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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 05:55

Un petit article didactique aujourd'hui.

Puisque je suis libre d'organiser mes cours comme je l'entends, j'ai décidé de tenter une expérience avec mes étudiants de 1ère année dans le cours d'oral/conversation.

Je n'ai jamais donné un cours où l'on n'est censé faire que de l'oral. Que faire dans ce genre de classe ? Des jeux de rôle du genre "Vous voulez acheter des chaussures, vous allez dans un magasin. Imaginez le dialogue entre vous et la vendeuse." ? J'ai toujours trouvé cela stupide et ennuyeux que ce soit en tant que prof ou en tant qu'élève. En anglais au lycée ou en japonais à la fac, j'ai dû pratiquer ce style d'exercices complètement artificiels. D'autant plus que la plupart du temps, on préparait les dialogues avec un camarade qui faisait l'autre interlocuteur et on se contentait donc de lire ce qu'on avait préalablement rédigé ou de réciter, dans le meilleur des cas. Autrement dit, ce n'était rien d'autre que de l'écrit oralisé ou lu. Pour la conversation et l'improvisation, il faudra repasser.

D'où ma question, début mars, lorsque l'on m'a donné ce cours : que vais-je faire pendant ces 2h hebdomadaires qui soit motivant et pas trop convenu ??? Je sais bien que l'apprentissage dans une salle de classe aura toujours un côté factice qu'on le veuille ou non : les contraintes matérielles, institutionnelles, culturelles en plus des problèmes linguistiques font qu'il est impossible de reproduire en classe de véritables échanges. Cela dit, est-ce vraiment impossible de faire autre chose que "Vous invitez des amis ce soir. Vous allez faire les courses. Imaginez le dialogue avec le marchand." (comme si on allait au marché ! personnellement, j'ai toujours fait mes courses dans des supermarchés ou des supérettes et je n'ai jamais demandé combien coûtait le kilo d'oranges; donc je me sens toujours mal à l'aise en tant que prof de donner ce genre de jeu de rôle à mes étudiants. Il faut essayer de coller le plus possible à la réalité et - je me trompe peut-être - mais je n'ai pas l'impression que les jeunes de 20-25 ans vont souvent au marché....)

Conclusion : j'ai décidé de tester la "simulation globale". Je n'ai commencé que récemment car, auparavant je voulais mieux cerner le niveau des étudiants et, surtout, je n'étais pas sûre de moi : j'hésitais à me lancer dans ce projet sans support didactique sous la main qui puisse me donner quelque pistes. Il existe quelques manuels et ouvrages sur le sujet mais.... en France. Ici, rien : ni dans la bibliothèque de l'université, ni à l'Alliance française,... Mais finalement, j'ai décidé qu'il fallait que je tente malgré les erreurs ou les mises au point qui vont certainement se produire.

Alors, une simulation globale, qu'est-ce que c'est ? Vous en avez de plusieurs types (l'immeuble, le cirque, l'île, le village, la conférence internationale, l'entreprise,...). L'objectif, c'est de choisir un cadre qui reproduise le mieux possible la réalité. Ensuite, chaque participant se crée une identité fictive puis les séances suivantes sont consacrées à faire évoluer les personnages dans ce cadre. Ainsi, d'une séance sur l'autre, on retrouve les mêmes personnage et les mêmes lieux; ce qui permet de créer des histoires et des scénarios vraiment intéressants.

J'ai donc décidé de tester "l'immeuble". Avec les étudiants, on a choisi un immeuble (j'avais imprimé différentes photos d'immeubles qui existent vraiment, on a choisi l'adresse, puis le nombre d'appartements...). Ensuite, les personnages : pour me faciliter les choses et les obliger à travailler avec d'autres personnes que leur voisin(e), je leur ai fait tirer au sort une situation familiale (un couple, une famille, deux soeurs, des colocataires...) et, à partir de là, les étudiants ont forgé leur identité (nom, prénom, âge, nationalité, profession....). Ensuite, chacun a choisi un appartement dans l'immeuble et chaque groupe devait décrire son appartement.
Dans les vraies simulations globales, les étudiants sont souvent amenés à utiliser l'écrit (décrire son personnage, son appartement, ce qui s'est passé...). Je ne sais pas si je fais bien ou non mais je "saute" cette partie la plupart du temps pour ne me consacrer qu'à l'aspect oral des situations car je n'ai que 2h par semaine avec les étudiants et ils travaillent déjà suffisamment - voire trop - l'écrit dans les autres cours.

Hier, on a véritablement mis en place la simulation globale puisqu'on a commencé les interactions entre les groupes. Les objectifs étaient : faire connaissance/se présenter - inviter - recevoir. J'avais donc établi quelques situations  (les Bernier invitent leurs voisins de palier pour faire connaissance puisqu'ils viennent d'emménager; Mr et Mme Scofield croisent un autre couple dans les escaliers, ils commencent à discuter....). Cela a très bien fonctionné, les élèves se sont vraiment bien pris au jeu et cela est de bon augure pour les séances suivantes.

Vous allez me dire : en quoi cela nous intéresse-t-il ?
Lisez la suite !

Hier, les actes de paroles étaient relativement simples et assez bien maitrisés par l'ensemble des élèves. Donc, sur le plan linguistique, c'était plutôt bien mais je me suis rendue compte à quel point les aspects culturel et sociolinguistique de l'acte de se présenter ou d'inviter étaient peu "français".

Premier exemple :
le groupe A (je vais les appeler comme ça pour faire plus simple) était invité chez le groupe B. Ils se sont installés, le groupe B a proposé à boire aux invités,... Tout allait bien. Et puis, ils ont commencé à trinquer. Or, ils l'ont fait à la chinoise; c'est-à-dire plusieurs fois ! En France, on se contente généralement d'un "A votre santé" ou d'un "Tchin-tchin" en début de repas. Or, en Chine, j'ai déjà évoqué cet aspect, les gens trinquent plusieurs fois ensemble ou trinquent avec leur voisin à chaque fois qu'ils veulent boire une gorgée (je parle évidemment des repas un peu importants ou officiels, pas entre des amis proches). Et donc, mes élèves ont fait de même. Ils ont trinqué une fois - parfait- et ont repris leur conversation. Puis ils ont retrinqué et repris le dialogue et ainsi de suite au moins 4 ou 5 fois. Je pense que j'étais la seule dans la classe à trouver cela amusant car la situation devait paraître normale aux yeux des autres élèves. Rappelons qu'aucun d'entre eux n'est jamais allé en France et ils ne connaissent rien de la culture française (surtout que les autres profs qu'ils ont n'ont jamais posé le pied en France); par conséquent, il n'est guère surprenant que l'on puisse noter quelques interférences de la culture chinoise dans une situation qui se veut "française".

Autre exemple :
Presque tous les étudiants ont fait des remarques physiques. Oh, pas de problèmes, c'était très gentil : la plupart se sont écriés "Oh, comme vous êtes jolie" ou "Ce que votre fille est jolie", mais cela m'a terriblement rappelé l'attitude générale des Chinois. Je ne compte plus le nombre de fois où des gens que je connaissais très bien - des élèves, donc - m'ont fait des remarques sur mon physique, du style "tu as grossi" ou "tu as maigri" (plus rare, malheureusement! lol). En fait, ils vous le disent de façon tout à fait naturelle, sans penser que cela puisse vous vexer ou être impoli. Ils se font des remarques entre eux aussi, donc ce n'est pas lié au fait que je sois étrangère, c'est juste une attitude habituelle.
En tout cas, je ne m'imagine pas dire à une personne que je rencontre pour la première fois (ce qui était censé être le cas dans leur situation) : "Que vous êtes jolie!".

Autre exemple :
Le groupe C était invité à dîner chez le groupe D. La conversation se passait très bien, ils parlaient de leur travail et puis l'un des élèves a demandé le plus naturellement du monde à celui qui était en train d'évoquer son métier de journaliste : "Combien gagnez-vous par mois?". Encore une interférence culturelle. En France, on est très réservé sur les questions d'argent - a fortiori avec des inconnus - mais, en Chine, il n'y a aucun problème à évoquer ce sujet.
Cela me rappelle d'ailleurs une anecdote que je ne crois pas avoir racontée. Je prends le taxi une fois par semaine pour me rendre à un de mes cours particuliers et il arrive très souvent que le chauffeur me fasse la conversation. Une fois, le chauffeur - c'était une femme - a entamé le dialogue avec les questions habituelles puis elle a continué avec des questions de plus en plus indiscrète en voulant savoir si j'avais un petit ami, si j'aimerais avoir un petit-ami chinois et pour finir, elle m'a demandé quel était mon salaire à l'université. Il y avait sûrement une part de curiosité - savoir combien pouvait gagner un étranger en Chine - mais le fait qu'elle pose la question de façon totalement naturelle sans s'excuser de la poser ou sans paraître embarrassée, montre bien qu'ici le sujet de l'argent n'est pas tabou comme en France.




Voilà donc le pourquoi du comment du titre de cet article. Et, c'est aussi pourquoi j'aime tant enseigner ici et aux étrangers, en général. Enseigner à des Français serait beaucoup plus banal : pas de surprises, pas de partage, pas d'échanges. Enseigner à des étrangers veut dire apprendre à mieux connaître leur culture,leur perception des choses et partager la vôtre et votre vision du monde; connaissez-vous quelque chose de plus passionnant ?

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commentaires

Maïwenn 09/04/2008 15:23

Les Thaïs posent les mêmes genres de questions. Plusieurs fois des chauffeurs de taxi m'ont demandé si j'avais un copain, j'ai mis du temps à comprendre que c'était pas spécialement pour me draguer, juste pour savoir. Ils adorent le fait que j'ai un copain thaï. D'ailleurs ils sont particulièrement curieux les chauffeurs ! Ils font les mêmes commentaires sur le physique, mais j'ai de la chance, en général les gens disent que j'ai maigri :-D

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