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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 05:22

Les années passent et se ressemblent... J'ai un peu l'impression d'en être toujours restée au même stade par rapport à ma compréhension de la Chine ou plutôt de mon incompréhension. Cela dit, je crois que plus qu'une question de compréhension, c'est le problème de la comparaison. Lorsque l'on cesse de comparer systématiquement une culture à la sienne, c'est qu'on l'a intégrée, assimilée. Cela ne signifie pas qu'on ne puisse pas la critiquer, mais à condition qu'on le fasse sans jugement de valeur par rapport à sa culture d'origine.

Je ne suis pas patriote (patriote bretonne, certainement, française, non !), et pourtant, j'ai remarqué à quel point il est difficile de garder un point de vue neutre et de ne pas juger. On pourrait espérer que tant d'années loin de la France me conféreraient plus de sagesse, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas....

En conséquence, j'avoue que je ne m'habitue pas à un certain nombre de comportements en Chine.

 

Je ne supporte pas le manque de professionnalisme de certaines de mes collègues ou des employés dans l'administration à l'université (pire qu'en France). Ils sont toujours les yeux et les doigts glués sur l'écran de leur portable, ils ne respectent pas les horaires, changent les plans au dernier moment, n'aident jamais les autres si ça ne fait pas partie de leurs tâches.... C'est-à-dire qu'il n'y a pas de polyvalence, en fait. Quand on a une question, il faut toujours trouver la personne adéquate pour y répondre. Et lorsqu'une question pose problème, elle est tout simplement ignorée. 

 

Par rapport au manque de professionnalisme à l'université, combien de fois ma directrice est-elle arrivée en retard à des activités extrascolaires ? Combien de fois ai-je vu des profs ne rien écouter lors d'une compétition mais pianoter sur les touches de leur smartphone (alors qu'ils étaient censés être juges et choisir les vainqueurs) ? Combien de fois ai-je vu des responsables venir à tels ou tels événements en touristes ? Ils restent une vingtaine de minutes, s'éclipsent en cours et on ne les revoit plus de la soirée. 

 

Quand à la vie quotidienne, j'ai parfois des envie d'assommer les ménagères chinoises avec mes aubergines quand je fais la queue au supermarché et qu'elles n'arrêtent pas de me griller la politesse. 

 

Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe dans la tête des Chinois. On ne peut pas tout excuser sous le prétexte de différences culturelles. Il ne s'agit pas non plus de politesse. A l'évidence, la politesse est une notion bien différente entre la Chine et la France et ne m'a jamais vraiment dérangée. En France, nous sommes en fait très hyporcrites. Nous disons "Bonjour" et "Merci" dans les magasins et les restaurants et nous saluons (parfois) notre voisins de palier, même s'il arrive qu'on méprise cette personne. En Chine, pas de fausse politesse, donc. Je n'ai jamais vu les gens de mon immeuble se saluer et les Chinois ne remercient jamais les vendeurs ou les serveurs. Mais, finalement, on ne s'en porte pas plus mal.

 

Non, ce qui me gêne en Chine, c'est plutôt l'absence de règles sociales ou de leur application et la totale indifférence par rapport aux autres ("après moi, le déluge"). En effet, ça m'est égal que mon voisin me dise "bonjour" ou pas, par contre, ça m'ennuie énormément si quelqu'un me double dans une file. J'ignore s'il s'agit de déculturation. Je pencherais pour l'hypothèse de la très grande population chinoise. Comme les Chinois sont très nombreux, s'ils commencent à penser aux autres, ils n'arriveront jamais nulle part ou n'obtiendront jamais rien. Cela dit, il n'est pas possible que la société chinoise poursuive dans cette voie. Comme tous les Chinois se massent dans les grandes métropoles de l'est de la Chine, je ne vois pas comment les gens pourront vivre ensemble dans un semblant d'ordre et d'efficacité  si la règle du chacun pour soi continue à être le principe de base de tous les comportements.

 

Un jour, tu es en face de l'employée chargée de peser les légumes et les fruits au supermarché. Tu as trois sachets dans les main. Du coin de l'oeil, tu vois une femme s'approcher et tu l'observes se poser à côté de toi et non pas derrière toi (ce qui dans le monde est généralement connu sous l'expression "faire la queue"). Bref, tu poses son premier sachet sur la balance et, lorsque l'employée te le tend après avoir collé l'étiquette, la Chinoise à côté de toi se précipite pour poser un de ses sachets sur la balance. Du coup, tu dois lui forcer la main et poser le tien avant elle. Pas résignée, elle persiste et elle récidive le coup d'après et tu dois à nouveau la prendre de vitesse. Tu hallucines. Vous me direz, pourquoi faire tant d'histoires pour un sachet d'aubergines, de carottes et de courgettes ?

Toujours au supermarché (depuis que je suis mariée, je prends des exemples de vraie ménagère, lol). A la caisse, le client devant toi va systématiquement laisser son chariot sur place une fois qu'il a déposé les produits sur le tapis roulant. Donc, tu te retrouves en sandwich entre le chariot abandonné devant toi (que tu ne peux pas déplacer car le client prend son temps à la caisse et bouche le passage) et le chariot que pousse le client de derrière sans égard pour tes talons. Et, puis quand le client part enfin, il n'a pas un regard pour toi et le chariot qu'il a laissé en plan au milieu du passage. 

Ces deux anecdotes sont typiques de la vie quotidienne ici. Tout est une lutte ou alors il faut se laisser écraser. Ce sont plus des inconvénients que des combats, je le reconnais volontiers, pourtant c'est pénible car c'est partout et tout le temps. 

 

Vous faites sagement la queue sur le quai en attendant le métro mais dès qu'il arrive et que les portes s'ouvrent, des passagers surgissent de tous les côtés, courent pour être les premiers à entrer, vous doublent ou même vous poussent alors que, vous essayez de laisser descendre les autres d'abord. Peine perdue... Vous étiez le premier à attendre sur le quai, vous montez le dernier avec des orteils écrasés et des coups de coude dans le dos en cadeau. 

Et puis - je sais je radote -, pourquoi les Chinois crient-ils forcément ou n'utilisent pas d'écouteurs quand ils sont au téléphone dans le bus ou le métro ? L'autre jour, j'ai été fait des courses dans le centre de Canton. Pour rentrer, il faut prendre le bus pendant une heure. Mon voisin voulait écouter de la musique, apparemment. Pendant 57 minutes, j'ai eu le droit à un concert d'opéra chinois puisque, non content d'écouter de la musique sans mettre d'écouteurs, il a fallu en plus qu'il commence à chanter à tue-tête. Là, vous pouvez imaginer combien de regards noirs je lui ai lancés. En vain, évidemment. 

L'autre jour, nous étions au cinéma. Nous sommes allés voir Jurassic Park. En Chine, les places sont numérotées et quand on achète son ticket, on choisit sa place dans la salle. Ce jour-là, nous nous sommes donc installés à nos places. Quelques minutes après le début du film, une famille s'est assise à côté de nous à grand renfort de bruits. Non seulement les enfants n'ont pas cessé de faire des commentaires pendant tout le film sans que les parents les arrêtent mais en plus, vers la fin du film, le père de famille à côté de mon mari a ... répondu à un appel téléphonique ! Il a simplement collé l'appareil à son oreille et a commencé à parler normalement sans essayer de chuchoter. Mon mari lui a fait signe de baisser de ton, mais l'homme n'en a rien fait. Mon mari a dû répéter deux fois le geste avant que, finalement, l'importun ne se lève lentement et ne sorte de la salle tout en continuant à parler à voix haute dans son téléphone. Il n'est pas revenu mais vu qu'il nous avait embêté tout le film avec la pollution lumineuse en pianotant sans arrêt sur son téléphone, on se doute que le film ne l'intéressait pas tellement... L'attitude de certains individus est vraiment ahurissante !

 

C'est ce qu'il y a de bien avec les Chinois. Ils s'en fichent totalement des autres. 

Quand je dis bien, je ne suis pas ironique. Le côté positif, c'est qu'on peut s'habiller, se coiffer comme on veut, personne ne vous regarde en se moquant de vous, par exemple. Si vous poussez les gens, jetez votre cigarette sur le sol du restaurant, écrasez les pieds du voisin sans vous excuser, laissez votre enfant faire pipi par terre ou jetez vos déchets n'importe où; personne ne vous fera aucune remarque ou ne vous regardera avec un air de reproche. 

 

Le côté négatif, c'est que vous pouvez pousser les gens, jeter votre cigarette sur le sol du restaurant (alors qu'il y a une pancarte "interdit de fumer"), écraser les pieds du voisin sans vous excuser, laisser votre enfant faire pipi partout (dans la poubelle dans le bus, sur le trottoir, dans les couloirs d'un grand magasin...) ou jeter vos déchets n'importe où (dans les allées du bus, sous les sièges, sur le trottoir, par la fenêtre des véhicules, dans l'eau, sur les pelouses, dans les bosquets, etc...) sans que personne ne s'en émeuve.

 

Une autre attitude qui me laisse perplexe en Chine, c'est la place, l'occupation de l'espace. C'est assez curieux. Le comportement typique, c'est qu'un Chinois ne va jamais bouger de l'espace qu'il occupe (à moins qu'il ne puisse gagner des places dans une queue, bref qu'il y ait quelques avantages). C'est pourquoi, lorsque le métro ou le bus est bondé, même s'il y a de l'espace au fond du bus ou au milieu du métro, personne ne va bouger (en dépit des vociférations du chauffeur de bus) de sorte que les passagers qui souhaitent monter doivent forcer le passage et pousser tout le monde. Les Chinois vont donc préférer être bousculés plutôt que de simplement se mouvoir d'une vingtaine de centimètres pour faire de la place aux nouveaux passagers. De même, une fois assis dans le bus du côté du couloir, ils ne vont pas bouger pour faire de la place et s'asseoir côté fenêtre et ils ne vont d'ailleurs même pas faciliter le passage pour ceux qui souhaitent s'asseoir côté fenêtre. Du coup, il faut toujours enjamber quelqu'un en s'accrochant comme on peut car les chauffeurs de bus sont loin d'être la douceur incarnée. 

Par ailleurs, dans une queue au passage de la douane, lorsqu'un couple se retrouve séparé avec, par exemple, l'homme à l'avant et la femme derrière avec une dizaine de personnes entre eux, si elle ne parvient pas à rejoindre son mari, il ne va pas pour autant laisser passer les gens derrière lui et ne va pas chercher à revenir au niveau de sa femme. J'imagine qu'une fois la queue terminée, il l'attendra pourtant pour continuer leur chemin ensemble. Donc, quel intérêt ? A moins qu'ils n'espèrent que la femme puisse remonter la file à un moment ou un autre. Ce serait anecdotique si je n'avais pas noté cette curieuse manie plusieurs fois.

Tout ceci également pour dire que comme les Chinois ne veulent jamais céder la place ou le passage, ils vont donc vous tout le temps vous coller que ce soit pour monter dans les transports en communs ou dans les queues (ce qui n'est franchement pas agréable quand il fait 34°C et une humidité de 100%). S'il y a une distance de politesse en Chine, je ne l'ai jamais expérimentée. Je suppose que là encore on pourrait avancer l'argument de la population. Avec plus d'un milliard de concitoyens, si l'on laisse un peu de place, quelqu'un d'autre va en profiter... La seule exception notoire, c'est que les Chinois cèdent relativement volontiers leur place aux personnes âgées et aux parents avec des bébés, en tout cas, plus qu'en France par rapport à mes souvenirs. 

 

Voilà un peu les petites choses qui m'agacent en Chine. Cela dit, je ne dis pas que la vie en France est plus agréable. Je me souviens des serveurs méprisants, des gens faussement polis mais qui lâchent un grand soupir qui vous fait bien comprendre ce qu'ils pensent de vous sans compter le racisme ambiant auquel doivent faire face les étrangers. Un Chinois en France doit affronter des obstacles bien plus séireux que les Français (ou occidentaux) en Chine.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 03:58

Les années passent et se ressemblent... J'ai un peu l'impression d'en être toujours restée au même stade par rapport à ma compréhension de la Chine ou plutôt de mon incompréhension. Cela dit, je crois que plus qu'une question de compréhension, c'est le problème de la comparaison. Lorsque l'on cesse de comparer systématiquement une culture à la sienne, c'est qu'on l'a intégrée, assimilée. Cela ne signifie pas qu'on ne puisse pas la critiquer, mais à condition qu'on le fasse sans jugement de valeur par rapport à sa culture d'origine.

Je ne suis pas patriote (patriote bretonne, certainement, française, non !), et pourtant, j'ai remarqué à quel point il est difficile de garder un point de vue neutre et de ne pas juger. On pourrait espérer que tant d'années loin de la France me conférerait plus de sagesse, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas....

En conséquence, j'avoue que je ne m'habitue pas à un certain nombre de comportements en Chine.

 

Je ne supporte pas le manque de professionnalisme de certaines de mes collègues ou des employés dans l'administration à l'université (pire qu'en France). Ils sont toujours les yeux et les doigts glués sur l'écran de leur portable, ils ne respectent pas les horaires, changent les plans au dernier moment, n'aident jamais les autres si ça ne fait pas partie de leurs tâches à moins qu'ils n'aient quelque chose à gagner en échange.... C'est-à-dire qu'il n'y a pas de polyvalence, en fait. Quand on a une question, il faut toujours trouver la personne adéquate pour y répondre. Et lorsqu'une question pose problème, elle est tout simplement ignorée. 

 

Par rapport au manque de professionnalisme à l'université, combien de fois ma directrice est-elle arrivée en retard à des activités extrascolaires ? Combien de fois ai-je vu des profs ne rien écouter lors d'une compétition mais pianoter sur les touches de leur smartphone (alors qu'ils étaient censés être juges et choisir les vainqueurs) ? Combien de fois ai-je vu des responsables venir à tels ou tels événements en touristes ? Ils restent une vingtaine de minutes, s'éclipsent en cours et on ne les revoit plus de la soirée. 

 

Quand à la vie quotidienne, j'ai parfois des envie d'assommer les ménagères chinoises avec mes aubergines quand je fais la queue au supermarché et qu'elles n'arrêtent pas de me griller la politesse.

 

Je ne comprends vraiment pas ce qui se passe dans la tête des Chinois. On ne peut pas tout excuser sous le prétexte de différences culturelles. Il ne s'agit pas non plus de manque de respect ou de politesse. A l'évidence, la politesse est une notion bien différente entre la Chine et la France et ne m'a jamais vraiment dérangée. En France, nous sommes en fait très hyporcrites. Nous disons "Bonjour" et "Merci" dans les magasins et les restaurants et nous saluons (parfois) notre voisins de palier, même s'il arrive qu'on méprise cette personne ou que l'on n'a aucune relation personnelle avec cette personne.  Réfléchissez un peu : le pourboire en France est typique de notre état d'esprit. On paie pour que quelqu'un soit plus aimable. Je caricature mais c'est l'idée quand même. Aux Etats-Unis, le pourboire fait partie du salaire. En France, c'est au client de juger combien il veut laisser en fonction du service qui lui a été offert. Cela illustre quand même bien l'hypocrisie de notre système. Au Japon, par exemple, si vous laissez un pourboire, c'est un crime. Le serveur sera extrêmement choqué et ne l'acceptera pas. Payer pour un service est inimaginable au Japon. En Chine, pas de fausse politesse, donc. Pas de pourboire, je n'ai jamais vu les gens de mon immeuble se saluer et les Chinois ne remercient jamais les vendeurs ou les serveurs. Mais, finalement, on ne s'en porte pas plus mal.

 

Non, ce qui me gêne en Chine, c'est plutôt l'absence de règles sociales ou de leur application et la totale indifférence par rapport aux autres ("après moi, le déluge"). En effet, ça m'est égal que mon voisin me dise "bonjour" ou pas, par contre, ça m'ennuie énormément si quelqu'un me double dans une file. J'ignore s'il s'agit de déculturation. Je pencherais pour l'hypothèse de la très grande population chinoise. Comme les Chinois sont très nombreux, s'ils commencent à penser aux autres, ils n'arriveront jamais nulle part ou n'obtiendront jamais rien. Cela dit, il n'est pas possible que la société chinoise poursuive dans cette voie. Comme tous les Chinois se massent dans les grandes métropoles de l'est de la Chine, je ne vois pas comment les gens pourront vivre ensemble si la règle du chacun pour soi continue à être le principe de base de tous les comportements.

 

Un jour, tu es en face de l'employée chargée de peser les légumes et les fruits au supermarché. Tu as trois sachets dans les main. Du coin de l'oeil, tu vois une femme s'approcher et tu l'observes se poser à côté de toi et non pas derrière toi (ce qui dans le monde est généralement connu sous l'expression "faire la queue"). Bref, tu poses son premier sachet sur la balance et, lorsque l'employée te le tend après avoir collé l'étiquette, la Chinoise à côté de toi se précipite pour poser un de ses sachets sur la balance. Du coup, tu dois lui forcer la main et poser le tien avant elle. Pas résignée, elle persiste et elle récidive le coup d'après et tu dois à nouveau la prendre de vitesse. Tu hallucines. Vous me direz, pourquoi faire tant d'histoires pour un sachet d'aubergines, de carottes et de courgettes ?

Toujours au supermarché (depuis que je suis mariée, je prends des exemples de vraie ménagère, lol). A la caisse, le client devant toi va systématiquement laisser son chariot sur place une fois qu'il a déposé les produits sur le tapis roulant. Donc, tu te retrouves en sandwich entre le chariot abandonné devant toi (que tu ne peux pas déplacer car le client prend son temps à la caisse et bouche le passage) et le chariot que pousse le client de derrière sans égard pour tes talons. Et, puis quand le client part enfin, il n'a pas un regard pour toi et le chariot qu'il a laissé en plan au milieu du passage. Non, mais, séireux, c'est quoi cet état d'esprit ? 

Ces deux anecdotes sont typiques de la vie quotidienne ici. Tout est une lutte ou alors il faut se laisser écraser. Ce sont plus des inconvénients que des combats, je le reconnais volontiers, pourtant c'est pénible car c'est partout tout le temps.

 

Vous faites sagement la queue sur le quai en attendant le métro mais dès qu'il arrive et que les portes s'ouvrent, des passagers surgissent de tous les côtés, courent pour être les premiers à entrer, vous doublent ou même vous poussent alors que, vous essayez de laisser descendre les autres d'abord. Peine perdue... Vous étiez le premier à attendre sur le quai, vous montez le dernier avec des orteils écrasés et des coups de coude dans le dos en cadeau. 

Et puis - je sais je radote -, pourquoi les Chinois crient-ils forcément ou n'utilisent pas d'écouteurs quand ils sont au téléphone dans le bus ou le métro ? L'autre jour, j'ai été fait des courses dans le centre de Canton. Pour rentrer, il faut prendre le bus pendant une heure. Mon voisin voulait écouter de la musique, apparemment. Pendant 57 minutes, j'ai eu le droit à un concert d'opéra chinoise puisque, non content d'écouter de la musique sans mettre d'écouteurs, il a fallu en plus qu'il commence à chanter à tue-tête. Là, vous pouvez imaginer combien de regards noirs je lui ai lancés. En vain, évidemment.

 

C'est ce qu'il y a de bien avec les Chinois. Ils s'en fichent totalement des autres.

Quand je dis bien, je ne suis pas ironique. Le côté positif, c'est qu'on peut s'habiller, se coiffer comme on veut, personne ne vous regarde en se moquant de vous, par exemple. Si vous poussez les gens, jetez votre cigarette sur le sol du restaurant, écrasez les pieds du voisin sans vous excuser, laissez votre enfant faire pipi par terre ou jetez vos déchets n'importe où; personne ne vous fera aucune remarque ou ne vous regardera avec un air de reproche. 

 

Le côté négatif, c'est que vous pouvez passer les gens, jeter votre cigarette sur le sol du restaurant (alors qu'il y a une pancarte "interdit de fumer"), écraser les pieds du voisin sans vous excuser, laisser votre enfant faire pipi partout (dans la poubelle dans le bus, sur le trottoir, dans les couloirs d'un grand magasin...) ou jeter vos déchets n'importe où (dans les allées du bus, sous les sièges, sur le trottoir, par la fenêtre des véhicules, dans l'eau, sur les pelouses, dans les bosquets, etc...) sans que personne ne s'en émeuve.

 

Une autre attitude qui me laisse perplexe en Chine, c'est la place, l'occupation de l'espace. C'est assez curieux. Le comportement typique, c'est qu'un Chinois ne va jamais bouger de l'espace qu'il occupe (à moins qu'il ne puisse gagner des places dans une queue, bref qu'il y ait quelques avantages). C'est pourquoi, lorsque le métro ou le bus est bondé, même s'il y a de l'espace au fond du bus ou au milieu du métro, personne ne va bouger (en dépit des vociférations du chauffeur de bus) de sorte que les passagers qui souhaitent monter doivent forcer le passage et pousser tout le monde. Les Chinois vont donc préférer être bousculés plutôt que de simplement se mouvoir d'une vingtaine de centimètres pour faire de la place aux nouveaux passagers. De même, une fois assis dans le bus du côté du couloir, ils ne vont pas bouger pour faire de la place et s'asseoir côté fenêtre et ils ne vont d'ailleurs même pas faciliter le passage pour ceux qui souhaitent s'asseoir côté fenêtre. Du coup, il faut toujours enjamber quelqu'un en s'accrochant comme on peut car les chauffeurs de bus sont loin d'être la douceur incarnée. 

Par ailleurs, dans une queue au passage de la douane, par exemple, lorsqu'un couple se retrouve séparé avec la femme (ou l'homme) à l'avant et l'homme (ou la femme) derrière avec une dizaine de personnes entre eux, si l'homme ne parvient pas à rejoindre sa femme, elle ne va pas pour autant laisser passer les gens derrière elle et ne va pas chercher à revenir au niveau de son mari. J'imagine qu'une fois la queue terminée, la femme attendra pourtant son mari pour continuer leur chemin ensemble. Donc, quel intérêt ? A moins qu'ils n'espèrent que le mari puisse remonter la file à un moment ou un autre. Ce serait anecdotique si je n'avais pas noté cette curieuse manie plusieurs fois.

Tout ceci également pour dire que comme les Chinois ne veulent jamais céder la place ou le passage, ils vont donc vous tout le temps vous coller que ce soit pour monter dans les transports en communs ou dans les queues (ce qui n'est franchement pas agréable quand il fait 34°C et une humidité de 100%). S'il y a une distance de politesse en Chine, je ne l'ai jamais expérimentée. Je suppose que là encore on pourrait avancer l'argument de la population. Avec plus d'un milliard de concitoyens, si l'on laisse un peu de place, quelqu'un d'autre va en profiter... La seule exception notoire, c'est que les Chinois cèdent relativement volontiers leur place aux personnes âgées et aux parents avec des bébés, en tout cas, plus qu'en France par rapport à mes souvenirs. 

 

Voilà un peu les petites colères de la vie quotidienne en Chine. Cela dit, je ne dis pas que la vie en France est plus agréable. Je me souviens des serveurs méprisants, des gens faussement polis mais qui lâchent un grand soupir qui vous fait bien comprendre ce qu'ils pensent de vous et du racisme ambiant. Un Chinois en France doit faire face à bien plus d'obstacles que les Français (ou occidentaux) en Chine.

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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 08:01

Pas de grands changements pour moi en 2014, si ce n'est :

- mon mariage

- mon déménagement de Shenzhen

- mon emménagement à Guangzhou (Canton) chez mon mari

- mon nouveau travail à partir de septembre

- la chasse aux produits rares dans les supermarchés de Guangzhou pour faire de bons petits plats

 

Bref, rien de très spécial, donc.

 

Mais, commençons par parler de mon nouvel environnement.

 

Je me suis installée à Guangzhou dans l'appartement fourni par l'entreprise pour laquelle travaille mon mari. Nous habitons dans la banlieue, le district de Nansha.


http://www.shippingtribune.com/wp-content/uploads/2012/10/guangzhou.jpg

 

http://europe.chinadaily.com.cn/business/images/attachement/jpg/site1/20120509/f04da2db14841113ef4f0d.jpg

 

On ne peut pas se plaindre puisque nous ne payons pas de loyer et l'ensemble résidentiel où nous sommes - le Country Garden (南沙碧桂园) - est bien plus chic que l'immeuble où se trouvait ma chambre sur mon ancien campus !


juillet-2014 0306

 


 

Nous sommes logés au 3ème étage (balcon de droite). L'appartement donne sur la rue / l'avenue / le boulevard, c'est donc très bruyant et comme le balcon est couvert de particules noires et de poussières, on n'y met guère les pieds. J'aurais préféré la cour intérieure.


Voici l'entrée de la résidence.

 

juillet-2014 0314

 

Voici la cour intérieure.

 

juillet-2014 0315


juillet-2014 0317


Voici la cuisine et le salon.


juillet-2014 0326

(Vous noterez le papier toilette . Que voulez-vous, quand on vit en Chine depuis tant d'années, on fait comme les Chinois, on se sert du papier toilette pour plein de choses : essuie-tout, serviette, mouchoir...)


juillet-2014 0330


Voici la vue depuis le balcon (vue sur la gauche, la droite et en face de l'autre côté de la "rue")

 

juillet-2014 0324


juillet-2014 0323


juillet-2014 0322


Vous le voyez, tout est démesuré en Chine. La "rue" en face de notre résidence est une .... 8 voies ! Le pire, c'est que la circulation ne justifie pas une telle taille. Je me demande s'ils l'ont fait en prévision du développement futur de la ville ou juste parce qu'ils avaient de la place.


En face, ils ont fini de construire l'année dernière un supermarché à côté duquel plusieurs enseignes se sont installées (vous reconnaîtrez Pizza Hut ou KFC, par exemple). Ne vivons-nous pas dans un environnement très international ? J'ai même trouvé du beurre salé de la marque Elle et Vire dans le SPAR (le nom du supermarché) en face ! Ils vendent aussi de la mayonnaise, du miel ou du lait français. Il faut dire que j'ai croisé au moins une dizaine d'occidentaux dans le quartier depuis que je me suis installée ici. C'est incroyable !

Quand je venais voir mon copain il y a quelques années, on me regardait comme si j'avais 3 têtes mais maintenant je passe (presque) inaperçue ! Oh, joie ! Je me fonds à ce point dans le décor qu'un Chinois récemment m'a demandé de quelle province je venais. Soit il se moquait de moi, soit il était myope... Encore que, je peux imaginer qu'ils trouvent étrange qu'une étrangère vive dans ce quartier. Après tout, on m'a déjà demandé si je venais du Xinjiang (la province la plus à l'ouest de la Chine); alors je suppose que ce cette remarque n'est pas si incongrue...


Guangzhou accueille un grand nombre d'étrangers, mais le district de Nansha où nous sommes, est très loin du centre. Il nous faut entre 1h30 et 2h pour l'atteindre en transports en commun. La plupart des collègues de mon mari sont venus seuls en Chine; leur femme préférant rester au Japon pour que les enfants poursuivent leur scolarité là-bas et pour éviter les problèmes de sécurité personnelle et alimentaire ici. Pour les couples sans enfant, quelques femmes ont accompagné leur mari mais, dans ces cas-là, ils logent plus près du centre de Guangzhou. Les collègues de mon mari sont horrifiés à l'idée que j'habite à Nansha, comme si c'était le district le moins développé du monde. Certes, il n'y a pas de taxis, que des motos-taxis ou des faux taxis (mais je peux prendre le bus); certes, c'est loin du centre (mais j'ai un travail alors j'ai autre chose à faire que du shopping pendant la journée); certes, c'est loin de tout supermarché qui vend des produits importés (mais on ne pas va mourir si on achète des légumes au supermarché d'en face). Comme s'ils savaient ce qu'ils mangent quand ils vont au restaurant ? Je suis d'accord qu'il faut faire attention; mais de toute façon, on consomme des tas de produits dont on ignore l'origine et la façon dont ils sont manipulés. A choisir, je préfère manger les légumes du supermarché du coin bien lavés par mes soins et cuits dans de l'eau relativement propre (de la fontaine à eau) que des légumes dans un restaurant dont on ne sait s'ils ont été lavés ou pas. Bref, les commentaires des collègues de mon mari snobinards, collet-montés et très japono-conservateurs-je-déteste-tout-ce-qui-n'est-pas-japonais--mais-comme-je-gagne-beaucoup-plus-d'argent-ici-donc-j'y-reste m'énervent. 

En plus, j'ai une bonne raison pour avoir décidé de rester ici, c'est que j'ai un accès direct ou presque à mon futur lieu de travail. En effet, la ligne de méro n° 4 mène directement de Nansha (Jinzhou : le terminus de la ligne 4) au quartier universitaire ("Higher Education Mega Center", les traductions donnent des noms très pompeux...).

http://www.efairbooking.com/cantonfair/image/Location%20Map%20of%20Metro%20Canton%20Fairs.gif

http://www.guangzhou.gov.cn/node_2366/node_2376/img/2012/02/27/1330325346381243_1.jpg

 

Cela dit, je dois prendre un bus pour atteindre le métro (10 minutes + 15 à 20 minutes d'attente pour le bus); puis le métro (40 minutes) puis reprendre un bus pour atteindre l'université de Guangzhou (10 à 20 minutes). Ce n'est donc pas le plus pratique mais de toutes les autres écoles avec qui j'ai eu des contacts, c'était la plus proche de Nansha. En plus, j'aurais le droit à un logement sur le campus également; si jamais je dois partir tôt ou rester tard, ça peut être une option intéressante. Donc, ce n'est pas si mal.

 

Autrefois surnommé "la Sibérie" de Guangzhou, le district de Nansha de la taille de Singapour est situé au centre du Delta de la rivière des Perles. Pendant 30 ans, il a été plutôt ignoré par Guangzhou mais il s'est incroyablement développé récemment. Quand je venais passer le week-end chez mon copain (à l'époque) il y a quelques années, on ne voyait que des fermes piscicoles, des champs de bananiers, des gargottes, des palmiers, des maisons sur pilotis au bord des rivières,... (le portrait semble plutôt idyllique mais je ne mentionne pas les rivières aux eaux d'un noir huileux suspect, les odeurs, les décharges à ciel ouvert... ). 


http://img3.fengniao.com/album/upload/2/244/48784/9756635.jpg

 

En moins de 5 ans, la péninsule s'est transformée.


Exemple de la marina de Nansha :


http://www.asia-pacificboating.com/uploads/features/2011/09/img-5652.jpg

(il y a moins de 3 ans au début de sa construction)

http://www.charterworld.com/news/wp-content/uploads/2013/02/Nansha-Marina-the-first-superyacht-marina-in-China-that-has-joined-Art-Marine-Marinas-Destination-network-665x423.jpg

(maintenant)

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(projet)


Il faut dire que le gouvernement de Guangzhou a décidé d'investir dans ce district car il se trouve à la pointe du triangle Hong-Kong  - Macao - Guangzhou. C'est d'ailleurs à Nansha qu'il faut aller si on veut prendre le ferry entre Guangzhou et Hong-Kong. 

Les investisseurs considèrent que le potentiel de Nansha est immense et ils veulent en faire une zone verte facilement accessible, une zone pour prendre l'air et se relaxer. Il y a encore du travail - à mon avis - car ce n'est pas leurs espèces de parcs botaniques tout boueux ou leurs restaurants aux terrasses pleines de moustiques et aux chaises en plastique qui vont attirer les touristes en masse...

Plus de 300 projets d'investissement ont été présentés à Nansha ces 10 dernières années. De nombreuses routes ont été construites, de nouveaux quartiers résidentiels et commerciaux ont vu le jour. Comme je l'ai déjà dit, le changement s'est produit sous mes yeux. C'est bien simple : j'ai vu le supermarché en face de chez nous être édifié en un an. Et je ne peux même pas tenir le compte de tous les nouveaux gratte-ciels qui surgissent de terre chaque jour. C'est impressionnant. La ville de Jinzhou où je prends le métro est méconnaissable. Les rues du centre n'ont pas changé, mais tous les champs autour ont disparu pour laisser place à des immeubles.


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Nansha est en fait assez représentatif de ce qui se passe en Chine actuellement. Si on regarde de loin, on est médusé par le spectacle offert; mais si on s'approche, on remarque toutes les finitions mal soignées, les détails négligés, les erreurs de conception et la trop grande rapidité d'exécution. C'est d'ailleurs pourquoi les villes chinoises sont plus belles la nuit quand elles brillent de mille feux que le jour.

Nansha est également représentatif du décalage entre les investissements dans le hard power et le soft power. J'ai toujours l'impression en Chine qu'on cherche plus l'esbroufe que le résultat. On mise tout sur une architecture futuriste, des infrastructrures démesurées, des banques et des bureaux administratifs imposants, etc... Mais qu'en est-il de l'investissement au niveau des services, de l'éducation, des soins ? On voit des gens gravement mutilés mendier dans la rue, de vieilles femmes qui doivent faire les poubelles pour trier les bouteilles en plastique, des hommes aux traits burinés tirer des charettes au lourd chargement... Il faudrait offrir plus de sécurité dans les transports ou dans l'alimentation, par exemple. Dans chaque pays, il y a des injustices et c'est désespérant de voir des gens qui dorment dans la rue ou faire la manche dans le métro dans des pays riches comme la France. Mais, la Chine, pays qui se dit communiste, oups "à l'économie socialiste de marché", avec sa super croissance, ne devrait-elle pas montrer l'exemple ? Certes, la Chine a besoin de plus d'infrastructures et de quartiers résidentiels, mais faut-il mettre autant d'argent dans ces constructions ? Ne devrait-elle pas prendre plus de mesures pour tenter d'endiguer les écarts effroyables qui se creusent entre les riches et les pauvres ? Donc, voilà, à Nansha, des villes nouvelles se créent tous les jours, gracieuses et flamboyantes, et pendant ce temps-là, la vie des gens n'a pas tellement changé, elle, depuis ces dernières années.

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