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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 16:59

Pour un peu, je ne saurais même pas que je vis à l'étranger. En effet, mis à part les heures de cours, j'ai l'impression d'être enchaînée à mon ordinateur ou à mon bureau. Et tout cela pour quoi ? Je veux dire : pourquoi est-ce que je me "prends la tête" alors que je sais pertinemment que mes étudiants sont totalement indifférents ?

Mes premières impressions ne se sont pas démenties. Dans l'ensemble, les étudiants n'ont absolument rien à faire de leurs études, en général, et du français, en particulier, ce qui s'avère problématique puisqu'il s'agit de leur spécialité.
Evidemment, ce sentiment est plus ou moins accentué selon les classes et les étudiants, mais il n'en reste pas moins que c'est l'attitude dominante. Ma collègue préférée me conseille de m'appuyer sur les éléments actifs et motivés mais cela me ferait bizarre d'interroger seulement la petite dizaine d'étudiants (voire moins dans certaines classes) qui suit et travaille sérieusement. Quoiqu'en fait, je suis parfaitement consciente que les autres seraient absolument ravis si je pouvais les laisser en paix pour qu'ils puissent tripoter leur portable, dormir ou papoter avec leur voisin.

En réalité, c'est un cercle vicieux alimenté par d'autres cercles vicieux.

Premier cercle vicieux : le système de l'enseignement supérieur en Chine. Dans les universités comme dans cette école professionnalisante (qui n'est pas une université), les étudiants savent d'avance qu'ils sortiront diplômés. J'ai interrogé ma collègue - de façon rhétorique (je me doutais déjà la réponse) - sur les examens dans cette école. C'est la même chose qu'à Qingdao : les rattrapages existent; par contre, s'ils échouent à nouveau, et bien... Oui, le redoublement existe en Chine. En théorie. Ainsi, on ne peut guère jouer la carte de la menace (même si j'y répugne généralement).

Second cercle vicieux : les moyens financiers / le milieu social des étudiants. Le fait que les diplômes universitaires soient "donnés" n'expliquent pas totalement l'absence de motivation de mes étudiants actuels. A Qingdao, mes étudiants se montraient nettement plus intéressés. Alors pourquoi cette différence ? Je pense que c'est lié aux moyens financiers. Mes étudiants à Qingdao sont d'origine plutôt modeste et réussir dans leurs études est important car ils espèrent pouvoir les poursuivre en faisant un master (ce qui exige de passer un concours) ou de décrocher un bon travail et tant qu'à faire qui soit en lien avec le français. Mes étudiants ici sont plus riches et ne semblent pas s'inquiéter pour leur avenir alors qu'actuellement mes anciens étudiants à Qingdao sont déjà en train de bachoter pour le concours de master. Ici, mes étudiants, ne savent pas ce qu'ils veulent faire plus tard - or, mes troisièmes années terminent leurs études en juin prochain - et ne semblent pas s'en préoccuper le moins du monde. Je suppose que c'est parce qu'ils peuvent se le permettre financièrement (ou plutôt leurs parents). Bref, l'obtention du diplôme et le désir de gagner leur vie n'étant pas un problème, voilà déjà deux bonnes raisons qui expliquent leur manque d'implication dans leurs études.

En fin de compte, ,ni les arguments sur leur avenir, ni les menaces, ni les encouragements, ni les compliments, rien ne les touche. Je m'efforce de préparer des cours riches en supports pédagogiques variés (power-points, vidéos,...) et de mettre en pratique diverses activités tant orales qu'écrites, mais là encore, aucune réaction. A partir du moment où il leur faut faire des efforts, rien ne les intéresse. Dans ces conditions, je comprends pourquoi mes étudiants de 3ème année ont un niveau si déplorable. Quand je pense que l'autre jour, un étudiant ne savait pas ce que "bâtiment" signifiait (même moi en chinois je le sais) et qu'une autre m'a dit en ANGLAIS qu'elle avait oublié sa feuille.... J'ai régulièrement des envies de meurtre. Voilà 3 semaines à raison de 4h hebdomadaires que je leur rappelle que "recruter" signifie "embaucher" et qu'ils ne le savent pas encore.

Le pire, c'est qu'ils vous font sentir coupable. Ils viennent se plaindre au professeur responsable en disant qu'ils ne comprennent pas, que c'est trop difficile, qu'il y a trop de devoirs, etc... Pourtant j'ai révisé mon programme à la baisse, je répète au moins 4 fois chaque consigne, j'écris beaucoup au tableau ou sur power-point pour qu'ils aient un support visuel, j'accepte de traduire en anglais s'ils me le demandent (pour des 3ème année !!!!), etc... Et malgré tout, ça ne va pas. Evidemment qu'ils ne comprennent pas tout ce que je dis, mais s'ils n'apprennent pas le vocabulaire des cours précédents, est-ce ma faute ? Je suppose qu'ils attendent que le professeur apprennent les cours à leur place. Les autres profs semblent résignées; ce qui n'améliore pas la situation. Elles ont l'habitude que les étudiants ne fassent pas les devoirs, qu'ils ne préparent pas les jeux de rôle, ... Elles ont réduit le nombre de devoirs, leur donne de bonnes notes et puis voilà.  Alors, après quand les élèves viennent "pleurer" auprès leur professeur principal, je n'ai plus qu'à m'incliner. "Armel, il faudrait que tu donnes moins de devoirs, un tous les 15 jours par exemple." Comme si je leur donnais un exposé à faire chaque jour ! Faut pas exagérer quand même. Tant qu'à faire les étudiants pourraient également fixer le programme du semestre. Et puis, se mettre des notes eux-mêmes. Pour ce qu'elles comptent de toute façon....

Vous avez dû remarquer que je suis plutôt remontée et d'assez méchante humeur. Mais, j'ai tellement l'impression de passer ma vie à répéter 100000 fois la même chose, de ne pas avancer, de dépenser de l'énergie en vain, de me battre contre des moulins à vent pendant que les étudiants stagnent dans leur ignorance et la fange de leur paresse.


La bonne nouvelle, c'est que je vais pouvoir récupérer un peu puisque nous avons une semaine de vacances à l'occasion de la fête nationale (1er octobre). Excepté que nous devons rattraper deux jours de cours (un ce week-end et l'autre le week-end après les vacances). Rrrrrr, ça me tue ce genre de mesure mesquine.

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commentaires

Michel 08/10/2009 09:55


Courage ! comme disait Guyomarc'h...


armel 08/10/2009 10:19


Lol
les vacances m'ont fait du bien. Espérons qu'il en soit de même pour les étudiants.


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