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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 12:15

Déjà les vacances ! L'année est vite passée avec son lot de bons moments et de frustrations.

 

Si le premier semestre a été dur, c'est que j'avais beaucoup de cours avec des 3ème année particulièrement peu motivés et travailleurs. Heureusement, je n'avais plus cours avec eux au second semestre qu'ils doivent consacrer à la rédaction d'un mémoire. Autant vous dire que, comme d'habitude, ils se contentent au mieux de copier des paragraphes sur des sites français au pire d'utiliser la traduction automatique de sites chinois ce qui donne un texte apparemment en français mais dont tous les mots sont dans le désordre, pas tous traduits, liés par une grammaire très aléatoire. Il n'y a pas plus frustrant que ce genre de chose pour un correcteur. Evidemment, il va sans dire qu'en outre, les étudiants ne maîtrisent pas du tout la forme de ce genre d'exercice : ils n'ont aucune idée de ce que c'est qu'établir un plan, organiser leurs idées, donner des exemples, écrire une introduction et une conclusion.

 

En fait, ils ne sont qu'en partie responsable du résultat catastrophique. Leur niveau en français est une chose, mais il faut dire que l'exercice de rédaction d'un mémoire n'est pas adapté car les étudiants sont habitués à des exercices de répétition, de mémorisation et de questions à choix mutliples. D'ailleurs, à la fin du lycée, les élèves ont un examen comme le Bac qui se présente surtout sous forme de QCM. Mes collègues chinoises, probablement influencées par leur éducation, ne travaillent pas l'argumentation avec les étudiants et même si je m'évertue à leur donner quelques bases, ce n'est pas suffisant, ils n'ont pas le temps d'en acquérir la technique.

 

Je me demande vraiment pourquoi les universités chinoises exigent cet exercice pour l'obtention du diplôme de langue. A mon avis, ce serait bien plus efficace et représentatif du niveau des étudiants de leur demander de rédiger deux ou trois pages en français sur leurs projets futurs, par exemple. Ainsi, ils seraient moins tentés de copier sur internet puisqu'il leur faudrait produire un texte personnel et la forme de la rédaction serait plus libre.

 

En attendant, il faut se coltiner des sujets clichés ("La culture du vin en France"; "Les marques de luxe françaises", "Le pain en France", "Le Petit Prince"...) et descriptifs, rien à analyser, mais merci à Wikipédia qui a fait tout le travail de rédaction de mes chers étudiants !

 

Le pire, c'est la soutenance de mémoire qui a eu lieu fin mai. C'est en général le moment le moins glorieux de l'année car on se rend compte que les étudiants n'ont rien fait et rien appris après trois ans de français. Ils se contentent d'ânonner laborieusement quelques phrases tirées de leur mémoire, mal choisies et pas pertinentes car comme ils se contentent de copier sur internet sans lire le contenu, ils ne savent pas vraiment de quoi parle leur mémoire. Nous, les profs, nous les avons aidés à corriger, à mettre en forme, à trouver des titres et à ordonner le tout autant que possible.

 

Mais, ils ne se donnent même pas la peine de lire le travail final ! Du coup, on se retrouve avec des présentations aberrantes, incompréhensibles pour les profs qui ne dirigeaient pas cet(te) étudiant(e). Par exemple, une de mes étudiantes qui avait choisi de comparer l'architecture en Chine et en France a écrit dans son power point (utilisé comme support lors de la soutenance) : "France = privilégie la hauteur et la profonceur" "Chine = est l'emphase donnée sur" . Evidemment, mes collègues m'ont interrogée, totalement perdues. En fait, l'étudiante avait extrait quelques mots d'une phrase de son mémoire qui était "en Chine, le plus important est l'emphase donnée sur la dimension horizontale". C'est un bon exemple pour montrer que les étudiants ne relisent pas et ne comprennent pas le contenu de leur mémoire, et qu'ils sont donc incapables de choisir les mots clés appropriés pour résumer à l'oral leur travail. Ah le bonheur d'être prof...

 

Cependant, c'est du classique. Tous les ans, c'est un peu le même cinéma. Mais je ne crois pas pouvoir m'y habituer. Je ne m'habituerai pas non plus à ce système où l'on "donne" le diplôme et les examens, il n'y a pas d'autres mots. Je ne compte plus les fois où une collègue vient me dire, vers la fin du semestre, que ce serait bien que je sois tolérante pour la notation avec tel(le) ou tel(le) étudiant(e). Cela m'agace !!! Mes collègues ne sont pas plus ravies que moi de la situation, après tout, elles aussi s'efforcent de faire de bons cours et d'être justes, mais le système universitaire et les différentes pressions qui existent au sein de la société chinoise ne nous laissent pas toujours le choix - sauf à décider de ruer dans les brancards. Désolée, mais je laisse cet héroïsme à d'autres.

 

Et je ne parle pas de certains étudiants vraiment sans vergogne. Un élève de seconde année qui a assisté peut-être à une dizaine de cours ce semestre est venu me voir deux semaines avant la fin de l'année pour me demander (en anglais car ne venant presque jamais en cours, il ne sait pas dire trois mots en français) de ne pas lui donner moins de la moyenne aux contrôles continus. En effet, certains de mes cours fonctionnent selon le principe du contrôle continu où je note la présence et la participation en classe, les devoirs rendus, les petits tests... Je lui ai fait remarquer qu'ayant manqué la plupart des cours et n'ayant rendu aucun devoir, c'était difficile pour ne pas dire impossible. Mais il a insisté en me promettant de me rendre les devoirs non faits avant la fin de la semaine. J'ai continué à lui dire que, même s'ils me rendait des devoirs, ce ne serait pas juste par rapport à ses camarades qui viennent tous les jours en classe. Mais il a expliqué qu'il travaillait parfois, que certains jours il était très fatigué et que les cours de 8h30 étaient vraiment trop tôt ! Je n'invente rien, je vous promets. On peut au moins louer son honnêteté... J'en aurais ri si je n'avais pas été aussi abasourdie par une telle déclaration. Décidément, les étudiants sont toujours plein de surprises. 

 

J'étais quand même bien remontée contre lui et j'en ai parlé à ma directrice qui a approuvé mon choix de ne pas lui mettre la moyenne pour les contrôles continus. Qu'il se rassure, l'année prochaine, nous organiserons des rattrapages en janvier qu'il ratera sûrement mais auxquels succèderont d'autres rattrapages en mai que nous lui "donneront" pour qu'il ait son diplôme.

 

Autre exemple : une étudiante qui a manqué un certain nombre de cours et dont le niveau est assez faible m'a inondée de messages se plaignant de ne pas avoir la moyenne. Elle a expliqué que si elle a manqué des cours, c'est qu'elle prépare des examens de français pour aller en France plus tard; en plus, elle est très motivée en français et elle a besoin d'avoir la moyenne car elle aura peut-être un entretien en octobre pour obtenir un visa pour la France. C'est peut-être vrai mais quand je vois un(e) étudiant(e) qui manque des cours, ne m'explique pas la raison des ses absences, ne vient pas me voir pour savoir quels sont les devoirs ou test à rattraper; j'ai du mal à imaginer que cet(te) étudiant(e) est motivé(e). Tel a donc été le sens de ma réponse. Mais elle a continué à insister. Je me suis référée à ma directrice qui m'a laissé carte blanche. J'ai donc utilisé l'arme fatale, l'argument ultime : "tu dis que tu veux étudier en France, alros sache qu'un(e) étudiant(e) ne ferait jamais ce genre de demande à un professeur". Elle a tout de suite répondu qu'elle comprenait et qu'elle savait qu'elle était responsable de la situation. Cela ne me fait pas plaisir de faire de la peine aux étudiants et de les mettre peut-être en difficulté, mais il faut qu'ils apprennent à se montrer plus responsables et cette école est déjà trop tolérante, alors si en plus je me mets à faire des concessions supplémentaires, autant leur mettre 100/100 avant même la rentrée !

 

Sinon, lorsque je disais que nous ne sommes jamais au bout de nos surprises avec les étudiants, voilà un cas spécial qui, pour une fois, n'a rien à voir avec moi. Ouf! Une étudiante de 2ème année qui se débrouille vraiment pas mal en français a réussi un examen qui lui permettrait d'obtenir un visa pour partir étudier en France. Mais, il y a un problème. Vous savez qu'en Chine, la plupart des familles sont soumises à la politique de l'enfant unique. Si un couple a plus d'un enfant, il doit payer une amende. La famille de cette étudiante a plusieurs enfants et pour ne pas payer d'amende, ils ont réussi à faire passer cette enfant comme étant celle de son oncle et de sa tante. Mais, apparemment, cela pose quelques soucis à l'étudiante pour obtenir le visa pour la France. Peut-être certains papiers comportent des noms différents ou des contradictions. Je ne sais pas les détails, ma directrice est restée assez vague. Toutefois, cela confirme bien qu'en Chine, rien n'est impossible ! Après, quand cela concerne les autorités françaises, c'est une autre histoire....

 

Voilà un petit florilège de mes dernières semaines de cours cette année. C'est une source inépuisable de commentaires !...

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