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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 14:31
Une chose est certaine : je veux bien travailler en Chine en tant qu'enseignante, mais je ne ferai jamais d'affaires avec eux pour la simple et bonne raison que je redoute particulièrement .... les dîners officiels.

Au cours de mes 2 années ici, j'ai assisté à quelques uns de ces dîners et c'est toujours la même épreuve. En fait, c'est tout à fait personnel car tout est lié à l'alcool. Si vous êtes capable de vider verre sur verre, alors vous n'aurez aucun souci; mais en ce qui me concerne, c'est un calvaire.

Hier soir, j'étais conviée par la directrice de l'école primaire où j'ai enseigné ces deux dernières années à un banquet qui réunissait une dizaine de "leaders" (le chef du bureau de l'éducation du district du nord; le chef du bureau de l'éducation de je ne sais plus quoi, blabla...). Heureusement, j'étais assise à côté d'un Français que je connaissais. La prof d'anglais, Shen Kun, qui me servait d'interprète à l'école primaire était également présente et nous servait de traductrice ainsi que de conseillère interculturelle, si je puis dire.

Les plats commençaient à s'accumuler sur la vaste plaque tournante au centre de la table. Aucun de ces chefs ne parlant anglais, je me savais condamnée à une soirée assez mortelle mais je comptais bien m'occuper en me délectant de tout ce qui défilait sous mes yeux. Malheureusement, j'avais à peine avalé une première bouchée qu'une femme s'est levée et s'est lancée dans un discours fleuve qui, à mon avis, se résume en trois mots : bonheur, amitié, bienvenue. Pendant ce temps-là, le serveur faisait le tour de la table pour remplir les verres de vin ou de bière. Connaissant les Chinois, je savais que j'aurais du mal à échapper à cette corvée. J'ai supplié Shen Kun du regard, mais elle m'a murmuré qu'il serait préférable que pour le premier verre, je trinque à l'alcool. Génial. La soirée s'annonçait mal.

Nous avons donc trinqué. Vous savez comment ça se passe quand tout le monde trinque en même temps ? Si on est trop loin pour faire tinter nos verres, on les frappe doucement contre la surface de la plaque vitrée devant nous. La femme a alors avalé son verre d'un coup et nous avons donc dû faire de même.
La même scène s'est renouvelée plusieurs fois, les différents protagonistes prenant la parole à tour de rôle et toute la tablée devant trinquer à l'unisson. Le cauchemar. Shen Kun a essayé de me venir en aide. A un moment donné, elle m'a pris mon verre et en a avalé le contenu à toute vitesse pendant que les autes finissaient le leur et me l'a remis aussitôt dans les mains. Ni vues ni connues. J'aurais bien aimé que la scène eut été filmée : j'imagine nos mines de conspiratrices...

Entre deux verres, j'essayais de grappiller quelques morceaux par-ci par-là alors que les autres convives ne semblaient guère s'intéresser aux plats.
Malheureusement, le supplice n'était pas terminé car, ensuite, chaque invité se levait pour trinquer avec chaque convive. La galère. Heureusement, moi, je n'avais pas besoin de le faire. Par contre, lorsque les autres venaient trinquer avec moi, il fallait bien que j'accepte les voeux et que je prenne mon verre.

Avec Shen Kun, nous avons élaboré et mis en oeuvre une véritable stratégie militaire pour me sauver :
- replis stratégiques aux toilettes pour se cacher provisoirement et gagner quelques minutes
- feintes pour tromper l'ennemi (j'avais commencé la soirée au vin blanc; or le thé qu'on nous servait aussi avait des nuances ambrées qui pouvaient faire illusion. De loin... et surtout que certains "ennemis" en question étaient déjà suffisamment éméchés pour ne pas distinguer le vrai du faux)
- drapeau blanc (Shen Kun a défendu mon cas en expliquant que je n'avais pas l'habitude; que j'étais une fille;etc)
- kamikaze (alors que l'un des chefs voulait absolument que je vide tout mon verre; elle lui a proposé que je boive une gorgée et qu'elle finisse le reste. Elle s'est ainsi sacrifiée plusieurs fois pour moi. Sauf que celui-là (le pire de la soirée) a refusé, en définitive. Intérieurement, je bouillais tellement d'indignation que je lui aurais bien brisé mon verre sur le crâne. Ca n'aurait pas été une grande perte pour l'humanité et, de toute façon, je suis certaine que c'est de la bière qui lui sert de liquide céphalo-rachidien.)

La soirée s'est donc écoulée péniblement à ce rythme. Pour que la soirée soit complètement gâchée, il ne restait qu'une chose : le karaoke. Ce qui n'a pas manqué. Mon tourmenteur a été le premier à s'emparer du micro, d'ailleurs. Il s'est avéré que le matériel avait quelques problèmes et au bout de trois ou quatre chansons sur lesquelles j'ai eu du mal à m'empêcher de me boucher les oreilles pour échapper à ses hurlements et ses aigus de fausset faussés, il a fini par renoncer. Ouf.
La trève fut de courte durée, cependant, car on nous a demandé de chanter quelque chose en français. On nous a suggéré un titre : "Hélène, je m'appelle Hélène" (m'expliquera-t-on un jour comment cette mièvrerie a atterri en Chine et est connue même de ceux qui n'ont jamais appris le français ? Pauvre culture française : voilà la "chanson" française la plus populaire parmi les Chinois...). J'ai regardé avec horreur l'autre Français; nous avons opté pour une chonson dont nous connaissions tous les deux les paroles.... "A la claire fontaine". J'admets que ce n'est pas très rock'n'roll, mais bon... De toute façon, les autes n'écoutaient pas : les uns étaient pris dans les vapeurs de l'alcool, les autres vociféraient - euh, discutaient-. Bref, nous sommes passés inaperçus.

4 heures plus tard, nous sommes enfin sortis du restaurant. Une des femmes chantait à tue-tête dans la rue; une autre s'obstinait à vouloir retourner dans la salle; certains hommes titubaient; d'autres avaient le visage rubicond... Ils avaient fière allure tous ces chefs. C'était d'un ridicule consommé. Pendant ce temps-là, Shen Kun courait de l'un à l'autre essayant de faire taire l'une , de faire monter
les autres dans leur voiture...
A ce moment-là, mon tourmenteur s'est rappelé mon existence et a proposé de me ramener. Je n'étais pas plus enthousiaste que cela surtout en voyant qu'il avait du mal à articuler trois mots, je me demandais donc s'il allait trouver le chemin et surtout s'il allait me ramener vivante. Déjà que sobres, les Chinois conduisent comme des sauvages; alors ivres...
Finalement, un autre homme (son chauffeur ? je ne l'avais pas vu auparavant) a pris le volant et j'ai été reconduite saine et sauve. J'étais soulagée de rentrer enfin chez moi et d'échapper à leur "enivrante" présence.

Vous me trouvez peut-être bien sévère. Qu'est-ce que c'est que quelques verres d'alcool ? Surtout qu'en réalité, je n'en ai pas trop absorbé : la plupart du temps, je ne faisais que tremper les lèvres dans mon verre. Mais je ne supporte pas cette obligation de boire; et surtout d'obliger à vider tout le verre ! Or, vous les verriez, ils se félicitent mutuellement lorsqu'ils vident leur verre et, limite, ils seraient capables de le retourner pour prouver qu'ils ont tout bu jusqu'à la dernière goutte !

Je sais qu'il faut s'adapter à la culture et aux coutumes des autres et je sais que c'est impoli de refuser de vider son verre si l'autre le fait. Mais, vous les verriez remplir les verres à ras bord, en verser le moitié sur la nappe ou le tapis; mélanger les alcools dans un même verre; devenir de plus en plus bruyants et ivres;... N'importe quel alcool pourrait faire l'affaire : il ne s'agit ni de goût ni de qualité mais uniquement de quantité. Plus on vide de verres et de bouteilles, plus la soirée est réussie. C'est plus fort que moi : assister à un tel spectacle me répugne. Comment des hommes et des femmes qui sont censés être respectables et avec des fonctions importantes peuvent-ils se livrer à une telle débauche ? En fait, ils ont l'habitude, je suppose, puisque c'est aller de banquet en banquet et s'enivrer fait partie de leurs attributions, si je peux dire. Le Français présent ce soir-là m'a confié que tous les repas avec des Chinois n'étaient pas forcément aussi arrosés mais les habitants de la province du Shandong respectent particulièrement cette tradition.
A se demander si finalement la citation "Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse" n'a pas été dite par un Chinois

Il est des expériences dont je me passerais bien, parfois... .


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Published by armel - dans Vie à Qingdao
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commentaires

Paul 08/07/2009 08:56

Une véritable anthologie des bonnes manières dans la société chinoise!

armel 08/07/2009 16:18


Les "bonnes" manières... mouais... Le sujet m'inspirait, je le reconnais !


Maï 03/07/2009 13:56

Oui mais dans le cadre du travail, ça peut arriver. Comme toi, on voit bien que si tu pouvais, tu t'en passerai ! :-D

Maï 03/07/2009 12:39

Bon ben c'est pas demain que j'irai en Chine alors !Ado, j'ai réussi à tenir tête à mes copains qui pensaient qu'on ne pouvait pas faire la fête sans alcool, c'est pas pour que des Chinois m'offrent ma première cuite ! ;-)

armel 03/07/2009 13:51


Bon, faut pas dramatiser non plus : en-dehors des banquets officiels, il n'y a pas cette quasi-obligation. Donc, il y a moyen d'échapper à ce genre d'expérience !


Maï 03/07/2009 11:48

Comme toi, je trouve ça horrible, répugnant ! Pour ma part je ne bois pas. Rien, jamais, même pas du champagne en temps de fête. Je n'aime pas ça, et en plus dès la première gorgée j'ai des réactions musculaires bizarres, une espèce d'allergie je suppose. Tu as essayé d'invoquer un prétexte médical ? Pour ma part, si j'étais à ta place, il serait hors de question d'avaler quoi que ce soit, tant pis pour les traditions et la tralala !

armel 03/07/2009 12:33


Je n'aime pas l'alcool mais ça ne me rend pas malade; donc en cas de force majeur, je peux quand même avaler quelques gorgées. D'autre part, je suis sûre que même si j'avais invoqué ce prétexte,
ils ne m'auraient pas cru ou ils n'en auraient pas tenu compte, j'en suis sûre, ils étaient tellement intraitables...


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