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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 16:17

Je me souviens de mes premières années ici, en Chine, de la virulence de mes propos et de ma façon très française (occidentale) de voir les choses où, tout en disant qu'il fallait garder l'esprit ouvert, je critiquais la Chine et les Chinois à tout va.  

 

Il est certain que lorsque l’on se trouve immergé dans une culture différente, on a tendance à juger d'après ce que l'on connaît, c’est-à-dire notre passé et notre culture d’origine. C'est normal. Le problème, c’est lorsque l'on reste figé sur cette position. Lorsque je relis au hasard quelques articles de mon blog, je me rends compte que le chemin a été bien long dans mon cas pour m'approcher de cette décentration - le fait de se placer dans  la perspective de l'autre -  à laquelle j'aspirais et me targuais d'être plus à même que d'autres de parvenir.

 

Je crois avoir atteint un stade où je considère que vivre en Chine  ou en France ne fait guère de différences.

 

L'autre jour, lorsqu'une collègue chinoise, enseignante d'anglais, m'a demandé quel pays était le meilleur, j'ai répondu franchement qu'aucun pays n'est parfait , que la Chine comme la France ont leur qualités et défauts et  que, finalement, ce n'est pas de vivre dans tel ou tel pays qui rend heureux ou malheureux, c'est plutôt votre entourage, votre travail, votre santé, vos loisirs ou votre situation financière. Je sais, c’est enfoncer une porte ouverte que de tenir de tels propos.

 

En fait, quand on vit à l'étranger, les habitants du pays qui vous accueille vous demandent si votre pays ne vous manque pas et les habitants de votre pays vous demande si ce n'est pas trop dur de vivre à l'étranger. J'avais aussi cette perspective comme base. Cependant, après avoir passé plusieurs années en Chine, je me rends compte que la question du pays n’est pas le problème. Certes, il y a des habitudes chinoises qui continuent à m'énerver. Mais, quand je reviens en France, je suis tout aussi agacée par certaines attitudes. Ma réponse à cette collègue était complètement sincère.

 

Je continuerai sans doute de temps à autre à critiquer tel ou tel aspect de la société chinoise; cependant, cela ne signifie aucunement que je préfère la France. Pour faire bonne mesure, je devrais écrire un blog sur la France, ainsi on verrait que je ne serais pas plus tendre avec mon pays natal.

 

J'ai également mis longtemps avant de me rendre compte de la discrimination que nous faisons subir aux étrangers. Bien sûr, quand j'étais en France, j'avais conscience de ce problème. Mais, en tant que fille blanche avec un nom "bien" français, je n'ai jamais rencontré de difficultés de ce type. Et je pense que c'est tout le drame des occidentaux blancs. Même si nous nous en défendons, nous gardons au fond de nous cette vieiile idée que nous sommes supérieurs aux autres races.  Même dans les plus hautes sphères de notre pays, cet esprit perdure. Lorsque Hollande est allé au Japon récemment et qu'il a voulu présenter ses condoléances, il a confondu "peuple japonais" et "peuple chinois". Un simple lapsus, dit-on. Certes, mais Hollande aurait-il fait cette erreur entre l'Italie et l'Espagne ? Certainement pas. Car, pour nous Français, les Chinois, les Japonais, les Coréens, les Vietnamiens, etc, ce sont tous un peu les mêmes, quoi. « Y sont pas comme nous. »

 

Le problème également, c'est que cette discrimination latente ne va pas disparaître de si tôt avec la situation économique actuelle. La France est en train de couler, la Chine de s'élever, et les médias en rajoutent en publiant articles sur articles sur le péril chinois pendant que notre gouvernement fait les yeux doux à la Chine et à ses entrepreneurs (cf la réception à l'Elysée, il y a quelques jours, de chefs d'entreprise chinois). Pas étonnant que les Français voient les Asiatiques d'un mauvais oeil (puisque les Chinois ou les Asiatiques, ce sont tous les mêmes, hein). Des actes de violences de plus en plus nombreux sont commis en France à l’encontre des Chinois, touristes ou étudiants. J'ai lu un article il y a quelques semaines sur un groupe de touristes chinois qui s'était fait agresser à Paris en pleine rue, à la sortie d'un restaurant, par des hommes qui en voulaient à leur argent. Récemment, des étudiants chinois ont également été agressés à Bordeaux.

 

Parmi mes étudiants, certains sont très sérieux et souhaitent visiter la France et même y poursuivre leurs études. Lorsqu'ils lisent ces informations et qu'ils me demandent s'ils seront en sécurité s'il vont en France, que voulez-vous que je leur dise ?

 

C'est très difficile pour eux d'imaginer le climat en France. Les Chinois ont cette idée que la France est un pays romantique où il fait bon vivre. Pendant toute l'année, je m'efforce de leur ouvrir un peu les yeux et de leur présenter une vision un peu moins idéalisée en appuyant là où ça fait mal. Je leur ai parlé du racisme, de la difficulté des immigrés à trouver un appartement ou du travail, des moqueries envers les étrangers, de l'ignorance des Français sur l'Asie... Mais, évidemment, ils ont du mal à intégrer ces éléments. Ils ont une image bien précise de la France, pays du luxe et du romantisme, image qui - à mon grand dam -est relayée par les publicités et les discours de l'ambassade de France en Chine.

 

Ainsi, deux employées du consulat de Guangzhou sont venues dans notre école pour présenter le système éducatif en France et expliquer aux étudiants les démarches pour partir étudier en France. Elles ont commencé leur exposé par une présentation très pompeuse sur la France. Grand pays sur le plan international (évidemment) avec son industrie de pointe et sa culture qui rayonne dans le monde, la francophonie (super ! je suis sûre que les habitatns des pays africains sont ravis de parler français, comme s'ils avaient eu le choix dans le passé !), de l'importance de la langue française... Je sais bien qu'elles sont dans leur rôle - qui devrait être le mien (mais je m'en fiche, je ne suis pas payée par la France, alors je peux raconter ce que je veux, nananère !...). Je ressens un malaise fou lorsque j'entends ce genre de discours. Est-ce que nos élèves sont vraiment impressionnés de savoir qu'il y a 220 millions de francophones dans le monde et que la France est la 6ème puissance mondiale alors que plus d'un millard de personnes parlent chinois et que la Chine est la 2nde puissance du monde ? Il faut que la France et nous, Français, commencions à apprendre l'humilité. On oublie toujours que la Chine a été un grand empire pendant plusieurs siècles, qu’elle est à l’origine de grandes inventions (papiers, boussole...) et que la place qu'elle occupe aujourd'hui est dans la continuité de l’histoire, finalement. La France, disons les pays européens en général, n'ont dominé le monde ces derniers siècles que parce qu'ils ont utilisé les autres pays, leurs ressources et leur population pour leurs propres bénéfices. Sans la colonisation et le pillage des ressources, l'Europe n'aurait jamais prospéré. Les Espagnols et Portugais ont profité de l'Amérique du Sud, les Anglais de l'Inde et de nombreux autres territoires, la France surtout de l'Afrique... La liste est bien longue.

 

Quand on critique la position de la Chine sur la question des droits de l'homme, nous devrions nous estimer heureux que la Chine ne nous rappelle pas notre passé colonial et notre participation au dépeçage de la Chine à la fin de la dynastie des Qing, de nos anciennes concessions sur le territoire chinois, de nos actions pendant les guerres de l'opium... Ce n'est pas parce que c'est du passé que c'est excusable. Au niveau des droits de l'homme, on ne peut vraiment pas dire que la France soit un modèle.

 

Encore une chose. En Chine, les étrangers sont traités comme des rois. Les Chinois sont très ouverts (parfois trop au point d’être collants, lol) ; ils font preuve d’une curiosité dénuée de méfiance et de haine, et d’une sincère gentillesse (dans la plupart des cas, il y a toujours des gens intéressés – par exemple, ils veulent devenir votre « ami » pour pouvoir en fait pratiquer l’anglais ; mais bon, c’est une minorité). En outre, les Chinois n’exigent pas des étrangers qu’ils se comportent à la chinoise. En France, on veut toujours que les étrangers se plient aux coutumes françaises. Bien sûr, les Chinois seront ravis si vous vous connaissez les habitudes chinoises, mais ils ne seront pas fâchés si vous ne les suivez pas (mis à part, certains épisodes que j’ai connus à Qingdao lors de repas arrosés avec certains personnages importants sur le plan local où l’on voulait vraiment me forcer à trinquer alors que je n’aime pas trop l’alcool, encore moins si je dois vider mon verre d’un seul trait ). Il n’empêche qu’il me semble vraiment que les Chinois sont très tolérants envers les étrangers. Quand je pense à la façon dont nous traitons les immigrés ou les touristes en France....

Alors, lorsque mes étudiants me demandent comment ça se passera s'ils vont en France un jour, je n'ai pas de réponse simple à leur donner. En fait, je n'ai pas de réponse du tout. C'est mon rôle de les aider s'ils souhaitent réaliser ce rêve, toutefois c'est également mon devoir de les mettre en garde et de les prévenir que tout n'est pas aussi rose et resplendissant que sur les pages de papier glacé d'un magazine sur la France...

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Published by armel - dans Vie à Shenzhen
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