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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 16:20

 

 

Avec un tel titre pompeux, on peut facilement imaginer qu'il s'agit d'un événement organisé par l'administration. Et bien... oui, vous avez raison ! Chaque année, l'ambassade de France convie les profs de fle de toute la Chine - qui le souhaitent - à un séminaire national. Sorte de grand'messe dont l'utilité est discutable.

Rétrospectivement, je me dis que le plus intéressant était la rencontre et les discussions avec les autres plutôt que les conférences et diverses tables rondes.  Ce séminaire m'a plus déprimée qu'autre chose, à vrai dire. 

D'une part, je me suis rendue compte que mon salaire dont je ne dévoilerai pas le montant tellement il est honteux est parmi les plus bas. A l'université, les salaires sont généralement compris entre 3500 et 6000 yuans. Les plus nantis d'entre nous travaillent généralement dans des écoles ou instituts privés mais ils font plus d'heures et ont des horaires moins confortables (certains travaillent le week-end). Bref, on ne peut tout avoir : il faut choisir entre un salaire acceptable ou plus de temps libre. Quoiqu'à la réflexion, ce n'est pas parce que l'on a moins d'heures à l'université que l'on travaillle moins que les autres, au contraire. En effet, dans les écoles privées, les profs suivent un manuel et leur préparation est donc réduite au minimum alors qu'à l'université, il arrive très souvent que nous n'ayons pas de manuel attribué et qu'il faille donc prévoir le contenu de chaque cours (ce qui est mon cas, en l'occurrence); d'où un nombre d'heures de préparation assez conséquent.
Conclusion : je travaille autant que les autres pour un salaire moindre.... Ce n'est pas que je sois tellement attachée à l'argent, mais c'est un peu injuste.... Evidemment, les gens de l'ambassade nous ont dit qu'ils sont conscients des problèmes de disparités de salaire, de précarité, de nos conditions de travail parfois difficiles, des problèmes de retraite et d'assurance maladie. Ils ne peuvent malheureusement pas changer les choses pour les salaires car cela dépend uniquement de chaque université. Quant au reste, ils y "travaillent".... Oh, oui, je suis persuadée que c'est le cas .... Cela ne fait jamais que quelques dizaines d'années que la situation est la même .... On ne peut leur en tenir rigueur : après tout, ils font certainement ce qu'ils peuvent mais, en attendant, je ne peux m'empêcher de ressentir une pointe d'amertume. Pendant 3 jours, ils nous ont répété à quels points, nous, professeurs de français, étions importants. Nous sommes soi-disant "les premiers représentants de la France, de sa langue, de sa culture", c'est souvent grâce à nous et par nous que se nouent les premières relations avec la France et les Français... Donc, nous sommes les éléments clés de la présence de la France à l'étranger et, alors que certains vivent comme des princes avec leur salaire d'expatriés, nous nous devons nous contenter de salaires de misère !  Voilà une digne façon de traiter "les premiers représentants" de la France. Pourquoi un tel manque de considération à notre égard ??? En quoi, enseigner le français a-t-il moins de valeur que d'enseigner n'importe qu'elle matière en France ? La plupart d'entre nous avons fait de longues études et avons une maîtrise ou un master. Est-ce de notre faute s'il n'existe pas de CAPES de FLE ? Ce n'est pas parce que le français est ma langue maternelle que l'enseigner a moins de valeur que d'enseigner la littérature, l'espagnol et les mathématiques. Beaucoup de gens pensent qu'ils pourraient devenir prof de fle puisqu'il s'agit d'enseigner sa propre langue. Mais, on ne s'improvise pas prof ! Il s'agit de français, certes, mais il s'agit, surtout et avant tout, d' ENSEIGNEMENT. Contrairement aux profs qui passent le CAPES, la formation de fle exige que nous fassions des stages. Je me crois donc aussi, sinon plus, compétente à enseigner que la plupart des jeunes profs qui viennent de passer leur CAPES. Je suis sûre que l'éducation nationale ne souhaite pas s'embarrasser de nous et dépenser ses précieux sous pour quelques lointains égarés comme nous. Alors, dans ce cas-là, si on ne veut pas nous payer comme des expatriés que l'on fasse en sorte de nous accorder l'assurance maladie et une cotisation à la retraite qui soit raisonnable, compte tenu de nos moyens limités. Ce n'est pas ce coup de gueule qui va changer quelque chose mais nous n'avons pas d'autres moyens de nous faire entendre. Faire la grève, ce serait inutile; aller manifester à Paris sous les fenêtres du Premier Ministre, oui, excepté que je n'aurais pas assez d'argent pour me payer le billet d'avion pour retourner à Paris pour faire une manifestation et que, de toute façon, personne ne nous connaît, alors comme groupe de pression,.... il faudra repasser !....

Pour en revenir au séminaire, deuxième point qui m'a attristé : il est apparemment monnaie courante qu'il n'y ait aucune considération pour les profs français dans les universités. Ni réunions, ni concertations pédagogiques, des examens que l'on donne aux étudiants quelque soit leur niveau, des 4ème années absents des cours car ils préparent leur concours pour entrer en master... 
J'ai également beaucoup appris sur la mentalité des Chinois : ils profiteraient de nous au maximum et dès qu'ils auraient obtenu tout ce qu'ils voulaient, ils couperaient les liens (par exemple, si un élève nous demande quelque chose (traduction, correction de mémoire, cours supplémentaires...)  en-dehors des cours, il faut soit refuser soit le faire payer car sinon il continuera); les Pékinois seraient arrogants, désagréables, racistes et violents; les gens de Wuhan seraient également désagréables; il serait impossible d'avoir de vrais amis chinois car la plupart ne seraient aimables que parce qu'ils veulent obtenir quelque chose de vous, donc il serait rare que  l'on rencontre des Chinois qui soient désintéressés et qui deviendraient votre ami sans arrière-pensée....
Voilà plus ou moins quelques unes des diverses remarques, (la plupart sont d'ailleurs très négatives) que j'ai pu entendre au cours de ces 3 jours, faites par différents collègues. 

Conclusion : ne soyez pas surpris si dans un ou deux mois vous me voyez écrire que la France me manque et que je déteste les Chinois ! Mais le plus surprenant dans tout cela, c'est que ceux qui faisaient ces remarques étaient généralement les personnes qui sont déjà en Chine depuis plusieurs années. Il faut croire que malgré tous les défauts qu'ils prêtent à la Chine et aux Chinois, il doit y avoir quelque chose qui les retient dans ce pays (un conjoint ou un(e) petit(e) ami(e), très souvent). Mais, de toute façon, je ne peux pas partager leur opinion car je persiste à affirmer que les Chinois dans la rue sont très aimables et très serviables. Voici pour illustrer cette affirmation deux petites anecdotes qui se sont passées justement lorsque je me suis rendue au séminaire.

Jeudi soir, je devais aller à la gare de Qingdao, après mes cours, pour prendre le train de nuit pour Beijing. Je savais que je devais prendre le bus n°227 et j'ai vu que je devais descendre à l'arrêt Sifang Huoche Zhan ("gare Sifang"). Or, je n'ai pas bien compris comment s'est arrivé mais j'ai fini par me retrouver toute seule dans le bus avec le chauffeur : cela m'a semblé étrange mais je n'avais toujours pas vu la station. Dans le doute, je suis allée demander au chauffeur si c'était encore loin. Il a commencé à me sortir toute une tirade en chinois à laquelle je n'ai rien compris, évidemment. Finalement, il s'est arrêté à l'un des arrêts et m'a demandé si je pouvais lire le chinois. Voyant que j'ai répondu à l'affirmative, il a écrit sur un bout de papier une petite phrase que j'ai réussi par miracle à déchiffrer : j'avais dépassé l'arrêt. Super ! il était 19h25, mon train partait dans une demie-heure. Bon, je n'avais plus qu'à sauter dans un taxi. A ce moment-là, un passager qui montait dans le bus s'est intéressé à notre conversation. Il s'est mis à discuter avec le chauffeur qui a dû lui expliquer mon cas. Le passager m'a fait signe de descendre du bus et de le suivre. J'ai pensé qu'il allait m'appeler un chauffeur de taxi, ce qu'il a fait (et que j'ai payé après avoir insisté); mais il ne s'est pas contenté de cela : il m'a accompagné jusqu'à la gare et même jusqu'à ma place dans le train. Il a également fait un petit discours à mes voisins (je le "soupçonne" de leur avoir dit de prendre soin de moi). Croyez-vous que l'on puisse être témoin d'un tel acte de gentillesse désintéressée en France ? Il était prêt à prendre le bus; or, il a perdu une bonne demie-heure pour m'aider ! 

Seconde anecdote : après avoir passé une nuit assez éprouvante dans le train (je n'ai malheureusement pas trouvé de place en train couchettes, j'ai donc dû me contenter d'une place assise pour un trajet qui durait quand même 9h....). Eprouvante non pas à cause de mes voisins qui ont été très aimables et qui ont essayé de discuter avec moi malgré mon chinois rudimentaire, mais parce qu'il est impossible de dormir lorsque l'on est assis sur les banquettes dures. 5h19 : arrivée à la gare de Beijing. Une des mes voisines de la nuit a proposé de m'aider à acheter mon billet de retour pour Qingdao (que je n'avais pas pu réserver à Qingdao... ah, l'organisation des chemins de fer chinois, un vrai bonheur ...). Mon billet en poche grâce à son aide, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire. Je dois me rendre au Centre de Convention mais l'ambassade nous a dit qu'il fallait compter 100 à 150 yuans en taxi car c'est très loin du centre de Beijing. Or, sachant que mon billet de train n'a coûté que 116 yuans, cela me fait un peu mal au coeur de dépenser une telle somme pour le taxi. Ma Chinoise qui n'est pas pressée (elle doit prendre un autre train mais à 10h seulement) se propose à nouveau de me rendre service. Elle me fait asseoir dans un coin et part à la recherche de quelqu'un qui saurait quel bus je pourrais prendre. Une bonne demie-heure plus tard, elle revient en possession du renseignement. Je dois prendre le bus 957 (sur internet, j'avais trouvé un autre numéro mais vu que le site était en chinois, il est possible que certaines informations m'aient échappées). Elle m'accompagne à l'arrêt de bus et pendant qu'elle me donne les consignes, un Chinois assis à côté s'est mis à écouter notre conversation. Ma Chinoise s'en ai rendue compte et s'est mise à lui parler. Elle me dit que le Chinois en question prend le même bus et va m'indiquer à quel arrêt descendre. Je quitte ma précieuse et serviable voisine de train en me confondant en remerciements. Dans le bus, le Chinois observe attentivement l'adresse du Centre et le plan que j'ai trouvé sur internet. A l'arrêt prévu, je ne suis pas seule à descendre, mon nouvel ange gardien a décidé de m'accompagner car il semble que le Centre soit encore loin de l'arrêt et il faut prendre un autre bus que nous finissons par trouver un kilomètre plus loin. Mon Chinois est prêt à monter et à m'accompagner jusqu'au Centre de Convention mais je lui réponds que ce n'est pas la peine puisqu'il m'a dit le nom de l'arrêt, il n'y a pas de raisons que je ne trouve pas. Je le remercie chaleureusement car il est descendu du bus exprès pour m'accompagner. Dans le bus, l'employée qui vend les billets me fait la conversation et m'indique gentiement à quel arrêt descendre.  Et voilà comment je suis bien arrivée au Centre de Convention 1h30 plus tard pour 8 yuans en bus au lieu de 100 yuans en taxi.

Ce récit détaillé pour vous montrer que les Chinois peuvent se montrer absolument adorables. Lorsque j'ai raconté mon aventure à certains esprits sévères à l'égard des Chinois, ils se sont montrés surpris et sceptiques. Ils sont persuadés que je suis tombée sur des exceptions. Mais, je ne le pense pas car ce n'est pas la première fois que je rencontre des Chinois aussi aimables et serviables. Je sais ce que vous allez dire : c'est parce que je suis une fille. Mais non, je ne le crois pas puisque des Chinoises ont également été très aimables. Ce doit être mon sourire ravageur qui fait des miracles.... ;)

Enfin, pour terminer, carnet people. Après avoir serré la main du maire de Qingdao, voilà que j'ai également foulé les tapis de la Résidence de France à Beijing où j'ai rencontré l'ambassadeur de France. Celui-ci nous a gratifié d'un discours bateau sur notre rôle fondamental en tant qu'intermédiaires entre deux cultures et deux langues, en tant que transmetteurs de la langue et de la culture françaises, et bla bla... Si encore il nous avait offert un banquet, mais même pas ! Petits fours et coupes de champagne ou de jus d'orange, pfff. Pas de ferrero-rochers non plus ... Je croyais que c'était l'élément essentiel pour que les réceptions de l'ambassadeur soient un succès.... ;)

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Après l'effort, le réconfort : soirée bowling avec quelques collègues, lors de notre dernier soir à Beijing. Ma performance fut à l'image de ce séminaire : des connaissances théoriques sur le sujet, des essais et des mises au point mais peu de concrétisation....

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