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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 18:08

En ce moment, rien ne va nul part dans le monde. Pendant que l’Occident et les pays musulmans ont déclanché un énième choc civilisationnel et se débattent dans leurs contradictions, les 2ème et 3ème puissances économiques mondiales se sont également lancées dans un conflit dont je ne vois pas bien quelle pourrait en être l’issue.


http://ts2.mm.bing.net/images/thumbnail.aspx?q=4842859809341573&id=0487c65526e7297222ee938349b3eefcPour ceux qui n’ont pas suivis l’affaire, il faut savoir que les Chinois et les Japonais se disputent trois cailloux – excusez de l’irrévérence, le sujet est grave puisque l’on brûle des drapeaux pour cela, semble-t-il. En fait, il s’agit d’un groupe de trois îlots inhabités, appelés Senkaku par les Japonais et Diaoyu par les Chinois. Les Japonais pensent qu’elles leur appartiennent alors que les Chinois disent qu’elles font partie de leur territoire.

Pour l’historique, vous pouvez trouver des sites qui vous retracent tout cela. Mais, en gros, le Japon, ayant étudié la région et remarqué que ces îles étaient inhabitées, les a fait siennes en 1895. Après la 2nde guerre mondiale, le Japon a dû renoncer à un certain nombre de territoires, notamment Taiwan, par le Traité de San Francisco en 1851, mais ces îles n’ont pas été mentionnées et sont tombées sous la tutelle des Etats-Unis qui les ont rendues au Japon en 1972 avec Okinawa, d’ailleurs.

 

 


Il semblerait que la Chine n’ait rien objecté lors du Traité de 1951 et que ce ne sont que dans les années 70, après la découverte de ressources naturelles dans la région, que l’empire du Milieu et Taiwan ont commencé à revendiquer ces îles comme leur appartenant.


Personnellement, je n’ai pas d’avis sur la question, d’ailleurs faut-il en avoir un ? Je ne crois pas que quelqu’un ait raison, ou tort. Toute cette affaire est une simple question de point de vue. Il est vrai que ces îles sont proches de la Chine, et plus encore de Taiwan, ce qui en fait leur légitime propriétaire géographiquement parlant ; cependant, les Chinois n’en ont jamais parlé et puis soudain, comme par magie, on apprend que ces îles sont chinoises depuis des millénaires. Quant au Japon, il semblerait bien que la communauté internationale le considére comme le propriétaire depuis plusieurs années, d’autant que les Etats-Unis lui ont remis tout le « paquet » dans les années 70 sans se poser de questions. Les Japonais ont donc aussi une raison de se sentir légitimes.


Je ne connaissais évidemment pas l’existence de ces îles jusqu’à l’arrestation en 2010 de l’équipage d’un bateau de pêche chinois dans cette zone par des gardes-côtes japonais, relâchés par la suite. L’incident avait vivement ému les Chinois (c’est ce qu’on appelle un euphémisme !), des manifestations avaient eu lieu. Puis, les choses s’étaient calmées.


Toutefois, ce n’était que partie remise. En effet, les tensions ont repris mi-août cette année, lorsque des militants hongkongais ont débarqué sur l'une des îles. En réponse, des nationalistes japonais n’ont rien trouvé de mieux que de jeter de l’huile sur le feu et ont à leur tour hissé le drapeau japonais sur la même île pour en réaffirmer son appartenance au Japon. Ni une ni deux, manifestations tous azimuts en Chine. Vite calmées par le gouvernement – point trop n’en faut, on ne sait jamais jusqu’à quel point et à qui pourrait s’en prendre le peuple, n’est-ce-pas ?


Septembre 2012 : la situation s’emballe.


La semaine dernière, le Japon a déclaré qu’il désirait acheter ces îles (longue histoire : en fait, elles appartenaient à une famille japonaise qui les avait achetées à une autre famille qui possédait une usine sur l’une de ces îles jusqu’en 1940). Il me semble que le Japon a agi ainsi plutôt pour calmer les tensions. En effet, le maire de Tokyo, un nationaliste notoire qui a la langue bien pendue, avait brillamment déclaré peu de temps auparavant qu’il souhaitait que la mairie de Tokyo acquiert ces îles, histoire d’énerver les Chinois. Le gouvernement japonais, à mon avis, a donc voulu montrer à la Chine qu’il ne souhaitait pas voir des têtes brûlées contrôler ces îles. Peine perdue. Les Chinois n’ont pas vu du tout dans cette « nationalisation » un signe d’apaisement. Au contraire.


Cet achat a, effectivement, mis le feu aux poudres et depuis la semaine dernière, les médias chinois se déchaînent en affirmant que le Japon a touché à la souveraineté territoriale chinoise, que c'estinadmissible... Les Chinois se sont défoulés sur le web également. Toute cette colère a finalement pris la forme de manifestations dans plusieurs villes de Chine depuis vendredi, de destructions d’usines japonaises, de fermetures de restaurants japonais, d’appels au boycott des produits japonais... Les consulats et ambassades sont encerclés, parfois cassés ; des Chinois sont entrés dans des hôtels pour en expulser des clients japonais, des usines ont été brûlées ...


C’est assez bizarre car si je ne lisais pas les informations, je ne pense pas que je me rendrais compte de ce qui se passe. Dans mon quartier tout est calme. A l’université, je n’ai pas remarqué de rassemblements ou d’affiches. Il paraît que Shenzhen est l’une des villes où se sont passées des manifestations très violentes. Il est vrai que plus de 4000 japonais vivent ici et on y compte près de 400 entreprises japonaises. Mais, sincèrement, je n’ai rien vu de spécial. Et pourtant, il se passe bien quelque chose.


La semaine dernière, je révisais les nationalités en français avec mes étudiants de deuxième année. Vous savez, la différence entre le féminin et le masculin, par exemple « Je suis français. / Je suis française. ». Je leur faisais donc faire un exercice structural tout bête juste où nous répétions plusieurs noms de nationalité « Je suis chinois/ chinoise ; anglais/anglaise ; allemand/allemande... ». Arrivés à « Japonais/ Japonaise », j’ai soudain entendu un groupe d’étudiants dirent « Je ne suis pas japonais / Je ne suis pas japonaise. » Oups. La boulette. Je n’avais eu aucune arrière-pensée ; j’étais sur ma lancée et cette nationalité m’était venue naturellement à l’esprit. Point positif : mes étudiants maîtrisent la forme négative... En tout cas, je n’ai pas épilogué et j’ai vite enchaîné sur une autre nationalité. Incident clos. Toutefois, ce petit exemple n'est pas si anodin que cela et montre que le job d’un prof de fle n’est pas de tout repos : il faut non seulement bien connaître la langue, l’histoire et la culture de nos étudiants mais également leur susceptibilité. Un rien du tout peut être matière à des drames...


Si à l’université, je n’ai donc pratiquement rien remarqué de spécial ; ce n’est pas le cas de mon copain japonais travaillant dans une entreprise japonaise. Vendredi, leur entreprise leur a demandé d’éviter de sortir le week-end car des manifestations étaient prévues à Guangzhou et à Shenzhen. Lundi matin, plus de 2000 ouvriers bloquaient l’entreprise ; les employés ont donc dû rentrer chez eux. Sachant que de grandes manifestations étaient prévues le mardi (commémoration de l'incident de Mukden, prélude à l’invasion de la Chine par le Japon en 1931), l’entreprise a été fermée également ce jour-là. Hier, mon copain a appris qu’il y avait encore des tensions et que le travail n’allait pas encore reprendre. Finalement, il a dû resté chez lui aujourd'hui aussi. Le management a demandé à ses employés japonais d’éviter de sortir, de ne pas porter l’uniforme de l’entreprise (sur lequel est marqué le nom japonais de l’entreprise). Cela fait quatre jours que mon copain est cloîtré chez lui. Honnêtement, je ne pense pas que la situation soit si grave, mais je ne suis pas sur place pour juger. Il habite dans une petite ville et leur entreprise emploie plus de 4000 salariés chinois ; c’est-à-dire qu’une bonne partie des habitants travaillent pour des Japonais. Dans ces conditions, quelques employés japonais ne font effectivement pas le poids contre plusieurs centaines de Chinois en colère. Mon copain m’a rapporté que la semaine dernière des Chinois parlant japonais avec des Japonais dans un restaurant ont été pris à partie par d’autres chinois ; un grand drapeau chinois a été déployé devant l’un des restaurants japonais de la ville qui reste donc fermé pour l’instant... Il n’y a pas eu apparemment de violences physiques ou de destructions, mais vive l’ambiance !

 

Sur internet, quelqu'un a déniché une vidéo qui montre des employés de l'entreprise où travaille mon copain en train de manifester. Certains commentaires sous la vidéo disent : "Courage la Chine !" ; "A bas le Japon"; "Boycottons les produits japonais"; "le petit Japon"...

Si le travail reprend demain, je me demande bien dans quelle atmosphère et dans quelles conditions....

 

Le gouvernement chinois menace le Japon de représailles économiques si ce dernier persiste dans son attitude, est-ce sérieux ? Le Japon est le 1er parternaire économique de la Chine et quand on voit l’entreprise où travaille mon copain qui emploie plusieurs milliers de Chinois, ce serait comme se tirer une balle dans le pied. Que fera le gouvernement chinois de tous les chômeurs chinois des usines et entreprises japonaises qui auront fermé ou seront retournées au Japon ?


Le problème, c’est que le gouvernement chinois ne peut pas reculer. Si les Chinois sont en colère contre le Japon, le courroux pourrait bien se retourner vers le gouvernement jugé trop passif ou attentiste.

Quant au Japon, bien que les Japonais pour la plupart n’aient pas de revendications nationalistes aussi fortes, reculer montrerait sa faiblesse face à la Chine qui a tendance ces derniers temps à réclamer plusieurs territoires dans la région (dispute avec les Philippines récemment, par exemple). Céder face à la Chine pour une chose signifierait céder pour tout.


Il faut ne pas oublier un point essentiel à toute cette affaire et d’ailleurs à toutes les querelles qui surgissent entre la Chine et le Japon. Pourquoi les tensions montent-elles si rapidement entre ces deux pays ? Pourquoi cette tendance à un nationalisme exacerbé chez les Chinois ? Certes, des intérêts économiques et géo-politiques sont en jeux. Mais, le fond de toute cette histoire, à mon avis, c’est tout bêtement les plaies non cicatrisées de la seconde guerre mondiale. Les Japonais n’ont jamais voulu et/ou pu s’excuser véritablement auprès des Chinois et le gouvernement chinois n’est pas innocent non plus car il en joue. Dès que la situation intérieure est un peu tendue ou qu’il veut faire changer de sujet, il jette le Japon en pâture, pour une raison ou una autre, aux Chinois corroucés qui adorent détester le Japon. Le Japon n’a jamais vraiment réussi à admettre le passé, mais la Chine est également coupable d’entretenir la haine.


Je ne sais pas comment la situation va évoluer. Je ne pense quand même pas que cela va déboucher sur une guerre, ni même économique. Les Japonais ont trop à perdre, mais les Chinois aussi. Cependant, je ne vois pas quelle solution est envisageable. Je n’imagine pas l’un ou l’autre céder un pouce de terrain. En même temps, je ne crois pas que le gouvernement chinois soit dans une position confortable. Les journaux appellent ces jours-ci la population à se calmer ; preuve que les autorités chinoises commencent à s’inquiéter de l’amplitude des manifestations. Que va donc faire le gouvernement chinois ? Ne rien faire et mécontenter son peuple ? Mettre en oeuvre des sanctions économiques et pénaliser son peuple ?  

En attendant, je me demande comment se sentent les étudiants et les profs de japonais ; les serveurs et employés chinois dans les entreprises et restaurants japonais.

La suite ou la fin des événements dans un prochain article...

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Published by armel - dans Vie à Shenzhen
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