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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 14:55

J'espère que la personne dont je vais parler ne lira pas ce que je m'apprête à vous révéler, surtout qu'il s'agit de ma "patronne" ! 

Cela faisait quelques semaines que je me posais cette question : comment se fait-il que je ne croise pas plus souvent la directrice du département de français et pourquoi les rares fois où nous nous sommes vues (si peu souvent en fait, que je peux même vous dire le nombre : 6 fois !!!!) ne me dit-elle pas plus que "Bonjour" et "Ca va ?" ? J'ai essayé d'entamer la conversation mais cela tournait court à chaque fois. Je commençais à me dire que j'avais dit ou fait quelque chose qu'elle n'avait pas apprécié bien que je ne voyais pas à quel moment, vu les rares fois où nous avons eu l'occasion d'échanger trois mots. Et la réponse est arrivée par hasard cette semaine. Je ne sais plus comment le sujet est venu dans la conversation avec une de mes étudiantes, mais celle-ci m'a raconté que la directrice faisait également tout pour éviter le prof de français l'annnée dernière : elle faisait en sorte de ne pas aller au bureau les heures où elle aurait pu croiser le Français; si elle avait une information à lui communiquer, elle demandait à une autre prof de lui transmettre le message... La raison de toute cette stratégie d'évitement : complexe d'infériorité. Ou, plutôt, la peur de perdre la face. Ah ! La face ! Toute une histoire en Chine. Apparemment, elle a conscience que son niveau de français n'est pas celui que l'on pourrait attendre d'un responsable de département de langue étrangère. Et c'est vrai que j'ai été très surprise la première fois que j'ai reçu un email de sa part : les maladresses dans l'expression et les erreurs de syntaxe faisaient plus penser à un écrit d'un élève de deuxième année qu'à celui d'une directrice de département de français ! Alors pourquoi occupe-t-elle cette fonction ??? Selon ma source (que je sais fiable), cette distinction est due à son âge... Voilà qui nous soulage : les responsables ne sont pas nommés en fonction de leurs compétences.... 

Ce qui m'amène à évoquer un sujet voisin. Selon certains de mes étudiants, ce qui est pris en compte en Chine au moment du recrutement, ce n'est pas l'expérience mais l'âge et les diplômes. Une jeune fille de 22 ans aura bien plus de chances de décrocher un emploi qu'une femme de 28 ans, fût-elle plus expérimentée et compétente pour occuper le poste en question. Mes étudiants n'ont pas vraiment réussi à m'expliquer le pourquoi de cet état de fait mais il semble que les entreprises préfèrent former leurs employés, les "modeler" à leur image... plutôt que de devoir composer avec les habitudes que l'employé expérimenté aurait intégrées. Donc, une de mes étudiantes qui aimerait bien partir travailler en France pendant un an ou deux hésite à le faire car elle craint d'être trop "vieille" (à 25 ou 26 ans !!) pour trouver ensuite un emploi en Chine. En France, au contraire, on nous demande des années d'expérience que nous ne pouvons pas avoir si les entreprises ont toutes cette même exigence.. Aucun système n'est parfait...

Toujours sur le thème du travail : dimanche va avoir lieu le concours de fonctionnaire pour les étudiants qui le passent. Parmi mes étudiants de 4ème année, plusieurs vont le tenter. C'est un peu surprenant car il s'agit d'un examen national, donc cela ne concerne pas leur spécialité de français. Ainsi, s'ils réussissent et qu'ils commencent à travailler, il est possible qu'ils n'utilisent plus jamais le français (cela dépend du poste qu'ils occuperont, bien sûr). C'est un peu dommage, mais je ne suis pas si surprise car je me souviens qu'au début de l'année, un certain nombre d'entre eux n'avait pas de projets précis concernant le français. 
L'un de mes étudiants m'a dit que le concours ne se composait que de deux épreuves : 2h le matin de "culture générale"  (de la politique - évidemment...-, des mathématiques, de la "logique") et 2h l'après-midi de composition - des questions et un commentaire à faire à partir d'un texte donné. Mis à part la composition, toutes les épreuves se font sous forme de QCM (grande spécialité des pays d'Extrême-Orient, apparemment, car ils sont également très prisés au Japon ou en Corée). Selon mon étudiant, il y aura 140 questions pour seulement 2h, soit moins d'une minute par question. On comprend pourquoi les étudiants de 4ème année sèchent les cours et bachotent leur concours. Les questions de logique m'intriguaient, alors j'ai jeté un coup d'oeil sur les annales avec lesquelles révisait un étudiant : il s'agit de questions de genre QI. Par exemple :  "le modèle est : E B C. Complétez cette suite K N _ en choisissant l'une des lettres suivantes : U R T X". Vous avez trouvé ? Je ne vous donnerai pas la réponse mais vous pouvez faire une proposition en justifiant votre choix et je vous dirai si elle est correcte !

Sinon, je suis toujours très occupée avec mes cours, mon "open-class" dont le contenu se précise peu à peu et les répétitions de théâtre de mes étudiants et mes répétitions de chant. 

Et voici une petite photo du costume que nous porterons lors de la soirée. Je suis certaine que sa vue ne va pas manquer de chatouiller vos zygomatiques....


PC080003-copie-1.JPG



















J'ai plus l'impression de ressembler à une paysanne du fin fond de la Chine qu'à autre chose.... (sans avoir l'intention de les vexer !). C'est surtout l'espèce de foulard bariolé que l'on doit mettre sur la tête qui fait un effet étrange... En attendant de trouver une façon de l'arranger de façon plus seyante, je vais devoir me contenter de cette allure !

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commentaires

Maïwenn 21/12/2007 15:51

Salut !Je découvre ton site, c'est très intéressant. Je suis moi-même prof de français en Thaïlande, et donc je me retrouve dans certains de tes messages. J'ai quelques étudiants chinois aussi (à vrai dire on est envahi), donc c'est intéressant de comparer. Bon courage avec les faces, les non-dits, la hiérarchie à respecter !.. Mais il y a de l'espoir, je viens d'être nommée chef de départment, et ce n'est pas grâce à mon ancienneté, puisque je suis le petit bébé du département. Même en Asie, les choses évoluent :-)

armel 22/12/2007 15:23

En réalité, les problèmes de hiérarchie et de face, je ne les sens pas du tout à mon niveau. A vrai dire, j'aimerais presque mieux y être confrontée, cela signifierait que quelqu'un s'intéresse à mon travail. Ici, dans le département de français, j'ai l'impression d'être dans une bulle, ignorée de tous (à part des étudiants). On me laisse libre de faire ce que je veux, d'organiser mes cours comme je le désire : c'est à la fois grisant mais en même temps, cela montre à quel point on n'accorde peu voire pas du tout d'importance à mon travail. Si je fais bien le choses, tant mieux, mais si je les fais mal, je ne le saurai qu'à la fin de l'année lorsque j'apprendrai que l'université ne souhaite pas renouveler mon contrat. On considère qu'il est important d'avoir un lecteur étranger, natif du pays, et pourtant on le valorise pas du tout. Encore une fois, la situation peut être très différente dans d'autres universités ou d'autres départements de langue étrangère, mais je crois qu'en Chine, c'est l'un des gros problèmes que recontrent les lecteurs français.

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