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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 15:43
Ce que j'apprécie énormément dans mon métier, c'est la proximité avec les étudiants. Je ne suis pas seulement leur prof, leur référent culturel, leur amie mais pour certains je suis également leur expert en ressources humaines, leur confidente, voire leur conseillère matrimoniale ou presque ! Ce sont plus ou moins les 3 rôles que j'ai dû jouer récemment auprès de 3 étudiantes différentes.

La première est venue me trouver car elle avait postulé à un job d'assistante/secrétaire dans une petite start-up française établie à Qingdao qui cherchait un(e) étudiant(e) chinois(e) parlant bien français et elle avait été retenue pour passer un entretien. C'est dans ce genre d'occasions que je regrette mon manque d'expérience dans la vie en générale car, mis à part ma formation et mon expérience dans le FLE, je ne connais guère autre chose. Je n'ai jamais passé un véritable entretien d'embauche alors donner des conseils sur quelque chose que je n'ai pas expérimenté... Bref, finalement, elle a obtenu le job. Je trouve que les étudiants chinois sont quand même plus courageux que nous : mon étudiante va travailler 20h/semaine, sans compter les heures de cours et les devoirs à faire. Cela dit, je comprends sa motivation : beaucoup d'étudiants m'ont fait part de leur inquiétude - voire angoisse pour certains - par rapport aux débouchés après leur 4ème année en ayant en poche uniquement un diplôme de français. Une bonne partie songe à partir en Afrique même s'ils ne connaissent rien de ce continent mais, pour les Chinois, travailler là-bas, c'est un peu l'eldorado : le meilleur moyen de se faire de l'argent rapidement, paraît-il.

Le problème de la seconde étudiante était plus délicat et personnel. Au coin français de l'autre université, elle a fait connaissance avec un prof français qui, depuis, la drague. Or, elle ne sait pas comment gérer la situation car elle voudrait qu'il cesse mais ignore comment lui répondre. Elle me demandait donc comment faisaient les Français ou les Françaises en l'occurrence dans une telle situation. C'est vrai que ce n'est pas le genre de choses que nous étudions en classe...
Ce qui est amusant, c'est que toute la classe est au courant (c'est une autre étudiante qui m'a mise au parfum et c'est pourquoi cette étudiante est venue me voir par la suite car elle savait par la première que j'étais informée,... bref, vous avez suivi ?); du coup, les filles ne veulent plus aller à ce coin français. C'est regrettable car les étudiants n'ont pas tant de chances que cela de pouvoir discuter en français avec des francophones autres que moi et les étudiants français sur le campus.

Mercredi, ma troisième étudiante m'a confié qu'elle avait une question importante à me poser. Elle a commencé par me demander de quoi parlaient les Français entre eux en général. J'étais un peu interloquée : où voulait-elle en venir avec cette question ? Je lui ai répondu que ça ne devait guère être différent des Chinois et que nous parlions travail, étude, vacances, projets... Alors,  elle m'a raconté qu'elle avait été invitée chez un couple français à qui une de ses amies enseigne le chinois. Pendant le repas, à un moment, la discussion a porté sur  - et là, mon étudiante a murmuré - "des choses concernant l'amour". Elle n'a pas su ou voulu m'en dire plus; donc je ne sais pas dans quelle mesure les propos échangés étaient choquants ou pas. Toujours est-il que mon étudiante m'a regardé d'un air catastrophé en m'expliquant : "Moi, je suis une fille traditionnelle. Je ne peux pas parler de ce genre de sujets. Alors comment pourrai-je m'intégrer si je vais en France et si je veux avoir des amis français?" Elle a poursuivi en déclarant qu'elle n'ignorait pas que les Français étaient beaucoup plus ouverts et évoquaient beaucoup plus facilement ce sujet que les Chinois. Elle semblait persuadée que c'était un sujet de conversation aussi banal que la pluie et le beau temps; d'où son inquiétude à l'idée de devoir changer de mentalité à ce point si elle voulait se rendre en France.

Comme vous le voyez, ce n'est pas triste : entre les questions "Pourquoi les Français mangent-ils des lapins en chocolat à Pâques?"; "Quelle est la différence entre "quoique" et "bien que" ?", "Est-ce que les astrologues paient des impôts ?", "Pourquoi on utilise le mot "temple" à la fois pour les bouddhistes et les protestants ?" et les questions plus personnelles comme évoquées précédemment, j'en vois de toutes les couleurs. Mais, c'est cela aussi le charme de ce métier : je n'ai jamais autant réfléchi sur ma langue et ma culture et, jour après jour, il me semble qu'elles sont de plus en plus difficiles à enseigner de façon juste et raisonnée.

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Published by armel - dans Vie à Qingdao
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commentaires

Maï 08/12/2008 15:15

On a des petites classes aussi. Ici les chambres sont généralement pour 2 personnes, c'est déjà mieux que 6 ! Mais peut-être que tes étudiants sont simplement plus mûres que les miens. Ici ce sont des bébés, souvent on dirait à peine des collégiens...

armel 08/12/2008 16:06


Plus mûrs, je ne sais pas. Ils peuvent être parfois d'une naïveté tellement désarmante ! Mais, je crois qu'ils ont un respect presque quasi-sacré de l'enseignement et de l'enseignant que cela
pourrait être une autre raison qui explique leur attitude et le fait qu'ils n'osent pas se disputer (en classe, en tout cas).


Maïwenn 07/12/2008 16:35

Est-ce que tu as aussi des disputes à gérer ? Ca devient systématique chez nous, tous les semestres un étudiant est exclu par les autres. Ou bien des groupes se forment, et c'est la guéguerre. Oui, oui, j'enseigne bien en fac, pas en primaire... Par contre pour l'amour et l'homosexualité, aucun problème, ils en connaissent un rayon mes petits Thaïs !

armel 07/12/2008 16:59


Non pas du tout. Je n'ai jamais vu de disputes ni même les étudiants s'énerver les uns contre les autres. Ils sont tous très proches pour autant que je puisse l'observer. Mais je crois que
plusieurs raisons expliquent cette situation : les effectifs dans chaque classe restent raisonnables (une vingtaine); d'autre part, comme il n'y a qu'une classe par niveau, ils restent ensemble de
la 1ère à la 4ème année sans pouvoir se mélanger à d'autres étudiants (ce qui ne les empêche pas d'avoir d'autres camarades en-dehors des cours, bien sûr); enfin, ils dorment en dortoirs (6 par
dortoirs); donc par la force des choses, ils sont amenés à bien se connaître et il vaut mieux bien s'entendre avec ceux dont vous allez partager la chambre pendant 4 ans ! Donc, non, pas disputes,
jamais !


Alexis 06/12/2008 07:26

Pour la troisième, ça me fait penser à cette fabuleuse fois où j'avais abordé le thème de l'homosexualité en coin de français. C'est sûr  qu'on ne pouvait pas les dire à l'aise sur le sujet.Après, parler d'amour, j'imagine que ça s'apprend avec tout le reste quand on est immergé dans la culture française. Demande à tes anciennes à la limite si t'as encore des contatcs. Je pense notamment à Jeanne.Bref, bon courage maman!!! 

armel 06/12/2008 11:22


C'est vrai que tout ce qui relève de ce domaine est délicat pour eux : au pire, c'est les regards baissés et le silence absolu au mieux c'est les rires gênés ou nerveux.
Pour celles qui sont allées en France, je n'ai pas vraiment l'impression qu'elles aient noué des relations très profondes avec des Français(es). Mais, il est vrai que Jeanne, par exemple, on peut
aborder tous les sujets sans taboo.
Enfin, de toute façon, ce n'est pas seulement une question culturelle, c'est aussi une question de personnalité car, moi-même, j'aborde rarement le sujet (du moins personnellement; pendant les
cours c'est différent si on voit un film ou si on lit un texte) bien que je sois Française.


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