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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 17:44

Au 2ème semestre, j'ai donné un cours de "culture française". Le contenu de ce cours a toujours été vague; je n'ai jamais vraiment eu de définition précise de la part de ma directrice; donc je suis partie sur l'idée de donner des connaissances générales - sur la géographie, l'histoire, les symboles de la République, la cuisine, les fêtes... C'est un cours qui demande un effort de mémorisation puisqu'il faut retenir un certain nombre de chiffres, de noms de personnages historiques, de plats, etc. 

La bonne nouvelle, néanmoins, c'est qu'un certain nombre d'étudiants ont (quand même) jeté un oeil sur les cours et le blog que j'avais créé à leur attention; le problème, c'est qu'ils l'ont refermé très vite; de sorte que les noms étaient très approximatifs. Voici quelques perles parmi les dizaines que j'ai relevées. A vous de retrouver ce que les étudiants voulaient écrire !

 

- "Citez le nom d'une grande entreprise française." 

Réponses : "Renulat"; "Caffourre"

 

- "Quelle est la forme de la France ?"

Réponses : "le camembert"; "le brie" (j'imagine que les étudiants ont confondu "forme" et "fromage"....)

 

- "Citez le nom d'un fleuve français." 

Réponses : "Rose" (Rhône ?), "Iris" (???)

 

- "Citez le nom d'une mer ou d'un océan qui borde la France."

Réponses : "Mid-terre"; "Medianne"

 

- "Citez le nom d'un massif montagneux."

Réponses : "l'Apri"; "les Plex", "l'Alpace" (je soupçonne une confusion entre les Alpes et l'Alsace...)

 

- "Citez la devise de la France."

Réponses : "Liberté, Egalité, Furnalité / Fraterlité"

 

- "Citez le nom de l'hymne national français."

Réponses : "la Marseille", "la Marsillaise"; "la Marissalise"


- "Citez le nom du président de la République française."

Réponses : "Orlangke"; "Aulonde"; "Françoise Holland"

 

Parmi les personnages historiques :

- Jeanne d'Arc est devenue "Jeanne d'Acr"; "Zende" (raccourci orthographique et phonétique; il serait intéressant de savoir comment l'étudiant est arrivé à ce résultat ... déconcertant) et mes deux préférés : " Jean Marc" et "Marianne l'Art"

- Charles de Gaulle s'est vu rebaptisé : "Charlie de Gaulle" ou "Charles de Saille"

- Napoléon s'est transformé en "Napaden" (c'est clairement une erreur de graphie car "ol" mal écrit peut se lire "d"; mais pour justement éviter ce genre de fautes, j'écris presque toutes les réponses sur ppt; donc a priori, ce n'est pas dû à un problème de lisibilité de mon écriture...)

 

- "Citez le nom de deux héros gaulois d'une bande dessinée.

Réponse : "Astérix et Chélix" (même problème du même étudiant je crois, "Ob"pourrait se lire "Ch" si on écrit mal; mais comme je l'ai expliqué, les réponses importantes je les mets toutes sur ppt; donc c'est l'étudiant qui a mal copié ou alors il a essayé de lire sur la copie de son voisin et a mal vu... mystère...)

 

- "Que peut-on manger et boire pendant un petit-déjeuner en France ?"

Réponses : "laine" (du lait ?), "bureau" (du beurre ?), "des crossiants"

 

- "Quelle spécialité peut-on manger dans le sud-ouest de la France ?"

Réponse : "du foie gros"

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 13:18

Une énième année ici à l’institut polytechnique de Shenzhen. Et c'est à la fois toujours un peu semblable mais jamais pareil...


D’une année sur l’autre, on a des classes plus ou moins faciles. Ou difficiles (la question du verre d’eau à moitié plein ou vide...)


Prenons l’exemple de ma classe de 2ème année. On y trouve le lot habituel de « cancres » (environ un quart des étudiants tout de même). Ah, ces garçons... ce n’est pas une légende de dire que les filles sont plus sérieuses. Je me demande pourquoi, d’ailleurs. Elles auraient plus peur du prof ? Des parents ? Je mettrais bien ça sur le compte de la génétique mais puisque j’ai un  certain nombre de filles qui font également partie de cette catégorie.... Ces étudiants-là sont souvent absents, viennent en classe en touristes (souvent sans les photocopies que j’avais distribuées le cours précédent, sans cahier, voire sans stylo...). Je n’ai ni les moyens de leur mettre la pression (ce n’est pas comme s’ils n’allaient pas avoir leur diplôme à la fin... après 4 ou 5 sessions de rattrapages) ni la possibilité de les motiver (puisqu’ils sont dans cette section par défaut ? hasard ? ennui ? erreur ? pour passer le temps quand ils en ont marre de jouer sur internet ? parce qu’ils se sont trompés de salle de classe ? ...). Certains profs auraient peut-être la foi et feraient tout pour les récupérer. Mais, franchement, je manque d’imagination et de temps. On doit avancer dans les cours et je ne peux pas faire du baby-sitting car il y a tout de même des étudiants qui veulent apprendre quelque chose.

 

Une bon tiers (voire une bonne moitié) de la classe forme le groupe des « lobotomisés ». Ce sont qui sont présents physiquement mais dont l’esprit erre dans de vastes espaces au-delà des frontières terrestres. Ces étudiants sont un mystère... Par exemple, il m’arrive parfois de commencer à interroger les étudiants les uns après les autres en leur posant la même question ou une question équivalente (pour leur faire travailler tel ou tel point de grammaire et être sûre qu’ils assimilent ce point particulier). Ils voient qu’ils vont tous y passer, ils ont le temps de préparer leur réponse avant que leur tour n’arrive, ils peuvent écouter et s’inspirer de leurs camarades, ils ont même le temps de demander à leur voisin quelle est la question s’ils sont vraiment à la ramasse. Bref... Et j’arrive au 31ème étudiant, je lui pose la question que je viens de répéter 30 fois d’affilée, et là, il me regarde l’air catatonique... Parlez-moi de la patience des profs !! Alors, avec un gentil sourire crispé, je lui fais remarquer d'une voix irritée d’un ton posé que j’ai déjà répété cette question 30 fois et qu’il aurait dû écouter sinon il ne pourra pas progresser. Evidemment, il ne comprend rien à ce que je viens de dire car cet étudiant sait reconnaître « Bonjour », « Merci » et « Au revoir », je ne parierais pas sur la question « Comment tu t’appelles ? ». Il fut un temps où il la saisissait à peu près, au début de la 1ère année lorsque je la répétais 147 fois pendant les cours, mais après autant de mois d’inactivité (de mort ?) cérébrale, j’en doute sérieusement.

 

Le reste de la classe est constitué des « persévérants mais pas trop quand même ». Ce sont ceux qui font les devoirs (en tout cas, ils remplissent les lignes d’encre noire et marquent quelque chose au stylo, c’est une avancée notoire sur leurs petits camarades), réussissent au test (ou à peu près, vu qu’il a fallu surnoter sinon les trois-quarts auraient eu 20 ou 30/100) et répondent (disons, articulent des syllabes qui sonnent français) aux questions à l’oral.


Hors catégories car trop rares, les « bons élèves ». Alors là, rien à dire. Le rêve du prof : travailleurs, sérieux, à l’heure, jamais en retard, intéressés, motivés... Evidemment, cela est à considérer par rapport au niveau et à l’attitude général de la classe. Ces bons étudiants seraient moyens dans une classe à l’université.

 

Vous allez me trouver bien sévère et moqueuse. En réalité, je suis sérieuse et appliquée dans mon travail. Je ne suis pas sûre d’être une bonne prof, mais je fais vraiment ce que je peux dans le cadre et les contraintes de cette école. Je fais mon possible pour les motiver. Je ne me contente pas de dérouler mon cours en automate et de faire le même tous les ans (petite pique envers mes collègues chinoises, oups ! Je suis vraiment mauvaise !). Je l’adapte au niveau de chaque classe. Si je peux trouver des vidéos, des chansons pour illustrer un sujet, un point de grammaire, je le fais. Je me mets en scène pour leur faire comprendre des mots difficiles et je prépare des tas de power points avec des images pour leur expliquer le vocabulaire sans les noyer sous des explications en français de mots français. Cela me prend des heures car yahoo images ou google images plantent régulièrement en Chine et il me faut attendre plusieurs minutes avant de pouvoir retourner sur ses sites. En plus, pour trouver des vidéos, c’est la galère, ici, Youtube ne fonctionnant pas (et mon système de débrouille ne marchant pas très bien...). Je propose toujours aux étudiants de venir me voir après les cours, s’ils ont des questions ou besoin de mon aide. Je leur réponds même quand ils ont des demandes personnelles qui ne concernent pas la classe (par exemple, corriger leur CV, les aider à comprendre une vidéo qu’ils ont vue sur internet...). En classe, je ne me moque jamais d’eux, je les encourage même quand leurs réponses sont désespérément bourrées d’erreurs. J’ai bien droit de temps en temps à un petit article sur mon blog pour relâcher la pression, non ?

 

Je ne suis pas Dieu, Allah ou Bouddha. On a l’impression que les étudiants attendent tout de nous : qu’on leur enseigne le français mais qu’on apprenne également leurs leçons à leur place ! On leur « donne » déjà les examens, faut pas exagérer...

 

De toute façon, tant que cette école privilégiera la quantité plutôt que la qualité, on ne s’en sortira pas. Un vice-directeur ou je ne sais qui a fait remarquer à ma directrice que tous les ans un ou deux étudiants du département de français ne sont pas dîplomés. C’est, selon lui, un ou deux de trop...  Euh... ? Déjà qu’on est extrêmement tolérantes. Forcément, ma directrice est sous pression et même si elle fait de son mieux, dans ces conditions, notre marge de manoeuvre est limitée. Est-ce que ces directeurs ne se rendent pas compte que si on veut que tous les étudiants réussissent on doit forcément baisser le niveau ? Or, quelle valeur aura ce diplôme si le niveau est lamentable ? Certains étudiants sont conscient du problème car sur le marché du travail, si une entreprise cherche quelqu’un qui a étudié le français, je doute qu’elle choisisse nos étudiants si en face il y en a qui sortent de l’Université de Shenzhen. Une étudiante me posait justement la question récemment. Je lui ai dit que le diplôme n’était pas tout, que si elle pouvait démontrer qu’elle avait un bon niveau, je ne vois pas pourquoi l’entreprise ne la choisirait pas. Mais, c’est une de ces étudiantes qui voudrait que les pommes tombent dans son panier sans avoir eu besoin de grimper à l’échelle pour aller les cueillir. Bref, la même étudiante s’était plainte de n’avoir eu que 75/100 de moyenne l’année dernière dans mon cours d’oral alors qu’elle préparait les dialogues 5 minutes avant le cours et qu’ils étaient plus que moyens. Elle reconnaissait qu’elle n’avait pas fourni assez d’efforts, mais elle continuait à grimacer sur sa note... Alors, quoi ? Dans ces cas-là, je ne peux que lever les yeux au ciel la regarder d’un air grave et compréhensif, murmurer d’une voix sifflante que remettre en cause le système, la classe, le prof, c’est peut-être nécessaire mais qu’elle ne s’oublie pas non plus l’encourager à persévérer et à faire plus d’efforts .

 

Pour en revenir sur la gestion hallucinante de cette école, cette année, c’est le pompon. Vous savez, chaque année, les étudiants de dernière année prennent des photos avec le costume, le chapeau, et tout le tralala comme aux Etats-Unis. La grande parade. La sortie des paons. Le jour de gloire. Bref...

 

A Qingdao, j’avais été intriguée car les photos se prenaient vers avril ou mai, si mes souvenirs sont exacts, c’est-à-dire avant la soutenance de mémoire devant conclure leurs 4 ans d’études. C’était déjà un peu bizarre. Mais, ici, c’est ... les mots me manquent.

Il y a deux ans, les photos avaient été prises début janvier, l’an dernier en décembre et cette année.... Mi-novembre !!!! Ils n’ont même pas passé les examens de fin de 1er semestre et encore moins rédigé et soutenu leur mémoire du 2nd semestre.

J’ai fait remarquer ironiquement à ma directrice que l’année prochaine, ils pourraient tout aussi bien prendre les photos dès septembre. Quoique...il fait encore trop chaud à cette période et les étudiants transpireraient trop sous leur toge.

 

Et quand je vous dis que c’est le grand tralala, je n’exagère pas.


Mes étudiantes sont arrivées toutes pomponnées, avec du fond de teint (deux ou trois centimètres d’épaisseur), les yeux maquillés, les lunettes remplacées par des lentilles et une sorte de mini-sparadrap couleur peau sur les paupières. Alors, là, ça m’a intriguée. J’ai deux théories sur le sujet. Première théorie : comme mes étudiantes n’ont pas l’habitude du maquillage (c’est une vraie différence avec les étudiantes françaises), elles se sont peut-être ouvert la paupière en essayant de mettre de l’eyeliner. Seconde théorie : ce sparadrap maintiendrait la paupière  pour que l’oeil paraisse plus grand. J’aurais bien voulu interroger les étudiantes là-dessus, mais dans la frénésie des photos, je n’ai pas eu le temps.

 

Tous avaient enfilé leur toge. En fait, cette histoire de photos de fin d’études dure plusieurs semaines car toutes les classes se livrent à ce cinéma. Et donc, les étudiants se passent les toges. Un jour, telle classe, un jou telle autre.. Une étudiante m’a bien fait rire. Elle est arrivée un peu en retard avec sa toge sous le bras. Je lui ai demandé pourquoi elle ne l’enfilait pas. Elle m’a dit d’un ton désolé qu’elle était trop grande et qu’elle sentait mauvais...

 

Outre le maquillage, la toge, les étudiants de cette école font bien les choses (ah ça, pour préparer des activités non-scolaires, ils savent se bouger...), beaucoup d’étudiantes sont venues avec des bouquets de fleurs. Et nous sommes en Chine. Donc, un bouquet de fleurs, ce n’est pas trois roses avec du gypsophile « comme par chez nous ». Ici, les bouquets sont impressionnants. Voire... uniques (j’ai vu un bouquet composé uniquement de.... petits nounours... si c’est pas mignon.... je précise tout de même que ce n’était pas chez mes étudiants).

 

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sarah agnes lise

(un autre jour parce que deux d'entre elles étaient absente l'autre jour)

 

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Lors de la séance photo, tous les étudiants étaient présents. Même ceux qui ne viennent pas en cours. C’est très étrange et un peu gênant même (à vrai dire, c’est eux qui devraient être gênés, pas moi...). Mes collègues se prêtaient au jeu des photos, je n’avais d’autre choix que de suivre le mouvement. Mais, quand même, je n'étais pas vraiment à l'aise (sans parler du simple fait de prendre des photos, je déteste prendre des poses ridicules). En assistant à ce genre d’événement, on cautionne la mauvaise gestion de l’école. Ainsi, je me suis faite prendre en photo avec un des pires étudiants que j’ai eu (deux garçons sur la photo.... lequel est-ce ? tadada ! No comment. Je ne suis pas une délatrice! Mais, il a un bouquet...)


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Il n’est pas méchant, au contraire, c'est juste qu'il n’en a rien à faire du français, il a arrêté tout effort depuis la fin du 1er semestre de la 1ère année. Il n’a réussi aucun de mes examens. J’ai déjà organisé des rattrapages qu’il n’a évidemment pas réussis. Je vais devoir lui en organiser d’autres au second semestre pour toutes les matières où il a échoué (je n’ose même pas faire le compte, mais tous les cours et semestres cumulés, je suis bien partie pour préparer une vingtaine de feuilles d'examen pour ce seul étudiant). Il était donc là, tout sourire, à prendre les photos avec ses camarades, les autres profs, moi... Je me demande sincèrement ce qu’il pouvait ressentir. Est-ce qu’il était vraiment content ? Fier ? Est-ce qu’il s’en fichait du moment qu’il obtient son diplôme à la fin ? Mais, c’est bien là, le problème. Cet étudiant, je ne crois pas qu’on va lui donner son diplôme. Et pourtant, il a fait les photos d’obtention de diplôme. C’est absurde ! C’est tellement absurde !! Comment voulez-vous que les étudiants soient motivés ?

 

Vous allez me trouver bien aigrie et cynique, mais pas du tout. Il m’arrive de me sentir frustrée (qui ne l’est pas dans son travail ?), cependant, j’aime toujours mon métier. J’ai un peu de mal avec les 2ème année, c’est une classe où ça rame dur (pas sûre que ça rame du tout, en fait, vu que le niveau régresse, je crois qu’ils laissent simplement l’embarcation dériver au fil de l’eau...). Mais que serait un travail sans challenge (toussotement ironique) ? Par contre, dans l’ensemble, les 3ème année se débrouillent pas mal et c’est une classe que j’apprécie beaucoup, sans doute la plus dynamique depuis que j’enseigne à Shenzhen. Il n’en reste pas moins que le fonctionnement de cette école ne favorise ni travail des profs ni les efforts des étudiants qui en fournissent. L’histoire des photos de diplômés est juste un exemple de ce qui ne va pas.

 

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3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 04:34

Au second semestre, je devais donner un cours qui s'intitulait "La culture française".

 

C'est un cours auquel j'ai du mal m'y faire car on est obligé de se lancer dans des généralités et même si on y apporte les nuances, les étudiants ne les prennent pas vraiment en compte. En plus, ils se sont forgés une image bien particulière de la France dont ils ont du mal à se détacher. Ce n'est pas vraiment de leur faute. Ce qu'on connaît de la France en Chine, ce n'est que le romantisme, le luxe et la Tour Eiffel. Cette image est, en outre, véhiculée par les entreprises françaises elles-mêmes. C'est un cercle vicieux. Du coup, lorsque certains de mes étudiants se rendent en France, le décalage est très déconcertant entre la réalité et ce qu'ils imaginaient.

 

Cela dit, quel pays voudrait promouvoir ses défauts ?

"Venez en France : le voyage en RER entre Roissy et Paris vous garantira des sensations inédites. Rien de tel que l'expérience de vous faire voler votre sac et tous vos papiers ! Occasion idéale pour ensuite acheter un nouveau sac Vuitton !"

Mmm, ça ne le fait pas trop.

 

Dans ce cours, je m'efforce de donner à mes étudiants les clés qui peuvent leur permettre de mieux appréhender la vie quotidienne en France. Quoi que disent les spécialistes de Fle, je suis persuadée qu'un prof de fle doit connaître un minimum et même très bien la culture et la langue de ses étudiants pour pouvoir enseigner efficacement sa langue et sa propre culture. En connaissant un peu mieux la Chine, je peux comparer et pointer plus pertinemment ce qui est différent en France et cela leur "parle" plus. Si je me contentais d'une présentation linéaire de la France : "Aujourd'hui, je vais vous parler du système éducatif en France." Je ne pense pas que les étudiants retiendraient beaucoup de choses. Et même si je leur demandais de comparer ce que je viens de dire avec le système chinois, cela ne serait pas suffisant, d'autant que les étudiants ne peuvent pas forcément expliquer clairement un concept ou un système qui diffère parfois en profondeur. En vivant en Chine (ou en étudiant et me renseignant bien sur la Chine si je n'y vivais pas), je peux relancer la conversation, les diriger lorsqu'ils essaient d'expliquer quelque chose car je comprends à quoi ils font allusion, je peux apporter mon propre point de vue sur ce que je connais de la Chine, puis remettre tout cela en perspective par rapport à la France, selon le thème développé en classe.

 

Par exemple, quand nous parlons cuisine et repas, si je ne connaissais pas les habitudes chinoises, je ne parlerais peut-être pas de la façon de trinquer en France et peut-être mes étudiants n'en parleraient-ils pas non plus car cela ne leur viendrait pas à l'esprit. Mais, je sais qu'en Chine, pour l'avoir expérimenté, trinquer n'a rien à voir avec les habitudes françaises et si les étudiants reproduisent cette façon de faire en France, cela risque de produire des incompréhensions. Il y a des centaines d'exemples de cette nature que j'ai découverts au fil du temps depuis que je suis en Chine et à travers les échanges avec mes étudiants. C'est ce qui rend l'enseignement du Fle si spécial, ce n'est jamais à sens unique : le prof apprend toujours aussi quelque chose de ses étudiants.

 

Mais, depuis quelques temps, j'ai un problème idéologique par rapport à ce que l'on dit et qui est répété dans les manuels sur la culture et civilisation française. Quel que soit le manuel choisi, on tombe forcément sur ces mots "droits de l'homme" ou "humanisme". Ainsi, dans le manuel "Civilisation progressive du Français (niveau intermédiaire)", j'ai trouvé cette phrase grandiloquente : "On naît ou on devient français tout à la fois par la langue, par l'école, par le partage des valeurs de la République et de l'humanisme au nom des droits de l'homme (...)". Dans le manuel du même titre mais pour débutant, j'ai noté la phrase suivante : "Des écrivains, des hommes politiques, des citoyens défendent en France les droits de l'homme depuis le siècle des Lumières  (...)."

 

Je ne supporte pas cette vision que possède la France d'elle-même et qui est véhiculée par les politiques, les médias et même les manuels de langue ! Je suis gênée, embarrassée. Non seulement parce que c'est injuste : la France n'a pas plus qu'un autre pays la légitimité de se poser en défenseur de ce droit; mais en plus, c'est faux. C'est bien au nom des droits de l'homme que nous avons déclenché une guerre en Libye, non ? Et pendant ce temps-là, on a voulu fermer la frontière avec l'Italie pour empêcher les     Libyens de venir chez nous. En 1789, on avait bien signé une Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et, pourtant, ce n'est qu'en 1848 que l'esclavage a été aboli. Nous possédions des dizaines de colonies et quand ces peuples ont demandé leur liberté - c'était bien leur droit; la liberté, c'est un droit de l'homme, non ? -, nous n'avons rien trouvé de mieux que de leur faire la guerre. Désolée, mais je ne vois pas en quoi nous sommes différents de la Chine vis-à-vis du Tibet pour répondre aux grincheux qui se vautrent dans un déni de réalité. Quand la France possédait le Vietnam et que nous exercions des répressions sur le peuple vietnamien qui voulait s'émanciper de la tutelle française, la France avait-elle plus de légitimité que la Chine qui veut garder le Tibet en son sein ? Il ne s'agit pas avec cet exemple de juger des actions de la Chine au Tibet. Je dis juste que la France n'a tout simplement pas le droit de dire qu'elle défend les droits de l'homme. Les innombrables exemples de l'histoire, même récente, montrent que les actions et les crimes de la France vont à l'encontre même de ce principe. En plus, dans le cas du Vietnam, la France était encore moins légitime puisque celui-ci se trouvait à des milliers de kilomètres, que sa culture, son histoire et sa langue n'avaient rien à voir avec la France. Que cela nous plaise ou non, entre la Chine et le Tibet, l'histoire et les frontières sont beaucoup plus poreuses, bien que cela n'excuse pas tout ce qui peut se passer là-bas.

 

Pour en revenir à mon sujet, je suis donc face à un problème de conscience. Je n'admets pas, je ne reconnais pas et je réfute même l'idée que la France est "le pays des droits de l'homme". Or, sachant que cette idée est tellement répandue dans l'imaginaire collectif des Français, que les politiques usent et abusent de cette expression pour justifier n'importe quel forfait et que les médias ne se gênent pas d'abonder dans le même sens, puis-je éviter d'évoquer ce sujet avec mes étudiants sachant que certains iront étudier et peut-être vivre en France ? En parler avec eux le permettrait de se préparer, de réfléchir sur le sujet et peut-être même de prendre du recul par rapport à leur propre pays (bien que je ne pense pas être autorisée à évoquer ce point-là en classe). Mais, cela me rend terriblement mal à l'aise de participer à l'aveuglement collectif français.

 

En fait, ce qui a déclenché véritablement ma réflexion sur le sujet, c'est un voyage que mon copain et moi avons fait à Beijing en avril. Nous sommes allés sur les ruines de l'ancien palais d'été, le Yuanming yuan. 350ha de jardins où s'élevaient des édifices magnifiques dont aujourd'hui il ne reste rien. Ce ne sont même pas des ruines, on ne peut tout simplement pas savoir où se situaient les bâtiments. Des ruines sont visibles uniquement dans une toute petite partie du parc.  Et qui fut coupable de la destruction du Yuanming yuan ? Les Français et les Anglais en 1860 qui pillèrent le site puis le livrèrent aux flammes. Comme si cela ne suffisait pas, le domaine fut à nouveau pillé en 1900 par les Occidentaux. Puis après, cet ensemble de jardins fut abandonné. C'est un témoignage accablant de la barbarie des Européens. On s'est indigné quand les Talibans ont détruit les Bouddhas de Bâmiyân, mais y a-t-il eu un Français qui s'est excusé pour la responsabilité de la France dans la destruction des chefs-d'oeuvre du Yuanming yuan ?

 

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Nous, occidentaux, et particulièrement Français, pensons que nous sommes dans le droit, que nous savons ce qui est bien et juste dans le monde. Nous avons le droit de juger les autres. Mais lorsqu'il s'agit de juger nos actes, biarrement la France perd la mémoire ou se trouve de bonnes excuses en invoquant de grands principes qu'elle utilise à son avantage. Nous ne le reconnaîtrons jamais, mais nous continuer à nous sentir supérieurs aux autres. Et nous sommes nourris à ce lait infâme depuis notre enfance ce qui influence notre comportement, même si nous croyons avoir pris de la distance et être ouvert, nous continuons à juger les autres à travers les lunettes de la soi-disant supériorité de la France. Je m'inclus dans le lot, évidemment. Je suis sûre que mon blog regorge de remarques où je juge au lieu de simplement remarquer; ou je trouve qu'en France, c'est mieux, au lieu de reconnaître qu'ailleurs, c'est simplement différent.

 

Et qu'on ne vienne pas me dire que la France n'est pas pire que les autres; qu'en Chine, par exemple, on censure et que la liberté d'expression peut conduire en prison. Oui, sans doute mais ce n'est pas le sujet. Arrêtons de nous mettre la tête dans le sable, ne détournons pas les yeux en accusant les autres. Regardons simplement la France telle qu'elle est, telle qu'elle est décrite et a agi dans le passé, et telle qu'elle devrait être si nous voulions qu'elle ressemble à ce que nous affirmons partout.

 

En tout cas, je me soigne. La cure de désintoxication est encore longue. J'ai la chance rare d'avoir des voisins de palier, des collègues, des étudiants et un petit-ami qui ne sont pas français. Rien de tel pour travailler mon ouverture d'esprit. Quand à savoir quoi et de quelle façon enseigner certains points délicats en cours de culture sur la France, j'ai l'été pour y réfléchir. 

 

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 12:15

Déjà les vacances ! L'année est vite passée avec son lot de bons moments et de frustrations.

 

Si le premier semestre a été dur, c'est que j'avais beaucoup de cours avec des 3ème année particulièrement peu motivés et travailleurs. Heureusement, je n'avais plus cours avec eux au second semestre qu'ils doivent consacrer à la rédaction d'un mémoire. Autant vous dire que, comme d'habitude, ils se contentent au mieux de copier des paragraphes sur des sites français au pire d'utiliser la traduction automatique de sites chinois ce qui donne un texte apparemment en français mais dont tous les mots sont dans le désordre, pas tous traduits, liés par une grammaire très aléatoire. Il n'y a pas plus frustrant que ce genre de chose pour un correcteur. Evidemment, il va sans dire qu'en outre, les étudiants ne maîtrisent pas du tout la forme de ce genre d'exercice : ils n'ont aucune idée de ce que c'est qu'établir un plan, organiser leurs idées, donner des exemples, écrire une introduction et une conclusion.

 

En fait, ils ne sont qu'en partie responsable du résultat catastrophique. Leur niveau en français est une chose, mais il faut dire que l'exercice de rédaction d'un mémoire n'est pas adapté car les étudiants sont habitués à des exercices de répétition, de mémorisation et de questions à choix mutliples. D'ailleurs, à la fin du lycée, les élèves ont un examen comme le Bac qui se présente surtout sous forme de QCM. Mes collègues chinoises, probablement influencées par leur éducation, ne travaillent pas l'argumentation avec les étudiants et même si je m'évertue à leur donner quelques bases, ce n'est pas suffisant, ils n'ont pas le temps d'en acquérir la technique.

 

Je me demande vraiment pourquoi les universités chinoises exigent cet exercice pour l'obtention du diplôme de langue. A mon avis, ce serait bien plus efficace et représentatif du niveau des étudiants de leur demander de rédiger deux ou trois pages en français sur leurs projets futurs, par exemple. Ainsi, ils seraient moins tentés de copier sur internet puisqu'il leur faudrait produire un texte personnel et la forme de la rédaction serait plus libre.

 

En attendant, il faut se coltiner des sujets clichés ("La culture du vin en France"; "Les marques de luxe françaises", "Le pain en France", "Le Petit Prince"...) et descriptifs, rien à analyser, mais merci à Wikipédia qui a fait tout le travail de rédaction de mes chers étudiants !

 

Le pire, c'est la soutenance de mémoire qui a eu lieu fin mai. C'est en général le moment le moins glorieux de l'année car on se rend compte que les étudiants n'ont rien fait et rien appris après trois ans de français. Ils se contentent d'ânonner laborieusement quelques phrases tirées de leur mémoire, mal choisies et pas pertinentes car comme ils se contentent de copier sur internet sans lire le contenu, ils ne savent pas vraiment de quoi parle leur mémoire. Nous, les profs, nous les avons aidés à corriger, à mettre en forme, à trouver des titres et à ordonner le tout autant que possible.

 

Mais, ils ne se donnent même pas la peine de lire le travail final ! Du coup, on se retrouve avec des présentations aberrantes, incompréhensibles pour les profs qui ne dirigeaient pas cet(te) étudiant(e). Par exemple, une de mes étudiantes qui avait choisi de comparer l'architecture en Chine et en France a écrit dans son power point (utilisé comme support lors de la soutenance) : "France = privilégie la hauteur et la profonceur" "Chine = est l'emphase donnée sur" . Evidemment, mes collègues m'ont interrogée, totalement perdues. En fait, l'étudiante avait extrait quelques mots d'une phrase de son mémoire qui était "en Chine, le plus important est l'emphase donnée sur la dimension horizontale". C'est un bon exemple pour montrer que les étudiants ne relisent pas et ne comprennent pas le contenu de leur mémoire, et qu'ils sont donc incapables de choisir les mots clés appropriés pour résumer à l'oral leur travail. Ah le bonheur d'être prof...

 

Cependant, c'est du classique. Tous les ans, c'est un peu le même cinéma. Mais je ne crois pas pouvoir m'y habituer. Je ne m'habituerai pas non plus à ce système où l'on "donne" le diplôme et les examens, il n'y a pas d'autres mots. Je ne compte plus les fois où une collègue vient me dire, vers la fin du semestre, que ce serait bien que je sois tolérante pour la notation avec tel(le) ou tel(le) étudiant(e). Cela m'agace !!! Mes collègues ne sont pas plus ravies que moi de la situation, après tout, elles aussi s'efforcent de faire de bons cours et d'être justes, mais le système universitaire et les différentes pressions qui existent au sein de la société chinoise ne nous laissent pas toujours le choix - sauf à décider de ruer dans les brancards. Désolée, mais je laisse cet héroïsme à d'autres.

 

Et je ne parle pas de certains étudiants vraiment sans vergogne. Un élève de seconde année qui a assisté peut-être à une dizaine de cours ce semestre est venu me voir deux semaines avant la fin de l'année pour me demander (en anglais car ne venant presque jamais en cours, il ne sait pas dire trois mots en français) de ne pas lui donner moins de la moyenne aux contrôles continus. En effet, certains de mes cours fonctionnent selon le principe du contrôle continu où je note la présence et la participation en classe, les devoirs rendus, les petits tests... Je lui ai fait remarquer qu'ayant manqué la plupart des cours et n'ayant rendu aucun devoir, c'était difficile pour ne pas dire impossible. Mais il a insisté en me promettant de me rendre les devoirs non faits avant la fin de la semaine. J'ai continué à lui dire que, même s'ils me rendait des devoirs, ce ne serait pas juste par rapport à ses camarades qui viennent tous les jours en classe. Mais il a expliqué qu'il travaillait parfois, que certains jours il était très fatigué et que les cours de 8h30 étaient vraiment trop tôt ! Je n'invente rien, je vous promets. On peut au moins louer son honnêteté... J'en aurais ri si je n'avais pas été aussi abasourdie par une telle déclaration. Décidément, les étudiants sont toujours plein de surprises. 

 

J'étais quand même bien remontée contre lui et j'en ai parlé à ma directrice qui a approuvé mon choix de ne pas lui mettre la moyenne pour les contrôles continus. Qu'il se rassure, l'année prochaine, nous organiserons des rattrapages en janvier qu'il ratera sûrement mais auxquels succèderont d'autres rattrapages en mai que nous lui "donneront" pour qu'il ait son diplôme.

 

Autre exemple : une étudiante qui a manqué un certain nombre de cours et dont le niveau est assez faible m'a inondée de messages se plaignant de ne pas avoir la moyenne. Elle a expliqué que si elle a manqué des cours, c'est qu'elle prépare des examens de français pour aller en France plus tard; en plus, elle est très motivée en français et elle a besoin d'avoir la moyenne car elle aura peut-être un entretien en octobre pour obtenir un visa pour la France. C'est peut-être vrai mais quand je vois un(e) étudiant(e) qui manque des cours, ne m'explique pas la raison des ses absences, ne vient pas me voir pour savoir quels sont les devoirs ou test à rattraper; j'ai du mal à imaginer que cet(te) étudiant(e) est motivé(e). Tel a donc été le sens de ma réponse. Mais elle a continué à insister. Je me suis référée à ma directrice qui m'a laissé carte blanche. J'ai donc utilisé l'arme fatale, l'argument ultime : "tu dis que tu veux étudier en France, alros sache qu'un(e) étudiant(e) ne ferait jamais ce genre de demande à un professeur". Elle a tout de suite répondu qu'elle comprenait et qu'elle savait qu'elle était responsable de la situation. Cela ne me fait pas plaisir de faire de la peine aux étudiants et de les mettre peut-être en difficulté, mais il faut qu'ils apprennent à se montrer plus responsables et cette école est déjà trop tolérante, alors si en plus je me mets à faire des concessions supplémentaires, autant leur mettre 100/100 avant même la rentrée !

 

Sinon, lorsque je disais que nous ne sommes jamais au bout de nos surprises avec les étudiants, voilà un cas spécial qui, pour une fois, n'a rien à voir avec moi. Ouf! Une étudiante de 2ème année qui se débrouille vraiment pas mal en français a réussi un examen qui lui permettrait d'obtenir un visa pour partir étudier en France. Mais, il y a un problème. Vous savez qu'en Chine, la plupart des familles sont soumises à la politique de l'enfant unique. Si un couple a plus d'un enfant, il doit payer une amende. La famille de cette étudiante a plusieurs enfants et pour ne pas payer d'amende, ils ont réussi à faire passer cette enfant comme étant celle de son oncle et de sa tante. Mais, apparemment, cela pose quelques soucis à l'étudiante pour obtenir le visa pour la France. Peut-être certains papiers comportent des noms différents ou des contradictions. Je ne sais pas les détails, ma directrice est restée assez vague. Toutefois, cela confirme bien qu'en Chine, rien n'est impossible ! Après, quand cela concerne les autorités françaises, c'est une autre histoire....

 

Voilà un petit florilège de mes dernières semaines de cours cette année. C'est une source inépuisable de commentaires !...

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 04:12

Dans beaucoup de livres qui parlent de la Chine, inévitablement, vous tomberez sur un chapitre consacré au "guanxi" qui est un terme désignant, en gros, un réseau de relations.

 

Mais jusqu'à présent, cette caractéristique du fonctionnement de la société chinoise ne me semblait pas avoir une influence de près ou de loin dans mon travail. Je me disais que cela existait plutôt dans le milieu des affaires mais que dans le système éducatif, c'était différent. Or, il s'avère que je me trompais.

 

A mon arrivée à Shenzhen, un collège a ouvert une classe de français et l'on m'a contactée pour me proposer d'y enseigner quelques heures par semaine. J'ai accepté et cela se passait bien jusqu'à cette année. Une de mes collègues chinoises assez remontée contre l'école et sa classe s'est  récemment épanchée et m'a révélé un certain nombre de faits dont je n'avais nullement conscience.

 

Tout d'abord, la raison principale de l'ouverture de la première classe de français en 2009  dans ce collège a été due à un seul homme. Son fils venait d'entrer en sixième et l'homme - un fonctionnaire assez important paraît-il - souhaitant le meilleur pour son cher enfant a décidé qu'outre l'anglais, il était important que son fils apprenne une autre langue étrangère. Ni une ni deux, il est allé voir son ami le directeur (ou l'équivalent) et c'est ainsi qu'en septembre 2008 une classe de français a été créée dans cette école. Voilà bien des efforts quand on sait que le fiston s'intéressait plus à son ipod qu'aux cours dispensés par ma collègue et moi. Mais, en même temps, d'autres élèves en ont profité et certains sont très motivés ce qui fait plaisir.

 

En 2010, une seconde classe de français a été ouverte avec à sa tête une seconde collègue (celle qui s'est confiée sur tous ces sujets, d'ailleurs). Pour entrer dans ces classes spéciales, les élèves passent un test de niveau (sur d'autres matières puisqu'ils n'ont encore jamais fait de français) pour juger si ce sont des élèves sérieux et motivés.  Parmi les élèves de cette classe se trouve un garçon. C'est un peu l'archétype du cancre que redoutent tous les profs, à mon avis. Pas respectueux, pas travailleur, bavard, qui interrompt le cours et le prof, distrait ses camarades... Bref, la totale (et oui, même en Chine, il y a des élèves comme ça). Il n'a jamais fait l'effort d'apprendre un mot en français. Ma collègue se plaint aussi régulièrement de lui. Et puis, elle m'a expliqué récemment que contrairement aux autres élèves de la classe, celui-ci n'avait pas passé le test d'entrée. Il a été admis d'office dans la classe de français. Et pourquoi cela ? Il semblerait que le papa soit lui-aussi quelque cacique local... Super... Et après, les parents se plaignent que leurs enfants n'aient pas de bonnes notes. Avant de faire jouer leurs relations, ils devraient peut-être s'occuper de savoir ce que désirent leurs enfants et de leur travail scolaire.

 

Cette année la situation s'est dégradée. Soudain, le français est passé de première langue à langue d'option; ce qui signifie moins d'heures de cours et surtout que les notes ne comptent presque plus. En Chine, il est très important de bien travailler au collège pour entrer dans un bon lycée puis une bonne université, de sorte que la compétition est rude dès le début et les élèves se concentrent sur les matières qu'ils auront au test d'entrée au lycée ou à l'université. Avec la rétrogradation du français au rang de simple option, les élèves ont presque tous cessé d'étudier ou d'écouter en classe. Pourquoi ce virement soudain dans la politique de l'école ? Le directeur (ou quelque soit sa fonction) est parti ailleurs pour occuper un poste plus important. Or, il était l'initiateur du projet sur l'insistance d'un des pères de famille (dont le fils a changé d'école, je crois). Le nouveau directeur s'est montré réfractaire à cette initiative et a donc décidé de changer le statut des deux classes de français. Cela aurait été sympa d'en discuter avec mes collègues, au moins. Mises devant le fait accompli ce semestre, elles se demandent ce que leur réserve l'avenir car il semblerait que d'option, les cours finissent par être supprimés. Mes collègues m'ont dit qu'elles ne sont pas sûres que les cours se poursuivront au second semestre cette année. C'est quand même fou ! On monte un projet de cette envergure sur un coup de tête et on l'annule sur un autre coup de tête. Bravo !

 

Revenons maintenant à l'institut polytechnique où se passe la plupart de mes cours. Mi-octobre, une nouvelle élève est arrivée en première année. Elle avait décidé de changer de cursus. Soit. Elle avait évidemment beaucoup de retard sur ses camarades qui avaient derrière eux plusieurs semaines de cours de français. Ma collègue et moi lui avons proposé de l'aider en faisant des petites séances supplémentaires, la jeune fille ne s'est jamais présentée aux rendez-vous. Il y a environ trois semaines, ma collègue est venue me voir d'un air embarrassé (quand elle fait cette tête-là, cela signifie immanquablement pour moi des travaux supplémentaires à faire à la dernière minute ou des problèmes avec les notes de certains élèves). Bingo ! Le père de la demoiselle avait téléphoné à ma collègue pour lui faire part de son inquiétude au sujet des notes de mi-semestre de sa fille. Je ne sais pas ce que le père a raconté à ma collègue et sur quel ton il lui a parlé mais celle-ci a fini par murmurer que "ce serait bien que cette élève puisse réussir le premier semestre; tu pourrais être plus large dans tes notes comme elle a manqué une partie des cours et puis son père veut vraiment qu'elle réussisse et ...". Je ne sais pas la fonction du père mais la façon dont ma collègue parlait de lui m'a fait penser qu'il devait être assez important (à quel niveau ? pour qui ? quelles conséquences pour notre département de français ?). Résultat : j'ai "harcelé" l'étudiante pour qu'elle vienne faire quelques exercices supplémentaires dans mon bureau pour pouvoir lui donner la moyenne. Je ne compte plus les cas de conscience que cette école me posent...

 

Et maintenant, finissons par une situation absurde qui confine au comique. La semaine dernière, les élèves de troisième année m'ont demandé de venir dans la cour mardi à 13h pour prendre les photos de fin de diplôme. ?!!!? Euh... nous étions en décembre, les examens de fin de premier semestre commencent cette semaine, il reste encore le mémoire et la soutenance à faire au second semestre.... Ce n'est pas un peu .... bizarre ???


Et bien, non. Depuis 15 jours, tous les jours, les élèves de toutes les classes de dernière année prennent les photos de fin d'études. En plus, ils sortent le grand jeu. C'est à l'américaine avec la robe et le chapeau carré et puis, certaines filles achètent de magnifiques bouquets juste pour cette séance de photos. Et tout le tra la la.

 

Dans ma classe, deux élèves ne sont pratiquement jamais venus en cours et ce, dès la première année. Je peux affirmer qu'ils ne savent pas faire dix phrases en français. Ne les ayant jamais vus en cours et puisqu'ils ne se sont jamais présentés à un examen ou n'ont fait le moindre devoir, je ne leur ai jamais donné la moyenne; de sorte que - théoriquement - ils ne peuvent pas être diplômés. Et pourtant, ils étaient là-aussi sur les photos, tout sourire, dans leurs beaux habits de remise de diplômes. Ca me tue ! Cela me tue parce que je sais qu'au final, on leur "donnera" leur diplôme (à force de rattrapages de rattrapages à prévoir au second semestre) et c'est vraiment injuste pour ceux qui ont fait des efforts, fait les devoirs, passé les examens.

 

Il y a certainement un grand nombre de choses qui m'échappent et dont je n'ai pas du tout conscience, mais parfois, je me dis presque que c'est aussi bien comme cela. Les coulisses de ce petit monde ne donnent pas très envie de monter sur scène....

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 14:17

Aujourd'hui, j'ai demandé à mes étudiants de présenter leur famille de façon la plus précise possible (emploi du vocabulaire et des structures pour parler des professions, des goûts, de la description physique et morale, etc...).

 

Certaines réflexions ont été pour le moins surprenantes.

 

Ainsi, une étudiante a déclaré que sa mère aimait beaucoup faire la cuisine et ... la regarder manger ! A peine revenue de mon étonnement, une autre étudiante a expliqué que sa mère aimait cuisiner ses plats préférés lorsqu'elle rentrait chez elle le week-end. Cela nous apprend au moins deux choses : mes étudiants sont souvent issus de familles aisées où la mère est au foyer et le culte de l'enfant roi est un phénomène bien réel en Chine.

 

Quant aux professions des parents, le terme de mère au foyer revenait souvent, tandis que le père était souvent "directeur",  "homme d'affaires" ou "commerçant" (je ne sais pas si cela signifiait qu'il possède un commerce ou qu'il est employé dans un magasin...). Un étudiant a précisé étrangement : "Mon père est directeur et ma mère comptable, mais nous ne sommes pas riches."

Une étudiante, elle, a révélé que ses parents ne travaillaient pas (alors qu'ils n'ont que 46 ans). Voilà qui est encore plus déconcertant. Comment vivent-ils alors ? Je me suis dit que je n'avais pas à me montrer trop curieuse et indiscrète. Parler de sa famille peut être délicat : on ne connaît pas le passé et l'histoire des étudiants, alors j'hésite toujours à aborder les questions trop personnelles; je préfère les jeux de rôle qui permettent d'endosser la personnalité et le personnage que l'on veut. Donc, je me suis abstenue de tout commentaire, mais j'aimerais bien savoir comment ils gagnent leur vie...

 

Une autre étudiante qui parlait des goûts et des loisirs de ses parents a dit que son père aimait  "les filles". Sur le moment, j'ai cru avoir mal compris ou que l'élève s'était trompée et qu'elle voulait dire "films" par exemple (les étudiants confondent encore beaucoup les mots même simples).  Je lui ai donc demandé de répéter sa phrase et elle a bien redit la même chose et comme certains de ses camarades ne comprenaient pas sa phrase, elle l'a traduite en chinois et j'ai bien repéré le mot "fille" dans sa phrase chinoise. Je ne lui ai pas demandé d'expliciter son propos et l'ai encouragée à continuer sa présentation. Mais, j'avoue que je suis restée sans voix (intérieurement) après sa déclaration. Est-ce que ce qu'elle a dit était vraiment ce qu'elle voulait dire ? Il faut croire que oui puisque sa phrase française était l'exacte traduction de sa phrase chinoise. C'est tout de même une bien curieuse remarque, non ?....

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 02:40

Depuis que je suis en Chine, je me suis rendue compte à quel point en France nous sommes formatés et que notre éducation est très ethnocentrée sur la France et l'Europe. 

 

Quand j'étais au collège et au lycée, je n'ai jamais rien étudié sur la civilisation chinoise, par exemple. En terminale, nous avions un chapitre sur la géographie de la Chine, mais cette année-là, notre professeur avait parié que ce sujet  ne tomberait pas au bac et nous avait simplement distribué un polycopié sans que nous le lisions en classe, autant dire que personne n'y avait jeté un coup d'oeil. 

 

Cependant, en cherchant sur internet, je suis tombé sur quelques articles qui disent que le programme d'histoire a changé au collège et que désormais les jeunes français ont quelques leçons sur la Chine, notamment.  

 

Il me semble essentiel que nous nous ouvrions aux autres. Sans plus d'efforts pour nous comprendre les uns les autres, nous resterons toujours arc-boutés sur nos préjugés. Même si je vis en Chine depuis plusieurs années maintenant, je me rends bien compte que  je ne suis pas encore assez ouverte et compréhensive. Et je suis persuadée que cela est dû en grande partie à l'environnement dans lequel nous évoluons en France; à la façon dont nos élus, nos médias, nos programmes scolaires,... nous parlent des autres cultures et pays. Je ne m'en rendais pas compte avant, mais en Chine, j'écoute beaucoup la radio française et je ne compte plus les approximations, les contre-vérités et les commentaires erronés sur l'Asie.  

 

A un moment donné, il faudra bien que l'on se rende compte que nous ne sommes pas le centre du monde. L'Europe n'a dominé le monde que très peu de temps et quelle domination ! Esclavage, colonisation, invasions... Bien que nous nous en défendions, je suis persuadée que nous sommes encore influencés par cette image de «  l'homme blanc supérieur qui est dans son droit car il sait ce qui est bien pour l'humanité ». Il suffit de voir la Libye. Oh bien sûr, quelques personnes se sont vaguement indignées, mais quand je voyais les sondages d'opinion et les commentaires des politiques et journalistes, j'étais ébahie. Comment une majorité de Français pouvaient soutenir cette guerre ? Non seulement soutenir mais s'en réjouir, s'en féliciter ???? Je pense que beaucoup de gens étaient conscients que nous servions nos intérêts économiques avant tout  mais qu'ils tempéraient cette idée en se disant que nous aidions aussi le peuple libyen à se débarrasser d'un dictateur. Or, c'est finalement cette idée qui me choque le plus. De quel droit intervenons-nous ? Pourquoi la France se mêlerait-elle de cette affaire (d'autant qu'elle avait léché les bottes du dictateur en question quelques années auparavant) ? Qu'est-ce qui nous fait croire que nous sommes dans notre droit ? Ne serait-pas cette pensée ancrée profondément en nous que nous - hommes blancs, soi-disant fondateurs de la démocratie et défenseurs des droits de l'homme - avons ce devoir ? Mais, enfin, réfléchissons ! Que dirions-nous si, par exemple, un pays d'Afrique estimait devoir intervenir, par exemple, pour débarrasser tel ou tel pays européen de son dirigeant parce que les gens de ce pays seraient malheureux sous son joug. J'imagine déjà les milliers de commentaires outrés qui fuseraient. Pourquoi la première situation serait-elle juste et pas la seconde ? Je pense nous continuons à être éduqués (pas ouvertement, mais c’est toute l’idéologie qui entoure notre histoire et notre culture, et la façon dont nous présentons et parlons des autres pays et peuples) dans l’idée que nous sommes supérieurs, dans notre droit.


Tout cela pour dire que nous avons encore bien des efforts à faire pour connaître les autres. Et je pensais à cela par rapport à un sujet bien éloigné : en France, connaît-on des personnalités chinoises ? Et bien non, ou alors si peu ! Et pourquoi ? Parce que nous sommes trop ethnocentrés sur la France et l’Europe. Or, prenez mes étudiants chinois même sans connaissances préalables sur la France, ils peuvent vous citer quelques écrivains, hommes politiques et acteurs/actrices français. Ce n’est peut-être pas énorme, mais faites-en autant avec des personnes célèbres chinoises.

Je suppose que vous me citerez Confucius, Lao Zi (Lao-tseu pour les fans de Tintin) pour les penseurs et écrivains ; Mao Zedong, Hu Jintao (l’actuel président chinois), peut-être Sun Zhongshan (Sun Ya-tsen) ou Zhou Enlai pour les politiques ; pour les acteurs/actrices, je pense que la jeune génération française connaît surtout les acteurs hong-kongais comme Jackie Chan, Tony Leung, Chow Yun-fat, Maggie Cheung ou quelques actrices chinoises comme Gong Li ou Zhang Ziyi. Depuis quelques années, la France diffuse plus de films chinois, même si ce sont trop souvent uniquement des films de kung fu ; mais c’est aussi une partie de la culture cinématographique chinoise. Voilà, on a fait le tour, non ? Essayez de faire votre propre liste de personnalités chinoises dont vous connaissez le nom ou que vous reconnaissez et dites-moi.


Cette réflexion fait suite à une activité que j’ai pratiquée en cours. Avec les débutants, les premières leçons sont évidemment consacrées à la phonétique et à se présenter (« Comment tu t’appelles ? », « Il s’appelle... »). Pour rendre les choses un peu intéressantes et commencer à introduire de façon très légère et superficielle la culture française, j’ai distribué des cartes avec des photos et noms de personnalités françaises qu’ils étaient susceptibles de connaître. Cela a bien fonctionné ; ils étaient intéressés d’essayer de reconnaître qui cela pouvait être et s’ils le ou la connaissaient et également de comparer avec la personnalité dont leurs camarades avaient hérité.


Parmi les étudiants de cette école, je dirais que le Français ou la Française qu’ils citent en premier est Coco Chanel ou Louis Vuitton. Que voulez-vous, j’ai des étudiants gâtés et riches. Dire que certains d’entre eux ont des I-pad en cours – ils s’en servent comme dictionnaire.... (soi-disant).... J’ai même vu quelques filles avec un sac Vuitton ; j’avais envie de leur demander si c’était un vrai. Leur activité préférée étant le shopping, pas étonnant donc que les noms de fondateurs de marques de luxe leur viennent à l’esprit en premier ! Et puis, c’est aussi la faute de la France qui joue à fond de cette image de pays du luxe qu’elle a en Asie ; évidemment, mes étudiants sont influencés par cela également même si j’essaie de leur faire relativiser les choses. Personne dans mon entourage ou parmi mes amis en France ne possède de sac Vuitton !


Au niveau des personnalités historiques, les étudiants connaissent tous Napoléon ; certains Louis XIV (ils ne savent peut-être pas le nom mais ils reconnaissent Versailles sur les photos et le rôle du roi dans sa construction) ; Charles de Gaulle (j’ai l’impression que c’est moins pour son rôle dans la seconde guerre mondiale que parce qu’il a établi très tôt des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine) ; Sarkozy (bien sûr, la prononciation est assez différente en chinois « Sa ke qi » ; alors, si je dis son nom ; aucun d’entre eux ne le reconnaît, par contre ils reconnaissent son visage).


En ce qui concerne les écrivains, Victor Hugo et Alexandre Dumas sont les stars. Le roman « Les trois mousquetaires » est très populaire en Chine, en fait. D’ailleurs quand je devais donner un prénom français à mes étudiants, l’un d’entre eux avait déjà choisi le sien et voulait s’appeler d’Artagnan !


L’actrice la plus connue est Sophie Marceau (je me rappelle que lorsque le film « Les femmes de l’ombre » était sorti en Chine, il y avait eu une promo très importante ; ce qui prouve qu’elle est vraiment célèbre ici). Quant à l’acteur français, c’est surtout Jean Reno (sans doute parce qu’il est l’un des seuls français à jouer dans des productions hollywoodiennes). Ensuite, certains étudiants qui ont un peu plus de culture ou d’intérêt pour la France, reconnaissent Marion Cotillard (à mon avis, plus pour son rôle dans les films « Taxi » que pour « La Môme » car ils préfèrent les films d’action et puis, quand elle joue Edith Piaf, de toute façon, on ne peut pas la reconnaître !). Certains reconnaissent aussi Gérard Depardieu (plutôt pour les comédies dans lesquelles il a joué comme dans « Astérix et Obélix » ou « Tais-toi »).


Les sportifs français sont pratiquement inconnus, à part Zidane peut-être, mais mes étudiants sont un peu jeunes et Zidane ne joue plus ; donc...En plus, les Chinois s’intéressent beaucoup plus au basket qu’au foot.


Quant aux chanteuses, j’avais déjà évoqué ma surprise à savoir que la chanteuse française la plus célèbre est .... Hélène Rollès et sa chanson « Je m’appelle Hélène ». Et dire qu’il s’agit du générique d’une sitcom des années 90... Vive la chanson française !!! lol


Voilà à peu près les Français que connaissent mes étudiants et lycéens chinois sans avoir jamais étudié le français. Ce n’est pas si mal. Faites le test contraire avec des lycéens français...

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 12:17

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Voici une photo de mon bureau à l'institut. Pour une fois, il était joliment décoré grâce à l'impressionnant bouquet que les étudiants de 2ème année m'ont offert ce matin. Je n'étais pas peu fière car par rapport aux autres professeurs de notre open space, mon bouquet était l'un des plus beaux. J'avoue que je ne m'y attendais pas et j'étais surtout surprise de recevoir quelque chose des 2ème année alors que j'ai le sentiment de mieux m'entendre avec les 3ème année qui, eux, m'ont souhaité un simple "Bonne fête des professeurs". En plus du bouquet, j'ai reçu une rose et des bonbons donnés par l'institut à tous les profs.

 

La fête des profs  a été instaurée en 1985 et tombe toujours le 10 septembre. Il est courant qu'élèves et étudiants offrent des cartes ou des petits cadeaux à leur professeur. Cela dit , j'ai lu dans le China Daily qu'il existe actuellement un débat par rapport à l'argent liquide ou aux cadeaux de valeur offerts par certains parents pour "encourager" le professeur à "prêter plus d'attention" à leur progéniture. Ainsi, 10 écoles à Pékin ont appelé les professeurs à refuser toute somme d'argent ou tout cadeau cher offert par des parents. Certains établissements ont même menacé de licencier les professeurs qui ne se soumettraient pas à cette règle.

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 11:40

 

Dans une semaine, je serai en vacances ! Alors quel bilan tirer de cette année ?

Les élèves de l'école polytechnique de Shenzhen manquent réellement de motivation dans l'ensemble; cela dit, certaines classes sont plus agréables que d'autres. Si j'ai vraiment mal vécu le premier semestre; les choses se sont nettement arrangées au second semestre car les 3ème année n'avaient plus cours (ils doivent réaliser un stage et rédiger un mémoire) et il se trouve que les seconde année sont plus travailleurs et en tout cas plus intéressés. Quant aux première année, ce n'est pas terrible mais comme je n'avais que 2h par semaine avec eux; cela me dérangeait moins.

Si le second semestre s'est amélioré, c'est probablement parce que je me suis habituée à leur niveau et à leurs attentes. Ou plutôt à leur absence d'attentes. En réalité, j'ai commencé l'année en ressentant du désespoir, à Noël, de la colère; - pendant les vacances du soulagement -; au début du second semestre, de la résignation et maintenant; c'est un peu tout cela avec une tendance à la pitié. Ah cette jeunesse chinoise perdue.... Pauvres riches enfants. Papa et maman sont là; alors à quoi bon étudier, n'est-ce-pas ? Cela dit, cela me rend triste. La plupart d'entre eux perdent littéralement trois ans de leur vie. Vous me direz : jouir de la vie, s'amuser avec ses amis,...est-ce perdre son temps ? Je ne veux pas jouer les donneuses de leçons, mais je crois qu'il est vraiment regrettable qu'ils ne fassent rien pour cultiver leur esprit pendant ces trois ans. Certes, une bonne moitié n'a pas choisi le français (c'est l'une des aberrations du sytème éducatif ici à mon avis); ou c'est leur choix par défaut pour un quart; mais est-ce une raison pour ne pas essayer au moins de retenir quelque chose ? Difficile d'inculquer des parcelles de notions linguistiques ou culturelles à ces esprits fermés. Jusqu'à cette année, je n'avais jamais vraiment été confrontée à ce problème. Des élèves pas motivés, bien sûr, j'en avais rencontré; mais jamais autant dans une même classe.


Je fais ce que je peux pour rendre les cours le plus vivant possible avec des vidéos, des power points, des images, des photos... Mais tout est très compliqué car les progrès sont très lents voire inexistants et ne permettent même pas de faire certaines activités que j'estime intéressantes mais qui exigent un minimum de vocabulaire ou de syntaxe. Si je me sens d'bumeur positive, je vous dirais que c'est un excellent exercice pour moi car je dois développer, créer, imaginer, mettre en place des activités et des exercices adaptés à leur niveau et susceptibles d'attirer leur attention. Si je me sens déprimée, je vous dirais ...euh, ben rien, en fait, vous pouvez imaginer....


Qui dit fin de semestre, dit examens. Rien de nouveau : je vais devoir jouer de la calculatrice pour augmenter la note de "participation" sur le semestre pour contrebalancer celle - souvent désastreuse - de l'examen. Je sais bien qu'ils ne font rien de l'année, mais ne pourraient-ils pas faire juste un petit effort pour l'examen ? Cela leur éviterait le rattrapage (et les corrections pour moi). Aujourd'hui avait lieu l'examen de civilisation. Sur 25 étudiants, 16 ont réussi et cerains avec de très bonnes notes (genre 91/100); ce qui prouve que pour ceux qui étudient un minimum; c'est plus que faisable. Mais dans chaque classe, il existe toujours un noyau d'irreductibles cancres qui n'essaient même pas de répondre aux questions. J'avais prévu beaucoup de QCM et exercices vrai/faux de sorte que même ne sachant pas les réponses, ils pouvaient peut-être récupérer quelques points grâce au hasard. Et, c'est cela que je ne comprends pas : on m'a rendu 3 copies blanches !!! A quoi bon venir à l'examen dans ces cas-là ? Pourquoi diable n'ont-ils pas coché les cases au hasard ? Prendre un stylo est-il un trop grand effort pour eux ? A moins que - et c'est tout à fait possible - ils n'avaient pas de stylo sur eux ?? Bref, cette situation me dépasse et m'exaspère.

A Qingdao, je relevais parfois des perles amusantes dans les copies; mais ici, il y a trop de fautes pour que je trouve cela drôle ! Cela dit, certaines phrases sont intéressantes ne serait-ce que pour comprendre les différences linguistiques et culturelles entre la France et la Chine. Relevées donc dans les copies de l'examen de civlisation d'ajourd'hui :

- "En France, l’homme et la femme sont égalité. Les enfants est liberté.  Les couples (fraternité ??? pardon; je laisse l'étudiante continuer) mariagent pour l’amour".


Dans cette phrase, on peut trouver quelques erreurs typiques des étudiants; notamment le manque de précision ou plutôt de distinction entre les noms , les verbes et les adjectifs. Ils prennent un nom pour un verbe, un nom pour un adjectif... Après tout, l'idée est là n'est-ce-pas ? Je suppose qu'ils sont influencés par le chinois où un même caractère peut être un verbe ou un nom par exemple.



- "Mais Français aiment les pains , fromage et jambes. "

Ah bon, je ne savais pas que les Français étaient en partie anthropophages.... Ah la la, toujours ces approximations orthographiques...



- "Les parents français ne veux pas habiter avec ses l’enfant quand l’enfant était fini sa étude."


Oh, les méchants parents français qui chassent leurs enfants !!! Je plaide coupable pour la phrase de cette étudiante : j'ai montré en classe des extraits du film "Tanguy" et, j'ai beau m'évertuer à leur répéter qu'il ne faut pas généraliser , ils ont dans l'idée ensuite que ce qu'ils ont vu dans le film est représentatif de la France. Cela n'a pas manqué cette fois non plus....


Mieux encore que les examens ..... les mémoires et leur soutenance !!! J'avais déjà eu la joie de connaître cette expérience lors de ma première année à Qingdao; mais c'était de la rigolade à côté de l'épreuve que cela représente ici.


J'avais 13 étudiants à "diriger". Diriger est un verbe dont le sens est légèrement différent de celui qu'on lui attribue généralement. Diriger, dans cette situation, signifie envoyer email sur email jusqu'à la date limite pour tenter de savoir quel sujet ont choisi les étudiants, puis essayer de leur faire établir un plan et, enfin, récupérer un brouillon qui évidemment ne correspond ni au titre ni au plan initialement choisi et qui n'est pas en français mais dans une étrange langue : le "chitradautinfra"; autrement dit c'est un site chinois traduit automatiquement sur internet en soi-disant français. Ainsi, je me retrouve à la veille de la soutenance avec des pages de non-français qui n'ont aucun sens, sans aucune structure en dépit des modèles, des conseils, des exemples que je n'ai cessé de leur envoyer tout au long du semestre. J'exagère à peine. Sur les 13 étudiants, disons que 7 ont eu l'intelligence de copier sur des sites français (de sorte que je n'ai rien à corriger !) et ont réussi plus ou moins à créer une sorte de plan (quand ils ne sont pas parvenus à en trouver un tout fait du genre dans wikipedia). Quant aux 6 autres, cela a été une galère infernale.

 

 

 

 

Pour vous donner une idée de ce que certains étudiants m'ont envoyé, voici un extrait de mémoire sur les noms et prénoms en  Chine et en occident :

 

 

"En apprenant l'anglais, l'utilisation correcte de l'anglo-américain est le nom anglais problèmes apprenants maux de tête."

" En fait, la plupart des noms anglais de tous ont une origine, le milieu contient une signification culturelle riche. Nous avons seulement un peu de compréhension, vous trouverez un grand nom de l'anglo-américain est un autre intéressant et bon esprit. Nom couverts par le contenu culturel extrêmement riche.

" Bien que les grandes différences culturelles Est-Ouest, mais les noms et surnoms dans le processus de formation de l'homme et le développement de nombreuses communes. es noms de la culture est le reflet de l'homme social phénomènes cognitifs."

" Dans la culture chinoise, la voix des gens sur le nom et la forme sont toutes luxueuses.

" Remplacement des anciennes affaires de l'Etat, les guerres successives Huanhaichenfu, le changement climatique, les migrations nationales et la reproduction Harmony, la population et d'autres facteurs est une variété complexe de noms anglais et chinois des principales raisons. "New 1000 nommé" collection est le nom de famille chinois les plus courants des modernes, les anciens noms du peuple chinois sont enregistrées avec plus de 5600."

 

Il y a deux semaines ont eu lieu les soutenances. Deux journées entières à supporter des lectures bafouillantes de parties de leur mémoire. Interminable. En réalité, la présentation de certains était tellement pathétique qu'elle en devenait comique. Ainsi, un étudiant est arrivé avec son document power point qui reprenait des parties entières de son mémoire (mais la grande majorité faisait de même); ce qui le distinguait, c'est que d'une part il semblait découvrir son sujet (en réalité, il ne semblait pas, il le découvrait...) et, surtout, son niveau était si dramatiquement bas qu'il ne savait même pas lire en français. Donc, il commençait à lire la première phrase de la diapositive et comme il buttait sur toutes les lettres, il mettait au moins trois minutes par phrase. Il a commencé à en avoir marre, alors dès qu'un mot devenait trop difficile à lire, il ne sautait pas seulement le mot, mais la phrase entière et pire, carrément  la diapositive !!! De sorte que sa présentation se résumait en gros à ceci "Les habitudes aliment..;. les Français mangent du p...; la cuisine chinoise est compos...; " . Dans le genre "le pire étudiant que je n'ai jamais vu de ma vie"; il a été excellent.


La partie la plus amusante était bien entendu les questions qui suivaient le mémoire. La moitié des étudiants ayant copié sur internet sans lire, certains ne connaissaient absolument pas le contenu de leur mémoire. Ainsi, une étudiante a présenté les différences entre les habitudes alimentaires des Français et des Chinois. A la fin de l'exposé, une de mes collègues lui a demandé "A ton avis, quelle est la plus grande différence dans les habitudes alimentaires entre les Français et les Chinois ?" En gros, on lui demandait simplement de répéter une des choses qu'elle avait dite dans sa présentation. Le problème, c'est que l'étudiante n'a jamais pu nous répondre car elle ignorait le sens de ce dont elle avait parlé juste quelques minutes auparavant.... Et elle n'a pas été la seule dans ce cas, malheureusement. On oscille entre le rire et les larmes, franchement.


Il y a également le problème de la compréhension de la question. Ainsi, à une étudiante qui parlait du vin en France, on a commencé par lui poser des questions sur le contenu de son mémoire, mais elle ne l'avait pas lu et se trouvait dans l'incapacité de répondre. Nous lui avons alors posé des questions plus générales du genre "Quel vin français connais-tu ?" "As-tu déjà bu du vin ?", nous avons même tenté "Aimes-tu le vin ?". Difficile de faire plus facile, non? Mais rien. Aucun réponse. Elle ne parvenait pas à comprendre la question. Nous en étions réduites à lui dire "Tu comprends le mot "aimes" "est-ce que "tu aimes" ? Et ensuite, le "vin", tu comprends le mot "le vin", oui ? L'étudiante répétait le mot , le regard vide, semblant se demander d'où sortait ce mot et pourquoi nous l'utilisions tant....


Mis à part les joies des cours et des examens, n'oublions pas de mentionner l'organisation et les relations avec les collègues au sein de l'établissement.

A Qingdao, vous aviez peut-être pensé que j'avais jugé bien hâtivement le système éducatif, et en particulier l'éducation supérieure en Chine, mais non. Mon année à Shenzhen confirme la plupart des éléments : le diplôme est réellement donné. A Qingdao, passait encore puisque les étudiants avaient finalement plutôt un bon niveau; mais ici, les étudiants sortent avec un diplôme de français alors que des 3ème année sont incapables ne serait-ce de comprendre et répondre à une question aussi simple que "Aimes-tu le vin?" ....

Pour "donner" ce diplôme, nous n'épargnons pas nos efforts. D'abord, les étudiants qui ont échoué aux examens ont des rattrapages. S'ils ne réussissent pas le rattrapage, ils ont une autre chance en 3ème année à la fin du second semestre. De sorte que j'ai dû préparer des "rattrapages de rattrapages" pour des cours que je n'ai pas donnés car il s'agissait d'étudiants en 3ème année qui avaient échoué l'an dernier (donc en 2ème année) en cours de français des affaires avec mon prédecesseur ... et dont je n'ai jamais su le contenu; mes collègues étant incapables de me fournir ces informations.

Ainsi, tous nos 3ème année vont être diplômés cette année. Waouh ! ... C'est terrifiant...


Quant à l'organisation... Les Chinois aiment-ils vraiment faire tout au dernier moment ?? Je ne compte plus les phrases du type “Armel, tu dois me rendre demain ton autoévaluation” ou “Armel, il faut que tu fasses avant demain après-midi l'analyse des mémoires de tes étudiants de 3ème année”... Ce qui n'arrange pas les choses, c'est que la collègue qui “s'occupe” de moi est tête en l'air et je suis sûre que si elle reçoit une information le lundi, elle l'oublie et ne me la donne que le jeudi pour quelque chose à faire le vendredi... Mes collègues ont l'air moins traumatisées que moi dans ces situations car, après tout, ce n'est que de la paperasserie et – pour dire les choses trivialement- elles “s'en fichent”. Elle “repiquent” des idées et des phrases qu'elles ont écrites dans les documents des années précédentes. D'ailleurs, elles me conseillent de faire de même, d'autant que c'est encore plus facile pour moi. En effet, je remplis ces documents en français; or les inspecteurs ne parlent pas français; alors je pourrais bien écrire n'importe quoi...


En parlant d'inspecteur, les profs, y compris étrangers, sont contrôlés une fois par semestre. Ainsi, l'autre jour, il y avait un bonhomme planqué dans un coin de la classe avec son regard inquisiteur fixés sur moi pendant une heure... Non, je rigole. Il avait plutôt l'air de s'ennuyer ce qui se comprend puisqu'il est venu m'inspecter le jour où je préparais les étudiants à un test français (qui n'existe qu'en Chine, obligatoire pour les étudiants de 2ème année). J'utilisais des annales de ce test : il s'agissait de leur donner à lire 3 textes et de répondre aux  QCM qui les accompagnaient, le tout en 30 minutes. Alors, évidemment, ce n'était pas très intéressant pour le malheureux. Il n'a finalement pu me juger que sur une petite vingtaine de minutes. Et juger quoi d'ailleurs ? L'apparence n'est pas tout ! Comment peut-il savoir si j'explique bien, si je réponds bien aux questions des étudiants, si je suis claire... Il peut juste observer si les étudiants participent ou si j'utilise le tableau ou montre des power point ou si je souris en parlant... Non, sérieusement, je ne vois pas ce qu'il peut noter. Il ne sait rien de mes objectifs pour le cours, comment je le conduis, s'il correspond aux objectifs que j'avais fixé,...D'autant plus qu'il n'est resté que pendant la première heure et non pas tout le cours. De toute façon, personne ne me donne les résultats. Je ne crois pas que ce soit parce que je sois mauvaise; les étudiants sont apparemment satisfaits de mon travail, mais c'est juste tout le temps comme ça : le prof étranger est toujours un peu tenu à l'écart ou alors on estime que ce genre d'inspection n'évalue pas grand chose. Mais par exemple, si je n'attache pas d'importance à l'inspecteur, l'évaluation par les étudiants m'intéresse. Or, la directrice ne m'en parle pas !! Pourquoi ?? Je sais que nous sommes évalués par les étudiants puisque l'autre jour, alors que je discutais avec une collègue des 1ère année et de mes doutes concernant leur intérêt pour mon cours, celle-ci m'a répondu que je n'avais pas à m'inquiéter puisqu'au premier semestre, ils avaient noté de façon très positive mon cours... Ah ben, merci. Vous ne pourriez pas me donner ce genre d'informations ??? Ce serait quand même utile pour améliorer mes cours ! De même, certains étudiants de 2ème année auraient voulu que j'utilise plus d'annales pour les préparer au test dont j'ai parlé précédemment. Pourquoi ne me l'ont-ils pas demandé directement ? Pourquoi est-ce une collègue et pas la directrice qui me l'a dit ? Pourquoi n'ont-ils fait cette évaluation qu'à la fin du semestre et pas après un mois de cours, par exemple, ce qui m'aurait permis de changer les cours ? C'est l'un des points qui m'exaspère. J'ai vraiment l'impression d'être la dernière roue du carrosse. Mais à Qingdao, c'était déjà comme cela...


Après ce bilan, vous ne serez pas surpris de savoir que …. je rempile !!!! Et oui, pas dégoûtée, j'ai décidé de rester un an de plus dans cette école. Il se pourrait que des raisons non professionnelles ne soient pas étrangères à cette décision, mais ceci est une autre histoire.... A l'année prochaine, donc. J'essaierai d'être plus prolixe; on verra bien ce que Shenzhen me réservera !!

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 15:32
Comme d'habitude, je n'ai pas de congés pour Noël; j'ai même 6 heures de cours ce jour-là !

Cela dit, je ne me plains pas car nous - les profs étrangers - avons eu droit a un repas de Noël ce midi et à un petit cadeau. On nous a servi de la dinde (elle était énorme, la taille d'un mammouth...), le reste était chinois. Quant au cadeau, j'ai reçu une broche mais surtout une enveloppe pleine de billets de 100 yuans dont le total équivalait à .... 70 % de mon salaire à Qingdao l'an dernier !! En fait, je ne m'étonne pas que nous soyons si bien payés dans cette école car je ne vois pas quelle autre raison pourrait nous inciter à y rester... Je suis d'ailleurs surprise quand je parle avec les autres profs étrangers : la plupart sont là depuis quelques années.

Mis à part ces petites réjouissances, c'est plutôt une période que je déteste parce que les examens ont commencé cette semaine (pour les 3ème année). La bonne nouvelle, c'est que je ne les aurai plus au second semestre mais la mauvaise nouvelle, c'est que je dois corriger leurs copies. Ce n'est pas ce qui me pose problème, ce qui m'ennuie c'est que je suis censée trouver des points. Or, c'est la catastrophe, évidemment. Je me suis vraiment efforcée de préparer les examens les plus simples possibles, de coller au cours, de ne faire aucune surprise, mais comme ils ne font rien et qu'ils ne suivent pas les cours régulièrement.... Que puis-je faire face à ces étudiants ? Vous rendez-vous compte que l'autre jour une des étudiantes de 3ème année ne savait même pas dire "mercredi" en français ???? Vous imaginez bien qu'en cours d'expression écrite ou de français des affaires, je ne peux rien faire avec ce genre d'étudiants. Mais il fallait quand même que j'avance dans le programme; donc un certain nombre d'étudiants étaient complètement "à la ramasse". Aucune chance qu'ils réussissent les examens.

Et c'est ce qui me préoccupe car étant en dernière année, ils vont être diplômés en juin (notez que je ne dis pas "ils devraient être" mais "ils vont être"). Et comme d'habitude avec mes chers amis chinois, pas moyen d'avoir une réponse claire.
Quand j'essaie de savoir ce qui se passe pour les étudiants qui ne peuvent atteindre les 60 sur 100 (les examens sont sur 100 et la note de passage est 60), j'obtiens ce genre de réponse :
 "Il faut qu'ils réussissent car ils sont en dernière année" . Traduction = Armel, tu dois leur donner 60 sinon le département va se faire remarquer si certains étudiants ne peuvent pas être diplômés"

Mais ce n'est pas mon seul souci. En effet, dans certaines matières, je n'ai pas d'examen final à organiser car c'était un contrôle continu; ce qui donne les 3 situations suivantes :
a) étudiants travailleurs et qui ont réussi les petits tests organisés pendant le semestre = pas de problèmes
b) étudiants présents en cours mais qui ont échoué aux petits tests = ??
c) étudiants souvent absents et sans notes = ????

Réponses de mes collègues ou de la directrice :
"Tu peux donner 60 à ceux qui sont venus même s'ils ont raté les tests."
(Soit... je suppose que je n'ai pas le choix. Et pour les bons, je donne 100 alors, tant qu'à faire... Bon, disons que je suis d'accord, qu'est-ce que je fais pour les étudiants dans le cas c ?)
"......."
(Bien, bien, bien. Autrement dit "fais comme tu veux, Armel" mais, en réalité, "débrouille-toi pour qu'à la fin, ils réussissent à avoir la moyenne." Bien, bien, bien. Mais encore ? Je dois inventer des notes ? ou quoi ??? )

Je n'ai pas obtenu de réponse définitive. Apparemment, il est possible d'organiser des rattrapages au second semestre mais une de mes collègues plus directe m'a dit qu'il valait mieux abandonner cette idée car ces étudiants ne peuvent pas réussir les rattrapages, d'autant plus qu'ils n'auront plus cours à ce moment-là et qu'ils auront tout oublié en français (déjà qu'ils ne savent rien). Cet éclairage de la situation ne m'aide pas vraiment. Je ne sais toujours pas ce que je vais faire de ces étudiants...

Mais, j'ai gardé le meilleur pour la fin. Ces étudiants (ceux du cas c) ne reculent devant rien. Ils sont allés voir ma collègue (pas moi car ils ne savent pas faire une phrase en français) pour lui demander de me dire de les laisser passer !!! C'est incroyable, non ? I s ne manquent pas de culot ! C'est quoi ce système ??? De toute façon, je ne vois pas pourquoi ils s'inquiètent puisque je suis obligée de leur donner la moyenne... C'est trop facile. Ils n'ont rien fait pendant 3 ans et vont sortir avec un diplôme en poche. Je me demande quelle valeur a leur diplôme. Je pense qu'en fait, cela ne compte guère, c'est trop tard pour eux. Pour les Chinois, ce qui est important c'est l'université dans laquelle on a pu entrer. Peu importe le niveau avec lequel on en sort. Or, mes étudiants ont échoué à entrer dans une université; donc les autres Chinois ont de toute façon une idée négative de leurs compétences (même si certains ont un bon niveau et travaillent bien).

Enfin, voilà, je vais m'amuser dans les semaines à venir à jouer avec ma calculatrice. De prof de français je vais me transformer en prof de maths, si ça continue...
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