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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 15:55
Personnellement, je n'ai jamais vraiment apprécié les cours de didactique que nous subissions en master. Trop théoriques, décalés de la réalité, ... Même les livres des grandes pointures dans le domaine me semblaient soporifiques au possible. Heureusement, le dieu Internet existe pour les profs de fle (car étant à l'étranger, Internet nous est d'un grand secours pour accéder à toutes sortes de supports pédagogiques de la presse en passant par la vidéo ou les clips de chansons). Mais internet est bien pratique aussi pour consulter tous les blogs des profs et les ressources que certains mettent en ligne spontanément. Car, franchement, face à une classe de 30 débutants - GRANDS débutants - qui ne savent même pas dire "bonjour" , comment voulez-vous que nous appliquions toutes les belles théories développées dans les livres de didactique ?

Ca me fait bien rire d'ailleurs car lorsque l'on consulte les conseils sur Internet ou ailleurs pour les premiers cours, on vous suggère "objectif : savoir se présenter". Bon, jusque là, ça va, je m'en doutais un peu. Sauf qu'après, toutes les activités proposées semblent partir de l'idée que les étudiants savent déjà reconnaître un nom d'un prénom, dire son âge et les nationalités. Et bien, non ! Ce n'est pas toujours le cas !

Je n'ai pas réussi à trouver un seul site capable de me donner des idées intéressantes pour un cours avec des étudiants ne parlant PAS UN MOT de français. Les activités ludiques comme poser des questions pour deviner quel personnage on est; celles de vocabulaire comme le taboo ou dessinez, c'est gagné demandent toutes un minimum de connaissances. Or, c'était là mon problème. J'aurais voulu trouver des idées amusantes ou originales pour ces étudiants qui commencent le français pour leur donner envie de continuer et leur donner l'impression que l'apprentissage peut être quelque chose de plaisant.


Demander à mes collègues ? La seule à enseigner aux première année est la directrice qui en guise de conseils m'a dit : il faut les faire répéter plusieurs fois. A ça, c'est sûr, c'est pédagogique et ludique !....

En attendant qu'ils acquièrent suffisamment de connaissances pour que nous puissions faire des petits jeux en classe, je fais de la phonétique (les virelangues du style "les chaussettes de l'archiduchesse sont archi-sèches" ont beaucoup de succès auprès des étudiants) et de l'oral assez répétitif malheureusement, mais quelle autre méthode ?

Pour l'instant, ils n'ont eu que deux semaines de cours et demain ce sera la 3ème fois que je les vois. Or, je sais que dans le livre qu'ils utilisent avec la directrice, les premières semaines sont uniquement consacrées à la phonétique. Donc, il va falloir que je patiente un bout de temps avant qu'ils ne puissent formuler une phrase de base. En attendant, je leur donne des phrases et des questions toutes faites "Comment tu t'appelles ?" , "Tu as quel âge ?",... sans expliquer la grammaire. Ou plutôt, disons que je le fais de manière inductive en soulignant les "s" des verbes avec "tu", etc; de sorte qu'ils se fabriquent eux-mêmes leur grammaire sans que nous passions par un langage métalinguistique. En outre, je sais qu'ils vont étudier la grammaire en long, en large et en chinois avec la directrice pendant le reste de l'année; donc je préfère privilégier l'oral autant que possible.

Quant à l'autre question didactique qui est : faut-il tout enseigner dans la langue cible ou utiliser la langue source ? C'est bien joli mais encore une fois, c'est presque impossible d'enseigner le français tout en français à des vrais débutants. Evidemment, les premiers cours, on voit des choses simples qui sont compréhensibles avec des gestes, des images ou une mise en situation; et le recours à la langue cible pourrait être évité. Mais, ce n'est pas toujours facile de faire comprendre une consigne ou un mot précis; alors dans ces cas-là, je traduis en anglais ou je demande aux étudiants de me dire s'ils veulent que je traduise ou encore, je demande aux étudiants de traduire en anglais pour voir s'ils ont compris le sens.

Une chose est sûre : des disparités de niveau sont déjà visibles dans la classe à niveau de base pourtant identique. Il semble clair que certains étudiants apprennent plus facilement que d'autres et ont une intuition linguistique beaucoup plus développée que d'autres.

Ainsi, pour introduire le mot "aussi", j'ai pris l'exemple de plusieurs étudiants qui avaient le même âge en disant plusieurs fois "Laure a 18 ans.", "Romain a 18 ans.". Quand ils ont bien compris de qui et de quoi je parlais, j'ai répété cette fois en ajoutant "Laure a 18 ans; Romain a 18 ans aussi." J'ai fait la même chose en choisissant d'autres étudiants qui avaient un âge différent et en enlevant donc le "aussi". J'ai fait la même chose avec 19 ans; puis imaginant que deux étudiants avaient le même prénom, etc... Puis j'ai écrit les phrases au tableau en soulignant le mot et les âges ou noms qui étaient pareils. A la fin de ma démonstration, la plupart des étudiants avaient compris puisqu'ils me l'ont bien traduit en anglais, mais j'en ai vu au moins 3 qui n'étaient pas capables de le faire.

Les filles seraient-elles plus douées dans l'apprentissage des langues ? En 1ère, 2ème et 3ème année, c'est indéniablement elles qui s'expriment le mieux alors que les garçons participent beaucoup moins en classe, sont plus en retrait et sont moins bons à l'oral. Peut-être n'osent-ils pas car ils sont en minorité par rapport aux filles.
En tout cas, au bout de deux cours avec les 1ère année, j'ai déjà remarqué sur quelles filles je pourrai m'appuyer car elles semblent comprendre très rapidement ce que j'explique; de même que j'ai noté le prénom d'au moins 3 garçons et 2 filles qui semblent avoir beaucoup plus de mal à suivre. Mais franchement, quand on a posé 23 fois la question : "Comment il/elle s'appelle ?" et qu'arrivé au 24ème étudiant, celui-ci lève vers vous un regard bovin en murmurant éperdu à son voisin "shenme yisi" (qu'est-ce que ça veut dire), qu'est-ce que le prof est censé faire à ce moment-là ?


En réalité, les cours se passent plutôt bien notamment grâce au secours de l'anglais dont je limite l'utilisation mais qui rassure les étudiants qui savent qu'ils peuvent me demander des explications ou des traductions par ce biais. C'est donc plus facile que mes cours avec mes bambins à l'école primaire qui ne maîtrisent que des bribes de la langue de Shakespeare et comme la prof chinoise qui assistait à tous mes cours a beaucoup de réunions cette année et me laisse souvent me débrouiller,  je me retrouve obligée de jongler avec le français, l'anglais, le chinois, les mimiques, les dessins, les photos.... pour me faire comprendre ou pas....

Pour finir sur une note humoristique, savez-vous quelle chanson française est connue de tous les étudiants chinois qui s'intéressent au français ?
Même mes première année m'en ont parlé. Mais je ne comprends pas pourquoi elle est si appréciée car vraiment !...
Est-ce que j'attends vos propositions ? Non, car vous ne trouverez jamais : cela ne vous viendrait jamais à l'idée et je suis certaine que pour la génération de mes parents, ce titre est inconnu. En effet, il s'agit de "Je m'appelle Hélène". Pour les incultes :-), il s'agit de la chanson du générique d'une série pour ados, début des années 90. Comment une telle chanson a-t-elle pu percer en Chine ? Peut-être justement parce que les paroles sont si peu recherchées qu'elles sont faciles à comprendre même pour des débutants.

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commentaires

Alexis 12/10/2008 19:49

Bizarrement, je parie que j'aurais trouvé pour la chanson...Et question; il y a des coins de français?? avec des français?? 

armel 13/10/2008 06:58


Bizarrement, je ne suis pas surprise que tu saches pour la chanson.

Sinon, oui, il y a toujours des coins français avec alternativement ou ensemble : un étudiant de Rennes 2 qu'Alex connaît, une autre bretonne avec qui j'ai eu peu l'occasion de parler jusqu'à
maintenant, Diane et ses 2 cousines.
Au deuxième semestre, il devrait y avoir tout un groupe de Nantais qui viendront à Qingdao étudier le design.
Mais pour l'instant, le ooin français est suspendu pour cause de théâtre; les étudiants sont d'accord pour ne pas faire un truc romantique gnan-gnan, mais quand ils m'ont parlé de Maupassant
"Pierre et Jean", je suis restée dubitative. J'espère qu'ils vont trouver une idée plus lumineuse. Affaire à suivre....


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