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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 16:52

Cet article ne vise pas spécialement les Chinois car il s'agit-là d'un trait universel que l'on peut rencontrer n'importe où chez n'importe qui (ne serait-ce pas le cas même à la tête de la 5ème puissance mondiale ?). Cependant, comme j'habite en Chine, ce sont les Chinois qui vont faire les frais de ma frustration. En outre, mon titre est exagéré, il faudrait plutôt parler de manque d'investissement au travail ou de manque d'efficacité.


On se plaint souvent en France du faible niveau scolaire, du manque de connaissances des élèves, de l'université française qui prépare mal les étudiants au monde du travail, etc.. Mais, franchement, la Chine connaît ces problèmes également pour des raisons contraires, en fait.

En France, le niveau baisse car la société s'appauvrit et, on le sait, la réussite scolaire est liée notamment à la catégorie socio-professionnelle des parents.

En Chine, la réussite (ou l'échec scolaire) est également liée à la catégorie socio-professionnelle des parents; sauf que cela fonctionne à l'inverse. Plus on est riche, moins on fait d'efforts et moins on réussit. Alors, on envoie les jeunes dans des écoles comme celle où je travaillais ces dernières années et où le diplôme est quasiment offert sur un plateau. Les étudiants qui ont entre 18 et 21 ans ont la mentalité d'adolescents de 14-15 ans. Ils sont incapables de se projeter dans l'avenir - ils n'ont aucune idée de ce qu'ils veulent faire et ne s'en inquiètent pas vraiment, d'ailleurs. Ils n'ont aucune opinion sur aucun sujet d'actualité ou de société. Quand je leur demande quels sont leurs loisirs, c'est soit "dormir", "manger" ou "jouer ou regarder un film sur internet". Il est très difficile de discuter avec eux parce qu'ils ne s'intéressent pas à grand chose... Et le pire, donc, c'est qu'ils sortent tous ou presque diplômés. La mauvaise nouvelle, c'est que seuls 3 ou 4 peuvent se débrouiller un peu en français (de là à travailler en français...); la bonne nouvelle, c'est qu'à part ces 3 ou 4 lumières, les autres n'ont jamais souhaité étudier le français et encore moins l'utiliser dans leur vie future. Donc, mon honneur est sauf : il y a peu de chances qu'un DRH français leur fasse passer un entretien et leur demande qui était leur prof français qui leur a si mal enseigné cette langue ! Mais trêve de plaisanteries, ces diplômés vont donc devoir trouver un travail sans avoir de réelles qualifications. Je sais bien que le diplôme n'est pas tout... Mais, si le niveau n'est pas plus élevé dans les autres matières; c'est un peu effrayant. Imaginez un étudiant qui sorte diplômé d'une école de médecine et qui ne sache même pas faire un diagnostic. Bon, heureusement, je sais que le niveau dans les universités chinoises est plus élevé que ces écoles privées à cycle court. Toutefois, je trouve qu'il y a un certain laxisme même à l'université. Comme en Chine la sélection se fait après le bac chinois, les efforts se relâchent dans l'enseignement supérieur car les étudiants sont quasiment sûrs d'être diplômés. Et si le niveau est généralement plus élevé dans les universités, c'est moins la rigueur des profs et la difficulté des études que la motivation et le sérieux des étudiants qui font fonctionner le système.

 

Dans l'école où je travaillais jusqu'à cette année, plusieurs raisons expliquent que la plupart des étudiants sortent diplômés même s'ils sont - soyons francs - nuls.

D'abord, la direction de l'école fait pression pour que les résultats soient bons. Ainsi, ma directrice s'est vu réprimandée lorsque l'année dernière deux de nos étudiantes n'ont pas été diplômées.

En plus, les profs chinois doivent avoir - si je ne dis pas de bêtises - un taux de réussite des étudiants aux examens  qui doit être dans les 70%.

D'autre part, si en dépit de tout ça, les étudiants échouent, ils peuvent passer des rattrapages plusieurs fois. Par exemple, j'ai un étudiant de 3ème année qui a échoué à 8 de mes examens dont celui d'oral du 2ème semestre de la 1ère année. En deuxième année, au 2ème semestre, il aurait dû suivre ce même cours avec les 1ère année; mais il ne s'est jamais présenté; donc 0/100. En 3ème année, 2ème semestre, les étudiants de 3ème année n'avaient plus cours, mais j'ai dû préparer des rattrapages pour ceux qui avaient échoué dans les différents cours qu'ils avaient eu avec moi. Donc, j'ai organisé des examens de rattrapages spécifiques pour ce cours d'oral pour cet étudiant. Il est venu; mais il n'a pas réussi évidemment. Alors, en juillet, j'ai dû préparer une nouvelle batterie de rattrapages pour ceux qui ne s'étaient pas inscrits ou qui avaient échoué aux rattrapages précédents (uniquement cet étudiant, dans mon cas). Ces rattrapages auront lieu en septembre. Si les étudiants réussissent, ils pourront être diplomés; sinon, ils auront encore la possibilité pendant 3 ans de passer des rattrapages et, finalement, d'être diplômés. Il y a donc des chances que mon remplaçant doive préparer des rattrapages encore une fois l'année prochaine pour cet étudiant et peut-être pendant 2 années encore par la suite. Vous avez suivi ?...

Quand je vous dis qu'on "donne" les diplômes, je n'exagère pas. Et comme certaines collègues sont beaucoup plus laxistes, ça n'aide pas. Par exemple, une collègue a donné un 75/100 à l'examen de rattrapage à cet étudiant (celui qui avait 8 examens à rattraper avec moi). J'étais abasourdie. Le garçon ne sait même pas épeler son nom; comment pouvait-il avoir cette note ? Quand la collègue m'a montré l'examen, j'ai compris. Elle avait choisi parmi les exercices les plus simples du manuel de 1ère année et elle m'a même dit qu'elle avait prévenu l'étudiant de ce qu'il aurait plus ou moins le jour du test. Ca me tue. Si on ne peut compter ni sur le sérieux des étudiants ni sur la rigueur des profs, pas étonnant que des incapables sortent diplômés de cette école.

Enfin, il y a la question des "relations" qui est si importante en Chine. Ainsi, comme je l'ai évoqué dans mon précédent article, un collègue professeur dans un autre département de langue a demandé à ma directrice si elle pouvait laisser la fille d'un de ses amis qui étudiait le français dans notre département être diplômée. Dans une autre genre, le fameux étudiant aux 8 examens de rattrapages a envoyé un message à ma directrice lui demandant carrément de le laisser obtenir son diplôme. Ni plus ni moins. J'ai d'ailleurs moi-même reçu ce genre d'emails de la part d'étudiants par le passé. Ils ne me le demandaient même pas en français, mais en anglais ! Ma directrice était vraiment en colère contre ces deux-là et je crois qu'elle a décidé de ne pas se laisser faire et ils n'auront sans doute pas leur diplôme cette année. 

 

Par ailleurs, je me plains souvent du manque d'organisation du système et, surtout, de cette manie du "tout au dernier moment". Plusieurs cas :


- Un vendredi à 16h45, les profs étrangers reçoivent un email du bureau des affaires internationales de l'école nous informant que des billets sont disponibles pour assister à un concert de musique qui aura lieu le soir-même dans l'auditorium sur le campus. C'est bien si on n'a pas fait de plans...


- Un mercredi matin, message urgent de ma collègue me disant de lui fournir l'évaluation des mémoires que j'ai dirigés ce semestre et de la lui envoyer par email avant son premier cours le lendemain. Heureusement, comme ça faisait déjà plusieurs années que je travaillais dans cette école, j'étais au parfum; donc je l'avais déjà préparée et je la lui envoie le mercredi après-midi. Je revois cette collègue le mardi suivant, je lui demande si l'évaluation convenait, elle me répond qu'elle ne l'a pas encore regardée !! Mercredi midi, elle me dit de rester là l'après-midi car elle doit ajouter des commentaires sur mon évaluation et me la faire signer ensuite. Je lui réponds que j'ai cours tout l'après-midi jusqu'à 17h15. Alors, elle avoue qu'elle doit rendre l'évaluation avant la fin de la journée (sachant qu'elle voulait quitter le bureau avant 17h pour attraper la navette de l'école). Je lui suggère que je peux signer tout de suite, mais non. Elle me dit de demander à une étudiante de s'absenter de ma classe vers 14h30 pour venir chercher les évaluations, me les faire signer puis les lui rapporter au bureau (ce qui ferait perdre une bonne quinzaine de minutes à l'étudiante voire plus). J'accepte en soupirant intérieurement. J'envoie l'étudiante à 14h30; elle revient 10 minutes plus tard les mains vides. Devant mon étonnement, elle m'explique que ma collègue a signé à ma place, en fait. Merci à ma collègue de ne pas m'avoir prévenue...

Je ne compte plus les fausses urgences de cette collègue. Elle me demandait toujours de remplir tel ou tel document pour le lendemain alors qu'elle n'en faisait rien pendant plusieurs jours.


- Avec une autre collègue : un jeudi midi, elle me prévient que l'école veut que chaque département de langue étrangère présente sur un document des activités pour une journée culturelle. Elle me demande de trouver des idées, de préparer un plan détaillé et de le lui envoyer pour le lendemain absolument. Je m'y attelle et lui envoie le document le soir même. Le lendemain, je la croise à la cantine et je lui demande ce qu'elle a pensé de ma présentation. Elle me répond qu'elle était, en fait, à rendre pour le mercredi et que, la veille, elle a donc copié/collé des idées d'activités qu'on avait faites à d'autres occasions. Elle a ajouté que, de toute façon, c'était juste un projet et qu'il ne verrait sans doute pas le jour - autrement dit, personne ne va lire ce qu'on a préparé. Elle avait raison, on n'en a plus réentendu parler. A nouveau merci pour m'avoir informé de tout ça à l'avance...


 - Il semble que je vais être confrontée au même genre d'organisation erratique au sein de l'université de Canton. Ainsi, pour renouveler mon visa, il faut d'abord préparer un "Foreign expert certificate". C'est l'école qui nous emploie qui s'en occupe. La directrice du département de français de l'université de Canton (appelons-la Mme Z.) m'a contactée soudain un lundi après-midi de juin me demandant de lui envoyer par courrier express une copie de mon certificat d'expert actuel et une lettre de recommandation remplie en chinois par mon école à Shenzhen. Vu qu'elle m'a contactée à 15h, que j'avais déjà quitté le bureau et que ma directrice à Shenzhen n'avait pas cours le lundi après-midi et était absente du bureau également, c'était impossible que le courrier parte ce jour-là. Alors, Mme Z., après avoir téléphoné au bureau des affaires internationales de l'université, m'a recontactée pour me demander finalement de lui scanner le tout pour le lendemain à la première heure. J'ai eu beau lui expliquer que je ne pourrais pas faire ça avant le midi car j'avais cours toute la matinée; elle n'arrêtait pas de de me répéter le plus tôt possible. Ne pouvait-elle pas me prévenir de préparer tous ces documents plus tôt ??

Quelques jours plus tard, pour finaliser le certificat d'expert, je devais signer mon contrat de travail. Mme Z. me téléphone un mardi me disant de venir le lendemain à l'université pour le signer. Saufque j'avais cours toute la matinée et, exceptionnellement, tout l'après-midi pour rattraper des cours que j'avais manqués... pour me rendre à l'université quelques semaines auparavant !! Du coup, après coups de fils multiples, il s'est avéré que je pouvais dans un premier temps me contenter de le signer et le scanner. 

Je n'ai pas décrit toutes les étapes mais ça a été chaotique à chaque fois car Mme Z. ne répondait pas à mes messages puis se réveillait au dernier moment,car l'employée du bureau des affaires internationales (Mme C.) est très bureaucratique et car tout le monde délègue aux autres alors pour avoir une réponse à une question, il faut téléphoner à 50 personnes.

Par exemple, début juillet, mon certificat d'expert était enfin prêt et je devais aller à l'université pour le récupérer et m'occuper des démarches pour faire renouveler mon visa. Je devais donc d'abord me rendre au bureau de Mme C. Comme j'ignorais encore tout de l'université et ne savais pas où se trouvait son bureau, elle m'a demandé de me faire guider par des étudiants. Mais, pour trouver des étudiants disponibles, il fallait que je contacte une certaine Mme L. (la directrice du département des langues étrangères). Sauf que Mme C. ne m'a pas donné le numéro de téléphone de Mme L. Elle m'a dit que je devais demander le numéro de téléphone de Mme L. à Mme Z, la directrice du département de français. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué !! Comme si Mme C. ne pouvait pas trouver le numéro de téléphone de Mme L. et me le donner directement. Dans cette université, tout à l'air vraiment très compartimenté. On m'a déjà fait le coup plusieurs fois. La personne A me dit d'appeler la personne C pour avoir tel ou tel renseignement mais on me demande d'abord d'appeler la personne B pour avoir le numéro de téléphone de la personne C. Super ! 

Je reconnais que ce dernier exemple n'est pas en soi une vraie difficulté; sauf qu'on perd du temps à expliquer à B pourquoi et comment on a eu son numéro et pourquoi on a besoin du numéro de C. Comme ils travaillent tous dans des bureaux proches les uns des autres, n'ont-ils vraiment pas les numéros de téléphone des uns et des autres ? Cela me semble un peu bizarre...


En France, on a l'image de Chinois qui travaillent beaucoup et sont très sérieux. Je ne doute pas que ce soit le cas dans un certain nombre de métiers et d'entreprises. Toutefois, à l'école, dans les administrations, dans les restaurants, dans les hôtels, dans les magasins, c'est plutôt cool. Les vendeurs et serveurs passent leur temps à jouer sur leur téléphone. Ils ne s'en cachent même pas ! En plus, comme il y a plus d'employés que de clients, on ne les voit jamais se presser. 

Il faut dire que la relation client/employé n'est pas la même entre les deux pays. L'exemple du restaurant est intéressant. Ainsi, dans un restaurant en France, le serveur vous installe, vous apporte la carte, vous laisse réfléchir, revient prendre la commande qui se fait assez vite à moins qu'un client n'ait des questions sur certains plats. Mais, c'est généralement assez efficace. En Chine, ça commence pareil puis le serveur reste au pied de votre table en attendant que les uns et les autres se décident. Et, comme on commande plusieurs plats, c'est un peu long le temps que tout le monde discute, se mette d'accord, change d'avis... En plus, les Chinois demandent des tas d'explications et font plein de remarques. Quand je vais au restaurant avec des Chinois, la prise de la commande dure toujours de longues minutes. Pendant ce temps-là, le serveur est monopolisé. Cet exemple n'est pas bon car il s'agit moins de travail que d'habitude culturelle.

Toutefois, on retrouve cette façon de faire dans beaucoup de services.

D'abord, je pense que les clients chinois ne sont tous faciles à gérer car ils ont souvent plein d'exigences. Ils mettent du temps à examiner un produit, ils posent 10 000 questions, ils essaient toujours d'otenir quelque chose en plus et, avant de payer, le vendeur doit sortir l'objet de la boîte pour en faire une démonstration pour prouver que ça marche bien. Problème également de confiance dans les gens et les choses....

D'autre part, les clients s'en fichent des autres et, tant qu'ils n'ont pas obtenu ce qu'ils veulent, ils vont rester là même s'il y a 5 mètres de queue derrière qui s'est formée à cause d'eux.

Mais, il y a également un problème au niveau de la compétence des employés. Ils ont souvent du mal à délivrer une réponse rapide ou à exécuter une action. C'est en partie dû, à mon avis, au turnover incessant qui a lieu dans tous les secteurs en Chine. Pour un salaire plus élevé, les employés quittent très facilement leur travail.

Du coup, les employés ne s'investissent pas à fond et n'ont aucune forme de loyauté envers leur entreprise. C'est un vrai challenge pour les entreprises étrangères, notamment japonaises où la loyauté est la base de tout. Je suis bien placée pour le savoir puisque j'ai un mari japonais qui travaille en Chine ! Mon mari se désole souvent de voir que ses assistants n'ont aucun scrupule à tout laisser en plan à 17h30 car c'est l'heure à partir de laquelle ils peuvent quitter le travail. C'est une chose impensable pour des Japonais ! Cela dit, sur ce point, les Chinois sont dans la tendance mondiale générale. C'est plutôt les Japonais qui sont uniques à ce niveau-là.


En tout cas, voilà, on se plaint toujours de ses collègues et du système. C'est pareil ici. Mais, encore une fois, il ne s'agit pas de blâmer en particulier les Chinois. Si j'étais en France, je suis sûre que je trouverais matière à m'emporter...

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Published by armel - dans Généralités
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commentaires

Ani 25/12/2015 21:18

Merci pour cet article, je suis prévenue de certains particularismes de l'administration universitaire chinoise.

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