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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 08:56
Je ne sais pas dans quelle mesure la France et le monde parle encore du Tibet et d'un éventuel boycott (je vois que les journaux continuent à publier régulièrement des articles sur le sujet) mais, ici, la question agite beaucoup de monde. Attention : ici, ne signifie pas la Chine en général, mais le microcosme qu'est la vingtaine d'élèves de deuxième année du département de français de l'université de Qingdao dans le Shandong en Chine.

Rétrospectivement, je crois que je n'aurais pas abordé le sujet si une de mes collègues chinoises ne l'avait pas fait la première car les élèves ont du mal à accepter les critiques occidentales à l'égard de la Chine et le fait qu'une Chinoise leur dise que tout n'est pas faux et que la Chine n'a pas toujours raison permet de faire "passer la pillule" plus facilement que si j'avais été l'unique personne à en parler.

Après un peu plus d'une semaine, j'ai l'impression que les étudiants sont passés d'une phase : "j'essaie de comprendre les critiques des Occidentaux à défaut de les accepter" à une phase "de toute façon, les Occidentaux détestent la Chine et ils ne devraient pas confondre la question du sport à celle de la politique". Contrairement à mon attente, j'ai le sentiment que les positions se sont cristallisées : ceux qui étaient contre l'indépendance du Tibet le sont encore plus qu'auparavant et vont même jusqu'à penser que finalement les médias occidentaux ne sont pas aussi objectifs qu'ils le croyaient alors que ceux qui étaient plus ouverts sont désarçonnés.

En effet, une de mes étudiantes est venue me voir à la fin du cours en m'annonçant sur un ton grave : "J'ai l'impression d'être complètement perdue". Pourquoi ? Elle se sent tiraillée entre son coeur et sa raison. Son coeur lui dit qu'elle est patriote, qu'elle a toujours été élevée dans l'idée qu'elle devait respecter sa patrie comme ses parents et que ne plus croire en elle, c'est comme dire qu'elle n'aime plus ses parents. Sa raison lui fait dire que si elle était tibétaine, elle voudrait sûrement l'indépendance et qu'elle comprend les revendications des Tibétains. D'où cette crise existentielle : elle est Chinoise, elle aime son pays alors elle se sent coupable de soutenir (intérieurement) les Tibétains car c'est comme si elle trahissait son pays.
Mon étudiante semblait vraiment troublée et perturbée d'autant plus qu'elle se rend compte qu'elle est peut-être la seule de la classe à éprouver un tant soit peu de compassion pour les Tibétains. Les autres restent dans la vision qui leur a toujours été inculquée : le Tibet est chinois, c'est un problème intérieur et les Occidentaux n'ont aucun droit de s'en mêler.

La Chine cultive le patriotisme de ses habitants dès leur plus tendre enfance, dès lors il n'est pas tellement surprenant que tous les Chinois avalent ce que le gouvernement leur annonce et qu'ils ne cherchent pas à le contredire même s'ils ont conscience qu'il existe des problèmes.

En tout cas, un patriotisme savamment cultivé et une propagande efficace font que désormais 1,3 milliard de Chinois détestent ces "Occidentaux qui menacent de boycotter des JO qu'ils ont attendus si longtemps, si bien préparés et pour lesquels ils ont fourni tant d'efforts".

Les sentiments de mes élèves se sont exacerbés lorsqu'ils ont appris qu'un journaliste avait comparé dans son article les JO de Berlin en 1936 avec les JO de Beijing, Même ma collègue chinoise, très ouverte (elle a étudié en France pendant un an), a trouvé que c'était exagéré. Elle a ajouté que jusqu'à présent elle avait tenté de rester objective le plus possible alors qu'elle trouvait parfois que c'était difficile d'accepter certaines remarques car elle aussi se sent liée à la Chine par son patriotisme, mais qu'après avoir lu cet article, elle était vraiment en colère contre les médias occidentaux et qu'elle n'en pouvait plus de toutes ces critiques.

En voyant ces réactions, ces oppositions ou ces doutes, je n'arrive plus à savoir quoi penser de la situation. C'est aisé pour vous qui êtes loin de vouer la Chine et les Chinois aux gémonies et même si je soutiens la cause tibétaine et même si j'ai parfois dit que je détestais les Chinois, je ne peux pas ne pas comprendre leur attitude et leurs sentiments. Mes élèves ne représentent pas tous les Chinois, d'accord, et il est tout à fait possible qu'une large majorité soit encore plus violemment opposée aux Occidentaux et encore plus extrêmes dans leur position; mais je ne peux pas les condamner connaissant certains d'entre eux et sachant les affres par lesquelles certains passent.


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Published by armel - dans Généralités
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Michel 08/04/2008 17:57

il ne faut pas confondre les autorités chinoises et le peuple chinois ou tel ou tel Chinois pas plus qu'il ne faut généraliser l'opinion publique française à partir de l'opinion de tel ou tel journaliste.Un élément fort à faire comprendre à ces jeunes étudiants chinois, c'est qu'ici il y a liberté d'opinion, y compris dans la presse, liberté d'association et de manifestation. Lla police devrait se limiter au respect de l'ordre public (vaste sujet) même si parfois on a l'impression qu'elle se comporte comme en Chine et ne se limite pas à empêcher l'affrontement entre manifestants et contre-manifestants...

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