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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 13:18

Une énième année ici à l’institut polytechnique de Shenzhen. Et c'est à la fois toujours un peu semblable mais jamais pareil...


D’une année sur l’autre, on a des classes plus ou moins faciles. Ou difficiles (la question du verre d’eau à moitié plein ou vide...)


Prenons l’exemple de ma classe de 2ème année. On y trouve le lot habituel de « cancres » (environ un quart des étudiants tout de même). Ah, ces garçons... ce n’est pas une légende de dire que les filles sont plus sérieuses. Je me demande pourquoi, d’ailleurs. Elles auraient plus peur du prof ? Des parents ? Je mettrais bien ça sur le compte de la génétique mais puisque j’ai un  certain nombre de filles qui font également partie de cette catégorie.... Ces étudiants-là sont souvent absents, viennent en classe en touristes (souvent sans les photocopies que j’avais distribuées le cours précédent, sans cahier, voire sans stylo...). Je n’ai ni les moyens de leur mettre la pression (ce n’est pas comme s’ils n’allaient pas avoir leur diplôme à la fin... après 4 ou 5 sessions de rattrapages) ni la possibilité de les motiver (puisqu’ils sont dans cette section par défaut ? hasard ? ennui ? erreur ? pour passer le temps quand ils en ont marre de jouer sur internet ? parce qu’ils se sont trompés de salle de classe ? ...). Certains profs auraient peut-être la foi et feraient tout pour les récupérer. Mais, franchement, je manque d’imagination et de temps. On doit avancer dans les cours et je ne peux pas faire du baby-sitting car il y a tout de même des étudiants qui veulent apprendre quelque chose.

 

Une bon tiers (voire une bonne moitié) de la classe forme le groupe des « lobotomisés ». Ce sont qui sont présents physiquement mais dont l’esprit erre dans de vastes espaces au-delà des frontières terrestres. Ces étudiants sont un mystère... Par exemple, il m’arrive parfois de commencer à interroger les étudiants les uns après les autres en leur posant la même question ou une question équivalente (pour leur faire travailler tel ou tel point de grammaire et être sûre qu’ils assimilent ce point particulier). Ils voient qu’ils vont tous y passer, ils ont le temps de préparer leur réponse avant que leur tour n’arrive, ils peuvent écouter et s’inspirer de leurs camarades, ils ont même le temps de demander à leur voisin quelle est la question s’ils sont vraiment à la ramasse. Bref... Et j’arrive au 31ème étudiant, je lui pose la question que je viens de répéter 30 fois d’affilée, et là, il me regarde l’air catatonique... Parlez-moi de la patience des profs !! Alors, avec un gentil sourire crispé, je lui fais remarquer d'une voix irritée d’un ton posé que j’ai déjà répété cette question 30 fois et qu’il aurait dû écouter sinon il ne pourra pas progresser. Evidemment, il ne comprend rien à ce que je viens de dire car cet étudiant sait reconnaître « Bonjour », « Merci » et « Au revoir », je ne parierais pas sur la question « Comment tu t’appelles ? ». Il fut un temps où il la saisissait à peu près, au début de la 1ère année lorsque je la répétais 147 fois pendant les cours, mais après autant de mois d’inactivité (de mort ?) cérébrale, j’en doute sérieusement.

 

Le reste de la classe est constitué des « persévérants mais pas trop quand même ». Ce sont ceux qui font les devoirs (en tout cas, ils remplissent les lignes d’encre noire et marquent quelque chose au stylo, c’est une avancée notoire sur leurs petits camarades), réussissent au test (ou à peu près, vu qu’il a fallu surnoter sinon les trois-quarts auraient eu 20 ou 30/100) et répondent (disons, articulent des syllabes qui sonnent français) aux questions à l’oral.


Hors catégories car trop rares, les « bons élèves ». Alors là, rien à dire. Le rêve du prof : travailleurs, sérieux, à l’heure, jamais en retard, intéressés, motivés... Evidemment, cela est à considérer par rapport au niveau et à l’attitude général de la classe. Ces bons étudiants seraient moyens dans une classe à l’université.

 

Vous allez me trouver bien sévère et moqueuse. En réalité, je suis sérieuse et appliquée dans mon travail. Je ne suis pas sûre d’être une bonne prof, mais je fais vraiment ce que je peux dans le cadre et les contraintes de cette école. Je fais mon possible pour les motiver. Je ne me contente pas de dérouler mon cours en automate et de faire le même tous les ans (petite pique envers mes collègues chinoises, oups ! Je suis vraiment mauvaise !). Je l’adapte au niveau de chaque classe. Si je peux trouver des vidéos, des chansons pour illustrer un sujet, un point de grammaire, je le fais. Je me mets en scène pour leur faire comprendre des mots difficiles et je prépare des tas de power points avec des images pour leur expliquer le vocabulaire sans les noyer sous des explications en français de mots français. Cela me prend des heures car yahoo images ou google images plantent régulièrement en Chine et il me faut attendre plusieurs minutes avant de pouvoir retourner sur ses sites. En plus, pour trouver des vidéos, c’est la galère, ici, Youtube ne fonctionnant pas (et mon système de débrouille ne marchant pas très bien...). Je propose toujours aux étudiants de venir me voir après les cours, s’ils ont des questions ou besoin de mon aide. Je leur réponds même quand ils ont des demandes personnelles qui ne concernent pas la classe (par exemple, corriger leur CV, les aider à comprendre une vidéo qu’ils ont vue sur internet...). En classe, je ne me moque jamais d’eux, je les encourage même quand leurs réponses sont désespérément bourrées d’erreurs. J’ai bien droit de temps en temps à un petit article sur mon blog pour relâcher la pression, non ?

 

Je ne suis pas Dieu, Allah ou Bouddha. On a l’impression que les étudiants attendent tout de nous : qu’on leur enseigne le français mais qu’on apprenne également leurs leçons à leur place ! On leur « donne » déjà les examens, faut pas exagérer...

 

De toute façon, tant que cette école privilégiera la quantité plutôt que la qualité, on ne s’en sortira pas. Un vice-directeur ou je ne sais qui a fait remarquer à ma directrice que tous les ans un ou deux étudiants du département de français ne sont pas dîplomés. C’est, selon lui, un ou deux de trop...  Euh... ? Déjà qu’on est extrêmement tolérantes. Forcément, ma directrice est sous pression et même si elle fait de son mieux, dans ces conditions, notre marge de manoeuvre est limitée. Est-ce que ces directeurs ne se rendent pas compte que si on veut que tous les étudiants réussissent on doit forcément baisser le niveau ? Or, quelle valeur aura ce diplôme si le niveau est lamentable ? Certains étudiants sont conscient du problème car sur le marché du travail, si une entreprise cherche quelqu’un qui a étudié le français, je doute qu’elle choisisse nos étudiants si en face il y en a qui sortent de l’Université de Shenzhen. Une étudiante me posait justement la question récemment. Je lui ai dit que le diplôme n’était pas tout, que si elle pouvait démontrer qu’elle avait un bon niveau, je ne vois pas pourquoi l’entreprise ne la choisirait pas. Mais, c’est une de ces étudiantes qui voudrait que les pommes tombent dans son panier sans avoir eu besoin de grimper à l’échelle pour aller les cueillir. Bref, la même étudiante s’était plainte de n’avoir eu que 75/100 de moyenne l’année dernière dans mon cours d’oral alors qu’elle préparait les dialogues 5 minutes avant le cours et qu’ils étaient plus que moyens. Elle reconnaissait qu’elle n’avait pas fourni assez d’efforts, mais elle continuait à grimacer sur sa note... Alors, quoi ? Dans ces cas-là, je ne peux que lever les yeux au ciel la regarder d’un air grave et compréhensif, murmurer d’une voix sifflante que remettre en cause le système, la classe, le prof, c’est peut-être nécessaire mais qu’elle ne s’oublie pas non plus l’encourager à persévérer et à faire plus d’efforts .

 

Pour en revenir sur la gestion hallucinante de cette école, cette année, c’est le pompon. Vous savez, chaque année, les étudiants de dernière année prennent des photos avec le costume, le chapeau, et tout le tralala comme aux Etats-Unis. La grande parade. La sortie des paons. Le jour de gloire. Bref...

 

A Qingdao, j’avais été intriguée car les photos se prenaient vers avril ou mai, si mes souvenirs sont exacts, c’est-à-dire avant la soutenance de mémoire devant conclure leurs 4 ans d’études. C’était déjà un peu bizarre. Mais, ici, c’est ... les mots me manquent.

Il y a deux ans, les photos avaient été prises début janvier, l’an dernier en décembre et cette année.... Mi-novembre !!!! Ils n’ont même pas passé les examens de fin de 1er semestre et encore moins rédigé et soutenu leur mémoire du 2nd semestre.

J’ai fait remarquer ironiquement à ma directrice que l’année prochaine, ils pourraient tout aussi bien prendre les photos dès septembre. Quoique...il fait encore trop chaud à cette période et les étudiants transpireraient trop sous leur toge.

 

Et quand je vous dis que c’est le grand tralala, je n’exagère pas.


Mes étudiantes sont arrivées toutes pomponnées, avec du fond de teint (deux ou trois centimètres d’épaisseur), les yeux maquillés, les lunettes remplacées par des lentilles et une sorte de mini-sparadrap couleur peau sur les paupières. Alors, là, ça m’a intriguée. J’ai deux théories sur le sujet. Première théorie : comme mes étudiantes n’ont pas l’habitude du maquillage (c’est une vraie différence avec les étudiantes françaises), elles se sont peut-être ouvert la paupière en essayant de mettre de l’eyeliner. Seconde théorie : ce sparadrap maintiendrait la paupière  pour que l’oeil paraisse plus grand. J’aurais bien voulu interroger les étudiantes là-dessus, mais dans la frénésie des photos, je n’ai pas eu le temps.

 

Tous avaient enfilé leur toge. En fait, cette histoire de photos de fin d’études dure plusieurs semaines car toutes les classes se livrent à ce cinéma. Et donc, les étudiants se passent les toges. Un jour, telle classe, un jou telle autre.. Une étudiante m’a bien fait rire. Elle est arrivée un peu en retard avec sa toge sous le bras. Je lui ai demandé pourquoi elle ne l’enfilait pas. Elle m’a dit d’un ton désolé qu’elle était trop grande et qu’elle sentait mauvais...

 

Outre le maquillage, la toge, les étudiants de cette école font bien les choses (ah ça, pour préparer des activités non-scolaires, ils savent se bouger...), beaucoup d’étudiantes sont venues avec des bouquets de fleurs. Et nous sommes en Chine. Donc, un bouquet de fleurs, ce n’est pas trois roses avec du gypsophile « comme par chez nous ». Ici, les bouquets sont impressionnants. Voire... uniques (j’ai vu un bouquet composé uniquement de.... petits nounours... si c’est pas mignon.... je précise tout de même que ce n’était pas chez mes étudiants).

 

CIMG6852


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sarah agnes lise

(un autre jour parce que deux d'entre elles étaient absente l'autre jour)

 

DSCN8631

 

Lors de la séance photo, tous les étudiants étaient présents. Même ceux qui ne viennent pas en cours. C’est très étrange et un peu gênant même (à vrai dire, c’est eux qui devraient être gênés, pas moi...). Mes collègues se prêtaient au jeu des photos, je n’avais d’autre choix que de suivre le mouvement. Mais, quand même, je n'étais pas vraiment à l'aise (sans parler du simple fait de prendre des photos, je déteste prendre des poses ridicules). En assistant à ce genre d’événement, on cautionne la mauvaise gestion de l’école. Ainsi, je me suis faite prendre en photo avec un des pires étudiants que j’ai eu (deux garçons sur la photo.... lequel est-ce ? tadada ! No comment. Je ne suis pas une délatrice! Mais, il a un bouquet...)


CIMG6862

 

Il n’est pas méchant, au contraire, c'est juste qu'il n’en a rien à faire du français, il a arrêté tout effort depuis la fin du 1er semestre de la 1ère année. Il n’a réussi aucun de mes examens. J’ai déjà organisé des rattrapages qu’il n’a évidemment pas réussis. Je vais devoir lui en organiser d’autres au second semestre pour toutes les matières où il a échoué (je n’ose même pas faire le compte, mais tous les cours et semestres cumulés, je suis bien partie pour préparer une vingtaine de feuilles d'examen pour ce seul étudiant). Il était donc là, tout sourire, à prendre les photos avec ses camarades, les autres profs, moi... Je me demande sincèrement ce qu’il pouvait ressentir. Est-ce qu’il était vraiment content ? Fier ? Est-ce qu’il s’en fichait du moment qu’il obtient son diplôme à la fin ? Mais, c’est bien là, le problème. Cet étudiant, je ne crois pas qu’on va lui donner son diplôme. Et pourtant, il a fait les photos d’obtention de diplôme. C’est absurde ! C’est tellement absurde !! Comment voulez-vous que les étudiants soient motivés ?

 

Vous allez me trouver bien aigrie et cynique, mais pas du tout. Il m’arrive de me sentir frustrée (qui ne l’est pas dans son travail ?), cependant, j’aime toujours mon métier. J’ai un peu de mal avec les 2ème année, c’est une classe où ça rame dur (pas sûre que ça rame du tout, en fait, vu que le niveau régresse, je crois qu’ils laissent simplement l’embarcation dériver au fil de l’eau...). Mais que serait un travail sans challenge (toussotement ironique) ? Par contre, dans l’ensemble, les 3ème année se débrouillent pas mal et c’est une classe que j’apprécie beaucoup, sans doute la plus dynamique depuis que j’enseigne à Shenzhen. Il n’en reste pas moins que le fonctionnement de cette école ne favorise ni travail des profs ni les efforts des étudiants qui en fournissent. L’histoire des photos de diplômés est juste un exemple de ce qui ne va pas.

 

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