'ils acquièrent suffisamment de connaissances pour que nous puissions faire des petits jeux en classe, je fais de la phonétique (les virelangues du style "les chaussettes de l'archiduchesse sont archi-sèches" ont beaucoup de succès auprès des étudiants) et de l'oral assez répétitif malheureusement, mais quelle autre méthode ?

Pour l'instant, ils n'ont eu que deux semaines de cours et demain ce sera la 3ème fois que je les vois. Or, je sais que dans le livre qu'ils utilisent avec la directrice, les premières semaines sont uniquement consacrées à la phonétique. Donc, il va falloir que je patiente un bout de temps avant qu'ils ne puissent formuler une phrase de base. En attendant, je leur donne des phrases et des questions toutes faites "Comment tu t'appelles ?" , "Tu as quel âge ?",... sans expliquer la grammaire. Ou plutôt, disons que je le fais de manière inductive en soulignant les "s" des verbes avec "tu", etc; de sorte qu'ils se fabriquent eux-mêmes leur grammaire sans que nous passions par un langage métalinguistique. En outre, je sais qu'ils vont étudier la grammaire en long, en large et en chinois avec la directrice pendant le reste de l'année; donc je préfère privilégier l'oral autant que possible.

Quant à l'autre question didactique qui est : faut-il tout enseigner dans la langue cible ou utiliser la langue source ? C'est bien joli mais encore une fois, c'est presque impossible d'enseigner le français tout en français à des vrais débutants. Evidemment, les premiers cours, on voit des choses simples qui sont compréhensibles avec des gestes, des images ou une mise en situation; et le recours à la langue cible pourrait être évité. Mais, ce n'est pas toujours facile de faire comprendre une consigne ou un mot précis; alors dans ces cas-là, je traduis en anglais ou je demande aux étudiants de me dire s'ils veulent que je traduise ou encore, je demande aux étudiants de traduire en anglais pour voir s'ils ont compris le sens.

Une chose est sûre : des disparités de niveau sont déjà visibles dans la classe à niveau de base pourtant identique. Il semble clair que certains étudiants apprennent plus facilement que d'autres et ont une intuition linguistique beaucoup plus développée que d'autres.

Ainsi, pour introduire le mot "aussi", j'ai pris l'exemple de plusieurs étudiants qui avaient le même âge en disant plusieurs fois "Laure a 18 ans.", "Romain a 18 ans.". Quand ils ont bien compris de qui et de quoi je parlais, j'ai répété cette fois en ajoutant "Laure a 18 ans; Romain a 18 ans aussi." J'ai fait la même chose en choisissant d'autres étudiants qui avaient un âge différent et en enlevant donc le "aussi". J'ai fait la même chose avec 19 ans; puis imaginant que deux étudiants avaient le même prénom, etc... Puis j'ai écrit les phrases au tableau en soulignant le mot et les âges ou noms qui étaient pareils. A la fin de ma démonstration, la plupart des étudiants avaient compris puisqu'ils me l'ont bien traduit en anglais, mais j'en ai vu au moins 3 qui n'étaient pas capables de le faire.

Les filles seraient-elles plus douées dans l'apprentissage des langues ? En 1ère, 2ème et 3ème année, c'est indéniablement elles qui s'expriment le mieux alors que les garçons participent beaucoup moins en classe, sont plus en retrait et sont moins bons à l'oral. Peut-être n'osent-ils pas car ils sont en minorité par rapport aux filles.
En tout cas, au bout de deux cours avec les 1ère année, j'ai déjà remarqué sur quelles filles je pourrai m'appuyer car elles semblent comprendre très rapidement ce que j'explique; de même que j'ai noté le prénom d'au moins 3 garçons et 2 filles qui semblent avoir beaucoup plus de mal à suivre. Mais franchement, quand on a posé 23 fois la question : "Comment il/elle s'appelle ?" et qu'arrivé au 24ème étudiant, celui-ci lève vers vous un regard bovin en murmurant éperdu à son voisin "shenme yisi" (qu'est-ce que ça veut dire), qu'est-ce que le prof est censé faire à ce moment-là ?


En réalité, les cours se passent plutôt bien notamment grâce au secours de l'anglais dont je limite l'utilisation mais qui rassure les étudiants qui savent qu'ils peuvent me demander des explications ou des traductions par ce biais. C'est donc plus facile que mes cours avec mes bambins à l'école primaire qui ne maîtrisent que des bribes de la langue de Shakespeare et comme la prof chinoise qui assistait à tous mes cours a beaucoup de réunions cette année et me laisse souvent me débrouiller,  je me retrouve obligée de jongler avec le français, l'anglais, le chinois, les mimiques, les dessins, les photos.... pour me faire comprendre ou pas....

Pour finir sur une note humoristique, savez-vous quelle chanson française est connue de tous les étudiants chinois qui s'intéressent au français ?
Même mes première année m'en ont parlé. Mais je ne comprends pas pourquoi elle est si appréciée car vraiment !...
Est-ce que j'attends vos propositions ? Non, car vous ne trouverez jamais : cela ne vous viendrait jamais à l'idée et je suis certaine que pour la génération de mes parents, ce titre est inconnu. En effet, il s'agit de "Je m'appelle Hélène". Pour les incultes :-), il s'agit de la chanson du générique d'une série pour ados, début des années 90. Comment une telle chanson a-t-elle pu percer en Chine ? Peut-être justement parce que les paroles sont si peu recherchées qu'elles sont faciles à comprendre même pour des débutants.
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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 07:58
Et voilà, ça y est, c'est la rentrée ! J'ai mes petites habitudes maintenant et j'ai pu commencer à me plonger dans les cours directement car, cette année, pas besoin d'aller à la découverte de la ville ou de passer un examen médical pour le visa.

Rien n'a changé en deux mois sur le campus. J'ai retrouvé mes étudiants aujourd'hui; ceux que je connais, en tout cas, puisque je n'ai pas encore rencontré les 1ères année qui ne débutent les cours qu'à partir du 22 septembre, entraînement militaire intégration oblige (mais je ne rigole pas sur l'aspect militaire : les étudiants sont réellement habillés en treillis et marchent au pas).

Aujourd'hui, j'avais donc 2 fois 2h de cours d'audiovisuel avec les 2èmes et 3èmes années dans une salle .... sans télé. C'est là toute la force de l'organisation de la fac ici. Il paraît que tout rentrera dans l'ordre la semaine prochaine mais, en attendant, j'ai dû me débrouiller et donc improviser car on ne m'a prévenue qu'hier. Heureusement, le retour de vacances et les JO fournissaient suffisamment de matière pour occuper ces premiers cours.

J'espérais quelques débats croustillants ou des polémiques sur les JO mais, las, il semblerait que les étudiants soient tous redevenus de sages citoyens chinois sans aucune vélléité de remise en cause des problèmes de la Chine. Les 3 étudiantes qui avaient passé le second semestre en France sont d'ailleurs les premières à se ranger derrière cette même affirmation : "Les JO sont une réussite : ils ont montré au monde la puissance de la Chine, une bonne image de notre pays et grâce à eux les occidentaux connaissent mieux la Chine et les Chinois". Apparemment, elles ont très mal vécu les reportages quotidiens anti-chinois en France lors du passage de la flamme olympique même si pour le reste, elles ont apprécié leur séjour.

Je leur ai rétorqué que, selon moi, Pékin ne représente pas la Chine en leur expliquant que lors de mes voyages, j'ai observé à quel point le Gansu ou le Yunnan sont des provinces qui offrent des spectacles très différents de ceux de la capitale. Ils m'ont répondu que même si c'est vrai, c'était normal que les JO se passent dans la capitale et que ces régions sont encore très pauvres et que c'est pour cette raison qu'elles ne ressemblent pas à Pékin, comme si l'aspect économique, seul, comptait. Les étudiants ne semblent pas considérer que les différences culturelles soient si importantes : pour eux, tout ira bien une fois que toutes les villes et toutes les provinces se seront modernisées et enrichies...

Quant à la bonne image de la Chine, je leur ai parlé des banderoles "free Tibet" déployées par des étrangers sur les sites olympiques ou des reportages sur les dissidents mis sous surveillance ou chassés de Pékin pendant les JO; je leur ai également raconté ma mésaventure dans le
Gansu avec l'interdiction pour les étrangers de se rendre dans des villages tibétains.
Les étudiants n'ont pas trouvé d'explications satisfaisantes mais la plupart s'accordaient à dire que c'était un peu normal parce qu'avec les JO, beaucoup de journalistes étaient présents en Chine et parmi eux peut-être des journalistes non-accrédités qui auraient pu chercher à critiquer la Chine. J'ai montré à quel point cet argument me laissait dubitative car empêcher quelqu'un de voir ou faire quelque chose l'incite plutôt à vouloir y aller ou le faire pour comprendre ce que cache cette interdiction. Qu'est-ce que la Chine craint là-bas pour empêcher les étrangers d'y aller ? Que veut-elle cacher ? Mes questions sont restées sans réponses, mes étudiants ont botté en touche...

Je n'ai pas trop insisté sur ces sujets controversés car je sentais à la fin de l'année dernière que la plupart se braquaient très vite et depuis les JO, tous semblent plus unis que jamais autour de la défense de leur nation. Je ne cherche pas à critiquer à tout prix la Chine (surtout que ces réflexions ne sont pas toutes personnelles, je leur fais plutôt part de ce qui se dit dans la presse française) mais c'est quand même affligeant de voir à quel point les étudiants ignorent ce qui se passe dans leur pays et à quel point ils n'acceptent pas que les étrangers osent relever des problèmes. Enfin, n'est-ce pas incroyable que les étudiants ne trouvent pas d'autre adjectif que "normale" pour qualifier ma mésaventure dans le Gansu ?

Si les étudiants se ferment ainsi sur la Chine, je risque de ne pas avoir beaucoup de matière pour mon blog cette année !....

Pour finir sur cet état-d'esprit consensuel et dégoulinant de bons sentiments, voici une petite chanson que m'a envoyée une de mes étudiantes (notez le "anti-cnn").



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